‹ Henri le préténdantChapitre 19 sur 23 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

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Cette grande révolution était donc accomplie ! Paris voyait enfin le calme et la sécurité succéder aux tempêtes , aux terreurs deTanarchie. Les partis avaient mis bas les armes. On ne s'injuriait plus, on ne

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se provoquait plus comme autrefois. Il n'y avait plus de duels , plus de dénonciations , plus de toutes les infamies que la guerre civile enfante. Réduit au silence, étonné, confondu , l'étranger n'imposait plus de conditions ; il craignait d^en subir à son tour, et recherchait, en frémissant, l'amitié d'un peuple que naguère il daignait à peine protéger.

Les provinces étaient, comme Paris, tranquilles et pleines d'espérance. Partout renaissaient la confiance et le crédit. Les affaires reprenaient leur cours, le commerce son activité , l'industrie ses hardies entreprises, la mode ses caprices et son empire. Chacun, libre et guéri du passé, heureux et fort du présent, s'élançait avec enthousiasme vers un avenir sans orages, et se félicitait du nouvel ordre de choses.

Quelques esprits cependant se refu-

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saient à partager la saiisfaciioii générale. Il y a toujours eu , il y aura toujours de ces hommes malheureusement organisés , qui trouvent détestahle tout ce qui est, et désirable tout ce qui n'est pas ; qui dédaignent aujourd'hui ce qu'ils admiraient hier; qui trouvent dans le respect et l'hommage du peuple pour unRoi^pour un système , des raisons suffisantes pour haïr ce Roi, pour dénigrer ce système. Hommes malades, qui voient tous les objets de la couleur de leurs yeux; hommes orgueilleux, qui prennent leur mauvaise humeur pour de la supériorité intellectuelle ; hommes hargneux, qui crient, et se plaignent, et blâment, et médisent par tempérament , par surabondance de bile ; hommes bien dangereux , parce qu'ils sont spirituels ordinairement, et parce qu'ils ont toujours des persécutions à raconter I après tout, les meilleures

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gens du monde. Ce qui fait leur force à Paris, c'est leur nonibre. Ils sont nombreux , parce que Paris est la ville où Ion trouve le plus de dissipateurs ruinés, le plus de vieillards qui ont gâché leur existence, le plus de jeunes gens a grande éducation et petite fortune , qui , à vingtcinq ans, ont déjà livré aux usuriers toutes leurs espérances matérielles.

Donc , un mois ne s'était pas écoulé depuis Tavènement au trône du nouveau .Roi , que déjà plusieurs journaux faisaient de l'opposition furieuse , et déclaraient le ministère incapable. Heureusement le vœu national , clairement et librement énoncé cette fois , défendait à leurs attaques de monter plus haut que les ministres.

Cependant les ennemis de Henri et de sa mère, en petit nombre , mais implaca-

bles , parce que chez la plupart la haine était nëe d'ambitions déçues qui ne pardonnent jamais, cherchaient à utiliser au profit de leurs ressentimens les imprudentes attaques de cette opposition. Des pamphlets infâmes , des libelles calomnieux couraient déjà la ville , écrits avec de la boue. Cachés sous le voile de Tanonyme , leurs lâches auteurs les colportaient secrètement eux-mêmes , ne trouvant point de libraires pour les acheter ni pour les vendre. Mais toutes ces brochures allaient et venaient avec le mépris public pour salaire. Les augustes personnages qu'elles calomniaient les laissaient passer, sans paraître en soupçonner l'existence, sachant bien que le bon sens et le patriotisme des citoyens en feraient meilleure justice que les tribunaux. Ils ne voulurent pas, et ils eurent raison, accorder

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à de si pitoyables choses les honneurs de la cour d'assises ; ils pensèrent qu'un gouvernement qui fait des procès travaille pour le compte de ses ennemis, et court le risque de rendre intéressantes les causes les plus méprisables. — « La nation m'a mis sur le trône , disait Henri ; elle saura bien m'y maintenir. Que m'importent leurs insultes? Laissez-les faire. Ils auront vite fini, si personne ne prend garde à eux. Les punir, serait vouloir les multiplier. »

Il arriva pourtant qu'un pamphlet fut poursuivi.

