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jonciions des commissaires de police, ils cachaient un projet qu'ils exécutèrent. La ligne des boulevards extérieurs n'était gardée que depuis la barrière de Charonne jusqu'à celle de Charenton, et le reste se trouvait libre. Pendant la nuit, beaucoup de personnes sortirent de la ville par la Courtille et par Bercy ; d'autres remontèrent la Seine en bateau jusqu'à Charenton : enfin , les choses se passèrent de façon qu'avant cinq heures du matin, le bois de Vincennes était tout plein de monde. Les ouvriers du faubourg avaient fait de nombreuses recrues dans les villages qu'ils venaient de traverser. On s'était levé en masse à leur appel : car le sort du malheureux Guimard et de ses compagnons avait ému toutes les âmes ; car dans ces villages, comme à Paris , chacmf gardait un profond et douloureux souve-
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nir de ce terrible procès, où les accuses furent si fiers et les juges si tremblans ; chacun redisait les sublimes réponses de Guimard; chacun avait chez soi imprimé le plaidoyer de Guimard, admirable manifeste d'homme et de citoyen, qui fit pleurer tous ceux qui l'entendirent, qui faisait encore pleurer tous ceux qui le lisaient. Et puisqu'il s'agissait alors de soustraire les infortunés à une mort affreuse , ces braves gens ne voulurent
point que leur admiration fût stérile
ils voulurent que leur conduite ne restât point en arrière de leurs sentimens ; ils se dirent : Allons !
» Dans la nuit, une supplique, signée de vingt-quatre députés et de soixante-un journalistes , avait dû être mise sous les yeux du Roi par l'aide-de-camp de service. Une adresse, dans laquelle plus de
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cent capitaines de la garde nationale, parlant au nom de leurs compagnies , demandaient la grâce des condamnés , avait été présentée la veille par quatre colonels. On attendait avec anxiété le résultat de ces démarches, lorsque, vers èinq heures du matin, des exprès tinrent du faubourg Saint - Antoine dire partout qu'on se battait k Vincennes.
» Cette novivelle parcourut la ville avec la vitesse de l'éclair. Elle émut les plus indifférens. Pendant deux heures on ne vit de tous côtés que gardes nationaux et citoyens en armes et sans armes , courant vers la barrière du Trône pour y conquérir le chemin de Vincennes sur la cavalerie qui le gardait. Après une résistance plus longue que vive, la garde municipale et les dragons livrèrent passage au peuple, qui fut bientôt à Vincennes... Mais il était
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trop tard î
» Nous allons maintenant laisser parler un témoin oculaire des événemens ; c'est sous sa dictée que nous avons écrit ce qui suit :
(( Nous entrâmes dans le bois par la porte de Saint-Maur : il était trois heures du matin. Nous allâmes jusqu'en vue du Polygone, à couA^ert sous les arbres, et marchant dans le plus profond silence, de manière à n'être entendus par personne du château. A la Pyramide , nous avions détaché quelques hommes pour aller reconnaître la grande route; ils revinrent nous dire qu'elle était toute couverte de monde y et que ceux de Vincennes commençaient à se mettre sous les armes.
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Enhardis par ces bonnes nouvelles, nous essayâmes un mouvement pour nous porter derrière le Polygone, afin de garnir la partie du bois qui nous faisait face ; mais elle était déjà occupée par ceux de Saint- Mandé, de Cbaronne et de Montreuil. Il n'y avait plus qu^à se montrer sur l'esplanade et tenter la fortune : c'est ce que nous fîmes au nombre de quatre à cinq cents. Les autres restèrent pour garder les avenues.
» En nous voyant paraître si subitement sur l'esplanade , les sentinelles se frottèj^ient les yeux, etlémoignèrentune surprise dont nous profitâmes pour avancer. Enfin, elles donnèrent l'alerte, et tout fut bientôt en l'air dans le château. La trompette son- • lia, et le tambour battit depuis lepont-levis jusqu'aux combles du donjon. Arrivés au iiiilieu de l'esplanade nous nous arrêtâmes.
