CHAPITRE VIII
Grandeur d'Henri IV.
Les grands résultats du règne commençaient à apparaître. Toute l'Europe sentait une chose, c'est qu'il n'y avait qu'un roi, et c'était le roi de France.
Le vœu de tous ses voisins eût été d'être conquis. Les Flamands écrivaient aux nôtres : « Ali 1 si nous étions Français ! » Et la Hollande ellemême, dans ses embarras, recevant son meilleur secours de nos volontaires, se surprenait à désirer de devenir France. Les revers du prince Maurice, les craintes que faisait concevoir sa tragique ambition, reportaient vers Henri IV, et plusieurs, déjà fatigués d'une liberté si pé-
nible, eussent -voulu être ses sujets (1607, Sully).
Vœu déraisonnable pourtant. On en jugera ainsi si l'on songe à la si courte durée de ce règne, à ses résultats éphémères, aux calamités si longues qui suivirent... Tel fut, tel est le caractère du gouvernement viager. Marc-Aurcle aujourd'hui, et demain Commode.
Est-ce à dire que la voix publique a eu tort de vanter ce règne? La légende est-elle vaine? Non, le peuple a eu raison de consacrer la mémoire du roi singulier, unique, qui lit désirer à tous d'être Français, qui paya ses dettes, prépara la guerre sans grever la paix et laissa la caisse pleine.
Il n'y a aucune comparaison à faire entre lui et Louis XIV, entre ce règne réparateur et ce règne exterminateur. Le bel accord , si heureux, d'Henri IV et de Sully ne se retrouve point du tout entre Louis et Colbert. Les dépenses d'Henri IV, pour son jeu et ses maîtresses, que je n'excuse nullement, ne sont rien en comparaison de la furieuse prodigalité, de la Saint- Barthélémy d'argent qui signala le grand règne.
Celui-ci est vraiment grand. Avec peu il lit beaucoup. Sully n'était pas ce que fut Colbert. Henri IV n'avait qu'un petit pouvoir, en compa-