Jacques Bonval , vivement sollicité par la reine-mère, venait d'accepter la place de concierge du château de Versailles , qui allait devenir l'hôtel des Invalides. Le vieux Vendéen avait eu bien de la peine à se décider. — « J'ai fini ma tâche , disait-

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il à la reine ; le fils de mes anciens maîtres est assis sur le trône de ses ancêtres. La France est heureuse et respectée. Bonval n'a plus rien à faire. Laissez-le partir. Qu il aille mourir aux lieux où son père est mort. »

Et le brave homme avait le cœur serré en parlant ainsi. Car il n'était pas heureux, lui. Son fils, celui qui devait épouser Jeanne l'orpheline, remplissait d'amertume ses vieux jours. Tandis que, fidèle et dévoué , Jacques allait de France en Ecosse, et d'Ecosse en France, travailler au triomphe de sa cause chérie, ce fils égaré, perdu par des conseils perfides, trahissait les devoirs de sa race ; il rendait les armes aux soldats de Louis-Philippe ; il faisait humblement sa soumission , et se vendait, corps etame, aux oppresseurs de la Vendée. Oubliant son père et sa mère,

foulant aux pieds ses sermens , abjurant ses fiançailles avec la fille de Denis Constant , il osait , le malheureux ! il osait , comme un vil transfuge , divulguer les secrets dont une confiance trop aveugle l'avait rendu dépositaire... Il se faisait lâche et traître à plaisir, pour un peu d'or, pour une mince proie jetée a ses passions ! Il avait eu des remords pourtant. Il avait frémi plus d'une fois , et senti ses cheveux se dresser, lorsque devant lui, l'infâme appellation de brigands allait frapper ceux que son père lui apprenait jadis à nommer des héros Mais l'ambition l'obsédait. Elle lui brûlait les yeux de ses lueurs fantastiques et menteuses. Un brillant avenir était promis à sa trahison; il allait , il allait toujours. . . Et comment s'arrêter d'ailleurs? Comment revenir? Au premier pas rétrograde, la prison se fût

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ouverte pour lui. Il secoua donc son reste de honte ; il n'en garda que ce qu'il lui fallait pour changer de nom.

A la faveur de ce changement de nom , il resta long-temps caché. Long- temps sa mère et sa fiancée crurent, en se désolant, qu'il était mort ou prisonnier. Trois fois Jacques reçut à Edimbourg des lettres oii on lui disait : Noire /Ils riesl pas encore retrouvé.,. Alors il levait au ciel ses yeux baignés de pleurs , et priait Dieu pour son fils qu'il lui semblait voir assis sur les nuages , à côté des Lescure et des Bonchamp.

Puis, tout ce qui devait arriver arriva. Le gouvernement changea. La nation se fit un autre Roi. Le Vendéen trouvait dans son bonheur politique une sorte de consolation pour ses malheurs privés , quand sa femme vint a Paris avec Jeanne lui

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apprendre que son fils vivait, mais qu'il était devenu indigne du nom de Bonval.

Quel coup affreux pour ce pauvre père !

Le jour où la commune d'Andrezé avait institué sa municipalité provisoire , un homme enveloppé d'un manteau, la tête couverte d'un chapeau qui lui tombait sur les yeux, s'était présenté dans la chaumière de Bonval. Les deux femmes allaient prendre leur repas du soir. Il avait soigneusement fermé la porte , et se découvrant, avait dit : — « Ma mère et ma fiancée , me reconnaissez-vous ? »

Les deux femmes s'étaient jetées dans ses bras, à demi-mortes de saisissement et de bonheur. Il les avait doucement repoussées, et toujours debout, sans leur permettre la moindre interruption, il leur avait raconté toute son histoire avec une inconcevable volul)ilit(\ Alors, comme

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dégagé d'un poids énorme , il avait poussé un profond soupir; et voyant dans leurs regards une expression de chagrin qu'il prenait pour de l'horreur, il avait saisi la bouteille, s'était versé un plein verre de vin, et le tenant élevé, il avait dit : — « Maintenant, je suis perdu! S'ils me prennent, ils me tueront. . . ils sont les plus forts ! Je bois à l'extinction de leur race î » Il avait bu! î Puis , souriant d'un sourire de réprouvé , il avait brisé le verre vide contre un portrait de Henii V attaché à la muraille , et s'était échappé. . . On n'avait pas su ce qu'il était devenu.