Un officier de la garde nationale de Paris, monsieur P**'^, et quatre gardes nationaux de Charenton, en uniforme, s'approchèrent du premier poste, et dirent à l'officier qu'ils voulaient parler au gouverneur.
L'officier leur repondit qu'à moins d'être porteur d'un ordre du gouvernement , personne n'entrerait dans le château.
— (( Eh bien ! dit monsieur P*"^*^ qu'il vienne alors ! car il est absolument nécessaire que nous lui parlions. Au nom de Dieu, monsieur, faites qu'il nous voie ! »
— « Le gouverneur ne se dérangera pas, dit avec hauteur le chef du poste, pour parler à des factieux. — Retirezvous ! Et vite î si \ous tenez à ne pas être mitraillés. »
— « Capitaine, répondit d'une voix ferme monsieur P*'^*^ je désirais voir le gou>^rn^ur, parce que je le connais, et
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que J'ai confiance en lui ; parce que ses paroles auraient calmé peut-être la douleur et Tirritation des braves gens qui sont derrière moi. Au lieu de céder à mes instances, vous les repoussez avec des injures et des menaces ! Vous en avez sans doute le droit; mais que les conséquences de votre refus retombent sur votre tête î » » Et monsieur P**'^ se retira.
— « Mes amis, dit-il en revenant à nous, on refuse de nous faire parler au gouverneur ; on nous traite de factieux ; on nous menace de la mitraille : voyez ce que vous voulez faire. »
— « Au château î entrons dans le château ! crièrent toutes les voix. »
— « Et les fossés, dit monsieur?'^**? » » J'avais fait le tour de la forteresse trois
ou quatre jours auparavant, et je savais que des réparations extérieures aVaient
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nécessité rétablissement d'échafaudages dans Tun des fossés. Je fis part de cela à monsieur P**'^. H réfléchit un instant, et prenant \ite son parti :
— « Mes anus, s'écria-t-il d'une voix émue , voulez-vous de moi pour chef? »
— « Oui ! oui ! »
— « Vous jurez de m'obéir? »
— « Nous le jurons î »
— « Et moi, je jure de mourir avec vous.... Maintenant, avançons, et quand nous serons au pied du rempart, appelons tous le gouverneur. Il faudra bien qu'il nous entende ! »
» On obéit à monsieur P**'^.
» Il avait raison. A peine avions -nous fait ce formidable appel , que la trompette sonna trois fois. Aussitôt le gouverneur parut. Ce furent alors des acclamations qui montèrent jusqu'au ciel.
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» Le gênerai attendit le silence , et demanda ce que nous voulions.
— « Les prisonniers ! nous voulons les prisonniers ! Rendez-nous Guimard et ses camarades î »
— «C'est impossible, dit le gouverneur, avec un geste qui fît comprendre sa réponse a tout le monde. »
— « Au moins, s'écria monsieur P***^ retardez l'exécution d'une heure î Leur grâce peut arriver pendant ce temps. Une heure.... nous vous en supplions î »
» Un nouveau geste du gouverneur nous apprit qu'il n'y avait rien à espérer de lui. Nous le vîmes ensuite se concerter avec les officiers qui l'accompagnaient, et rentrer lentement dans la forteresse.
» Alors la trompette sonna de nouveau, des ronlemens de tambour se firent entendre, et le rempart se couvrit de troupes.
» Nous fûuies sommés de nous retirer.
— « Obéissons , mes amis , nous dit avec désespoir monsieur P***; nous ne sommes pas les plus forts ici : ils ont du canon et des murailles ! »
» Nous faisions retraite^ bien à contrecœur, je vous jure, quand nous entertdîmes derrière nous une horrible décharge. Gliacun s'arrêta court.
» C'étaient ceux que nous avions laissés pour garder les avenues , qui , au lieu de se retirer sur eux-mêmes, avaient voulu traverser l'esplanade pour nous rejoindre, et venaient d'essuyer le feu de la troupe qui nous chassait.
» Alors, comme on le pense bien, il ne fut plus question de retraite. Attaqués , assassinés ainsi , il fallait se défendre et attaquer a son tour. Nous fîmes .volie-