‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 10 sur 43 · IM1-160G · texte numérisé non relu

IM1-160G

qu'on faisait contre le roi, tout comme aux temps de la Ligue. De nombreux couvents surgissaient, foyers ardents de fanatisme, puissantes machines à faire des fous.

Toutes les formes de la pénitence furent étalées, affichées. Les piepus, les récollels, les auguslins déchaussés, les frères de la charité (pour la caplation des malades), s'éUiblirent partout à Paris, sous la protection des reines, de Marguerite et de Marie de Médicis. Le 24 août 605, jour môme de la -Saint-Barthélémy, les princesses, en grande pompe, menèrent les carmélites à leur célèbre couvent de la rue d'Enfer, l'école de l'extase espagnole, nui pullula tellement, que celte maison d'Enfer engendra soixante-deux maisons qui couvrirent toute la France.

En juillet 1600, autre scène, et plus dramatique. Les capucines furent menées par madame de Mercœur et autres princesses de Guise, à travers tout Paris, delà Roquette à la rueSaint-Honoré (la future place Vendôme). Nu-pieds, couronnées d'épines, ces filles de la Passion émurent vivement le public.

Ce spectacle de cinq ou six femmes vouées à la vie la plus dure, à une mort anticipée, faisait dire aux exaltés : « A quel degré donc est montée l'abomination publique, qu'il faille une telle

(îeoi-iuou 1 — 150 —

expiation?... Pourquoi laisse-t-on si longtemps vivre l'anathèmo au milieu de nous? » Ainsi la pitié tournai! en colère, arrachait des larmes de rage; et ces larmes, adressées au ciel, demandaient l'assassinat.

Le roi, devant ces fureurs ascétiques et monastiques de gens qui se frappaient eux-mêmes dans l'espoir de le frapper, fit une chose courageuse, que lui demandait Sully depuis près d'un an. Il mit le temple desTéïormés à deux lieues de Paris, le transportant d'Ahlon, distant de cinq lieues, à Charenlon, c'est-à-dire presque aux portes delà grande ville.

On ne peut se figurer quelle fut la violence des résistances. On fit réclamer le seigneur du lieu, et il s'ensuivit un procès qui dura soixante années. Sans en attendre l'issue, on fit arriver au roi d'aigres et menaçantes plaintes ; l'Édit de Nantes, disait-on, n'avait autorisé le temple qu'à quatre lieues de Paris. «Eh hien, dit le roi gaiement, qu'on sache que désormais Charenton est à quatre lieues. »

Alors on essaya de la violence populaire, des batteries, des coups de bâton. Mais le roi, sur le chemin, fit mettre une belle potence, qui avertit suffisamment, et l'on n'eut besoin d'y pendre personne.

Ce simple rapprochement du Temple, mis si

près du centre, presque clans Paris, !e prêche en ce lieu sonore, d'où tout retentit en France, l'éloquence austère des ministres, eu face des échos de la Ligue, des sermons en calembours, en rébus, en madrigaux, où brillait l'esprit des jésuites, ce fut un grand coup de parti.

Chacun se tint pour averti. Quoique le roi continuât un simulacre de hasculcj ou vit bien, dans les grandes choses, qu'il inclinait aux protestants. Personne ne fut étonné lorsque, peu après, il entraîna l'Angleterre dans un traité où les deux puissances couvraient définitivement la Hollande de leur garantie.

Les protestants, un à. un, lui revinrent, et d'Aubigné même.

La guerre d'Espagne, l'affranchissement des consciences, la liberté religieuse de l'Europe que pouvait fonder Henri IV, c'était l'idée nouvelle du temps. C'est celle qui lui ramena l'intraitable d'Aubigné, et le jeta' dans ses bras :

« Je me rendis à la cour, où le roi, sous prétexte de me charger de l'inspection des joules, me tint deux mois sans me parler de ce qu'il avoit sur le cœur. A la lin, comme j'entrois avec lui dans un bois où il alloit chasser, il me dit : « D'Aubigné, je ne vous ai « point parlé de vos assemblées , où vous avez

g pensé tout gâter, parce que vous étiez de bonne « foi, et que j'élois sûr qu'il ne se passeroil rien « contre ma volonté. Un des vôtres, et des meïl- « leures maisons, ne m'a coûté que cinq cents « écus. Que de fois j'ai dit, en vous voyant si « rétif :

« Je répliquai : « Sire, je savois tout. Mais, « nommé par les Églises, j'ai cru devoir les servir, « d'autant plus qu'elles éloient plus abaissées...» Le roi m'embrassa et suivit sa chasse. Mais, courant après lui, je lui dis : « Sire, en regardant « votre visage, je reprends mes anciennes bar- « diesses. Défaites trois boulons de votre pour- « point, et faites-moi la grâce de me dire ce qui « vous a mû à me haïr...» Alors il pSIit, comme il faisoit quand il parloit d'affection, et dit; «Vous « avez trop aimé la Trcmouille; vous saviez que je « le haîssois... »

« — Sire, reparti s-jc, j'ai été nourri aux pieds «de Votre Majesté, et j'y ai appris de bonne « heure à ne pas délaisser des personnes affligées « el accablées par une puissance supérieure.

« Approuvez en moi cet apprentissage de vertu « que j'ai fait auprès de vous.» Celte dernière réponse fut suivie d'une seconde embrassade

— 133 — [iOM-lMO) que fit mon maître, en me disant de me retirer.

« Sur quoi ïl faut que je dise ici que IaFrance, en le perdant, perdit un des plus grands rois qu'elle eût encore eus; il n'éloit pas sans deffauts, mais en récompense il avoit de sublimes vertus. »

(isoi-lfiOfl)

Page 1