La mère du Roi avait voulu connaître les peines de son vieil ami , et Jacques Bonval n'avait pu lui rien cacher.

— « Malheureux jeune homme ! s'était écriée Caroline , il nous connaît bien mal. Des représailles!... Nous! »

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Toutes les démarches du Vendéen pour retrouver son fils étaient demeurées sans résultat. Il avait écrit à ses amis. Il était allé dans le pays. Personne n'avait pu lui rien apprendre.

Il devait le revoir pourtant, ce fils, son malheur et sa honte. Mais de quelle manière , grand Dieu !

Un abominable pamphlet venait de paraître, reproduisant l'absurde et scandaleuse histoire dont un mois après la révolution de i83o des journaux n'avaient pas rougi de souiller leurs colonnes. Ce pamphlet destituait la reine-mère, déclarait Henri V fils de je ne sais quelle pauvre femme qui l'avait vendu à la duchesse de Berri , faisait , enfin , de la nuit du 29 septembre 1820 la plus dégoûtante comédie que l'on pût imaginer. Tout cela était dit avec une espèce de talent.

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Ce pamphlet ne passa point comme les autres. Trop de personnes s'y trouvaient compromises. Ce qui restait de témoins vivans de la scène, objet de tant de calomnies se porta partie civile, et le ministère public instruisit.

La brochure n'était pas signée. On interrogea l'imprimeur, qui déclara avoir reçu le manuscrit d'un nommé Morin, demeurant aux BatignoUes.

La police chercha monsieur Morin et ne le trouva point.

Au bout de quelque temps , Henri revenait à cheval de Versailles à Saint-Cloud, accompagné du capitaine de La Villatte. Il était allé visiter les travaux que l'on faisait au château pour la translation des militaires invalides qui devaient céder leur hôtel de Paris aux malades de l'Hotel-Dieu. Il traversait les bois de Ville-d'Avray , quand

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un coup de fusil frappa son cheval au poitrail, et le fit tomber mort.

Le Roi, renversé, se releva bientôt. Il n^avait aucun mal; mais son émiotion était grande. — « Que leur ai-je donc fait, disait-il, pour qu'ils veuillent me tuer ? »

Deux gardes - chasses amenèrent un homme évanoui et baigné dans son sang.

Ils l'avaient trouvé dans les lialliers , une carabine à côté de lui , et tenant à la main un poignard dont il venait de se percer au moment oii les gardes-chasses étaient arrivés.

Des villageois qui avaient entendu le coup de feu, et vu, le Roi tomber, s'étaient enfuis en s^écriant : Le Roi est mort! Ce cri courut de Sèvres à Saint- Cloud, et de Saint-Cloud à Paris, vite comme une mauvaise nouvelle , vite comme la pensée»

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La consternation fut impossible à décrire.

Deux heures après, le Roi était aux Tuileries, au balcon de l'horloge; il se montrait au peuple. De ce jour-là, Henri fut l'idole des Français.

Cependant on avait fouillé Tassassin.

On avait trouvé sur lui un porte-feuille contenant deux ou trois lettres adressées à monsieur Marin , homnie de lettres ^ aux BatignoUes y et un paquet cacheté, avec cette suscription : Pour remettre ^ après ma mort , à monsieur Bonval , concierge du château de J^er s ailles.

Un chirurgien fut appelé. Il visita la blessure. Elle était horrible. Le chirurgien suivit le blessé dans une salle basse du château de Saint-Cloud , et resta près de lui jusqu'au lendemain matin, ('e fut alors seulement qu'il put dire : — « Ce soir.

