CHAPITRE X
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L'exécution devait avoir lieu à six heures du matin : tout le monde le savait, tout le monde le disait, quoique le Moniteui' et les
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autres journaux ministériels eussent gardé le silence à ce sujet.
» Dès le lundi soir, des groupes nombreux et serrés remplissaient le long faubourg Saint- Antoine , depuis la place de la Bastille jusqu'à la barrière du Trône. Là, toute circulation était interrompue : la garde municipale à cbeval et deux régimens de dragons garnissaient les boulevards extérieurs, depuis la barrière de Charenton jusqu'à celle de Charonne ; quatre pièces de canon étaient en batterie au rond-point de la place du Trône , la bouche ouverte sur le faubourg, les canonniers à leur poste, et la mèche allumée.
» Ces précautions formidables n'empêchèrent point une cinquantaine de jeunes gens d^essayer par petites bandes de sept ou huit de se frayer un passage jusqu'à Vincennes, à travers la quadruple
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ligne armée qui leur barrait le chemin ; mais ce fut en vain. Hommes et chevaux restèrent immobiles, et pas un de ces imprudens ne passa. On en arrêta vingt-cinq ou trente qui furent enfermés dans les postes que l'on avait établis à chacune des barrières investies. Nous devons dire, à la louange de la troupe, que ces arrestations n'ont point été accompagnées des insultes et des voies de fait ordinaires.
» La garde municipale et les dragons gardèrent leur position toute la nuit. Vers minuit, la foule se retira peu à peu, aux cris de vive la liberté ! à bas les ministres ! Ces cris grossissaient à mesure qu'ils étaient
répétés.
» Tandis que ce rassemblement immense peuplait la rue du Faubourg-Sainl- Antoine , d'autres , non moins imposans , se formaient aux environs des Tuileries,
sur la place Vendôme, aux portes Saint- Denis et Saint-Martin, sur la place de Grève , au Panthéon et sur le quai de la Râpée. Partout les mêmes cris, vive la liberté l a bas les ministres l se faisaient entendre ; partout des charges au sabre et a la baïonnette rompaient les groupes , qui se reformaient dix pas plus loin.
» Le rappel avait inutilement été battu depuis le matin dans tous les quartiers. Cent hommes à peine de chaque légion y avaient répondu, et ces quelques uniformes bourgeois paraissaient moins nombreux encore , perdus qu'ils étaient dans les masses de cavalerie et d'infanterie de ligne.
»Les commissaires de police en écharpe, à cheval en tête des régimens , avaient presque tous Tair abattu , la pâleur sur le visage , et l'indécision dans le regard. A part
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les cris dont il vient d'être fait mention , il nV avait absolument rien d'hostile dans l'ensemble ou la tenue des groupes ; on ne voyait ni chefs, ni armes, ni signes de ralliement. Néanmoins , des sergens de ville , trop confians en cette apparente inertie , ayant, Tépée à la main, attaqué quelques citoyens isolés ^ avaient été aussitôt désarmés et terrassés par la foule.
» La ville présentait le plus sinistre aspect. Toutes les boutiques étaient fermées depuis midi ; deux ou trois figures se montraient ça et là aux croisées , et disparaissaient presque aussitôt. Pas une voiture ne faisait retentir le pavé sec et blanc des rues, pas un nuage ne troublait l'azur du ciel , pas une bouffée de vent ne tempérait l'ardeur du plus brûlant soleil de l'année ; et ces boutiques fermées , ce pavé , ce ciel , ce soleil rappelaient involontairement aux
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citoyens efFrayés les trois terribles jours de i83o.
» Vers la brune, les groupes diminuèrent. Quelques mots circulant a voix basse avaient, à ce qu'il paraît, changé les intentions de la plupart des personnes rassemblées. Le bruit courut vaguement, dit-on , que grâce venait d'être faite aux quatorze condamnés. A neuf heures, les commissaires de police des Tuileries, delà place Vendôme et de la Grève, se mirent en devoir de disperser le reste de foule qui encombrait ces quartiers. A la Grève et à la place Vendôme, leurs sommations suffirent ; mais autour des Tuileries, il n'en fut pas de même. La , régnait une violente agitation. Là, des cris de toute espèce étaient proférés : Grâce! Justice!, le Roi! Nous voulons voirie Roi! Là, c'était une masse compacte comme dans le faubourg Saint -
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Antoine , mais aussi bruyante , aussi exaspérée que celle du faubourg était silencieuse et grave. On ne voyait dans le faubourg que des ouvriers : autour du palais , Toeil eût vainement cherché une veste ou des bras nus. C'étaient les jeunes gens des Ecoles de Droit et de Médecine qui formaient ce rassemblement plus tenace que les autres. Ils n'entendirent pas les sommations des commissaires; ils n'entendirent pas le commandement de chargez vos ar- ??ies .'lueurs cris de détresse couvraient tout autre bruit.
» Lorsqu'ils se turent , une horrible décharge venait d'avoir lieu. On avait tiré par tous les guicliets du Carrousel : plus de cent d'entre eux étaient morts ou blessés. A la vue du sang qui rougissait encore une fois les dalles de la rue de Rivoli , ils frémirent tous, et se souvinrent î î...
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» Les soldais avaient recharge leurs fusils : les ofîiciers allaient dire : en joue I lorsque de cette multitude désarmée un cri s'éleva, unanime, effrayant, puissant comme la voix du tonnerre. Ce n'était plus Grâce ni Justice.,, c'était l^engeance !
» On répondit en commandant ^e^/ /
» Rien ne pourrait décrire ce qui se passa dans nos âmes, quand nous entendîmes ces décharges funestes.
» C'était donc la désormais leur seul moyen da gouverner ! Les coups de fusil ! Toujours î La loi martiale à tout hout de champ! Ils ne trouvent donc pas, disionsnous , que ce soit assez de quatorze têtes que le bourreau va prendre demain ma^ tin?
» Cependant les habitans du faubourg Saint-Antoine n'étaient point restés inactifs. Sous leur feinte soumission aux in-