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nous verrons. »Car l'homme s'était frappe d'une main ferme.

Au bout de quinze jours, le meurtrier, à peu près guéri , put entendre les questions du juge et y répondre. Il avoua tout, brochure et coup de fusil. Il dit qu'il n'avait pas de complice, et comme le juge paraissait en douter, il le répéta. Interrogé plusieurs fois sur le nom de Morin, il déclara ne s'être jamais appelé autrement. Il défiait le juge de lui prouver le contraire ; lorsque celui-ci tira de son portefeuille le paquet à l'adresse de monsieur Bonval, de Versailles. A cette vue le meurtrier pâlit , il pleura, il se jeta aux genoux du juge, le conjurant, le suppliant, lui demandant comme grâce infinie d'être condamné sous le nom de Morin, de peur que le coup qui frapperait Charles Bonval, disait-il^ ne frappât

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aussi son père, Jacques, le meilleur et le plus pur de tous les hommes.

Mais le père savait tout déjà. On l'avait fait venir mystérieusement. On lui avait dit le crime.... à lui seul. Horrible révélation î

Les débats ne furent pas longs. L'accusé, décidé à mourir, répondait oui à presque toutes les questions. Il allait audevant des témoins, il les aidait dans leur témoignage I Son avocat, nommé d'office, voulut le faire passer pour fou ; mais Charles le regarda en souriant et lui dit : — « Quelle opinion avez-vous donc de ces messieurs?» Il montrait les juges.

Le procureur-général se leva et fît son réquisitoire. Il parla du père de Taccusé. Charles fondit d'abord en larmes, puis, comme le magistrat charmé de faire de l'éloquence , poussait aussi loin que pos-

sible la magnificence des contrastes, l'accusé le regardant, lui dit d'une voix tonnante : — « Qu'avez-vous à faire de mon père ici? Personne ne vous dispute ma tête, prenez-la et taisez-vous! »

L'auditoire et les juges frémirent. Le procureur-général se tut.

Le jugement fut ensuite prononcé, solennel et terrible. Charles , debout pour l'entendre, et la tête baissée, releva fièrement son front ^ quand le président eut fini. — « C'est bien , dit-il; c'est juste ! Que le ciel et les hommes me pardonnent maintenant , car j'étais (oiil Mon avocat avait raison en vous disant que j'étais fou! Puisse ma mort servir d'exemple à ceux qui , comme moi , seraient tentés de se faire les instrumens d'un parti î »

On le reconduisit en prison , faible ,

pâle , n'ayant presque plus de sang à donner au bourreau.

Son père l'^attendait! ! Il était la, dans un coin du cachot, assis sur la paille de son fils.

Malheureux père ! Après avoir, acteur infatigable , parcouru cinquante ans durant le drame immense qui venait de se dénouer ; au bout de sa longue vie toute de sacrifices, de zèle et de dévouement; quand il venait à peine d'assister au couronnement de son œuvre chérie : fallait-il qu'au soir de la journée, à l'heure du repos , une si horrible catastrophe vînt le frapper! Etait-ce juste, cela? et la main de Dieu n'était-elle point trop lourde sur cet homme? Voir son fils coupable ! son fils assassin ! son fils régicide ! Lui , un Vendéen, avait osé porter la main sur un

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Bourbon ! sur le Roi ! Et ce Vendéen s'appelait Bonval î et le nom de Bonval était à jamais flétri, à jamais déshonoré î Ce nom si beau , si pur jusque-la , ce nom qui faisait ôter le chapeau quand on le prononçait, ce nom que chacun bénissait encore hier. . . il sera maudit demain ! Car demain tous les Vendéens sauront que le régicide s'appelait Bonval... Et Ton ne dira plus Bonval tout seul; on dira Bonval-Ravnillacl Quelle horreur !

Ces terribles pensées pesaient comme du plomb sur le cœur du vieillard. Il se leva, la rougeur au front, les lèvres frémissantes, l'oeil en feu... L^anîi thème, la malédiction peut-être allaient s'échapper de sa bouche... Un regard suppliant de Charles conjura la foudre prête a tonner. A genoux devant son père , le malheureux jeune homme demandait pardon.

Jacques sentit s'évanouir sa colère : ses enti ailles paternelles s'ëmurent... il releva son fils... il l'embrassa... et se mit à pleurer amèrement.

Le soldat de Tarmée royale avait disparu! Le père seul était reste. Son Charles, son unique héritier, Tenfant bien-aimé de la vertueuse Elisabeth, allait mourir ! On l'avait condamné ! Quel malheur î Plus de fils au vieux Vendéen ! Plus de main pour lui fermer les yeux! Et comment l'apprendre à Elisabeth , a Jeanne ? Comment dire j l'une : — «Mère, tu n'as plus de fils î» à l'autre : — « Jeune fille , tu n'as plus de fiancé ! » Puis , quand elles seraient toutes deux tombées sous l'horrible poids de ces paroles, comment achever de les tuer en ajoutant : — « C'est lui qui a tiré sur le Roi î »

Car elles ne savaient rien encore, les

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pauvres femmes ! Qui donc aurait osé leur dire quelque chose?

— « Mon Dieu ! mon Dieu ! que vous ai-je fait pour mériter tant de malheurs, s'écria l'infortuné Jacques. » Et désolé , presque fou , il s'arrachait les cheveux , il se frappait la poitrine, il se cognait la tête aux murs de la prison.

Charles ne souffrait pas moins que Jacques. Mais ce n'était pas son destin qui lui déchirait l'âme , c'était le désespoir de son père. Quant à lui, à bout de tout, chargé d'un crime énorme, ayant ruiné l'honneur de sa famille, il se résignait. Il regardait la mort comme un bien : il l'appelait de tous ses vœux. Que faire désormais de la vie? Comment cacher la tache sanglante de son front? D'ailleurs, son problème n'était-il pas résolu? La carrière dans laquelle il s'était si funestement jeté avait deux buts.

Manquant l'un, il devait se heurter à l'autre... , et l'autre, c'était l'échafaud !

La journée se passa d'une manière affreuse.

Le soir venu, Jacques était plus calme. Il avait entendu la confession de Charles. Il avait pardonné. Son pauvre fils lui semblait maintenant bien plus a plaindre qu'à blâmer. C'était un autre que maintenant le Vendéen chargeait de ses malédictions . . . Car, vraiment, Charles n^avait été qu'un instrument dans tout cela..... car ce n'était pas Charles qui avait écrit , qui avait

frappé On avait écrit par sa main,

frappé par sa main.

— « J'irai ! dit le père, après avoir tout entendu. Je me jeterai aux pieds du Roi! Je lui demanderai la grâce de mon fils ! Je lui dirai tout ! »

— « Vous ne le ferez pas , mon père !

s'écria Charles. Ce que je vous ai dit, je n'ai pas voulu le dire aux juges. C'était mon secret. C^est le vôtre maintenant.

J'avais besoin de faire cet aveu à vous seul, afin de n'être pas maudit de vous , afin que mon crime fût moins grand à vos yeux. Mais acheter la vie à ce prix î Cela serait trop infâme! »

Jacques ne répondit rien.

n y eut un moment de silence qui fut bien solennel. Ils se regardaient l'un l'autre, ces deux hommes î Ils comparaient leurs positions , et se demandaient de quel côté la Providence avait mis la plus grande somme de douleurs !

Dieu était leur seul refuge.

Ils s'agenouillèrent et prièrent.

Ce fut à genoux que le geôlier les trouva tous deux lorsqu'il entra, conduisant monsieur de Barande , qui venait

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apporter a Jacques Bonval la grâce de son fils.

Dans la journée, le Roi avait fait présenter aux chambres, par le ministre de la justice, un projet de loi portant aboli-^ tion de la peine de mort.

Le Vendéen s'évanouit.

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