‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 29 sur 43 · MM6M · texte numérisé non relu

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cria par toute la ville : « lis ont tué un enfant! o

Alors tout le peuple accourt, ou brûle le Temple, on bouleverse le cimetière , on arrache le corps à peine enterré, on le traîne, on le déchire. Le désordre s'apaisa au bout tic trois jours. 11 fui puni. Mais à Poitiers on répéta la même scène, puis à Hauzé, puis au Croisic.

Les cimetières protestants lurent indignement bouleversés.

A Paris môme, des garçons de pieux marchands et de dévotes boutiques lapidèrent le cercueil d'un petit enfant que le père, un huguenot, conduisait au cimetière. Dès lors, les enterrements ne se firent plus en plein jour. El il en résulta un autre malheur pour les protestants. La populace (du Midi surtout) les appela parpaillots, papillons de nuit, les comparant aux sinistres et misérables phalènes qui se cachent tout le jour et ne paraissent que la nuit. Chose fatale, dans les cas de persécutions populaires, d'endosser un sobriquet! d'être désigné, poursuivi par un mot proverbial que la masse ineple répète au hasard, y attachant d'autant plus de haine et d'horreur, qu'elle en oublie l'origine et ne comprend plus bientôt l'injure qu'elle a inventée!

Jusqu'à ce qu'un Anglais, le poète Young,

— 553 — (ieiM6W| se soit plaint de ces choses lamentables, la France les voyait, les supportait depuis deux cents ans. Young, pour soustraire le corps de sa fille Narcissa aux insultes, aux curiosités impies, l'emporte de nuit furtivement et la met lui-même en terre dans une place inconnue. Tout le monde s'est récrié. Mais cela arrivait tous les jours. La terre ne gardait plus les morts; nul respect pour le mystère et la pudeur du tombeau.

Quel remède? Les plaintes des assemblées?

On les étouffait. On disait qu'elles ne devaient se réunir que pour nommer des députés au roi. Et, en même temps, on donnait pleine carrière a leurs ennemis. Les solennelles assemblées du clergé demandaient leur ruine. On faisait jurer au roi, à son sacre, « l'extermination de l'hérésie. » A son mariage avec l'infante, les Jésuites prêchèrent que cette union avec l'Espagne n'avait d'autre but que « l'extirpation de l'hérésie. »

Avec tout cela, nulle sédition, sauf un mouvement à Milhaud. En 1614, ils s'empressèrent d'ouvrir leurs places aux troupes du roi qui allaient dans le Midi.

Quarante ans martyrs, quarante ans héros, les protestants, très-fatigués, refroidis, et généralement paisibles, auraient désiré le repos. Us

étaient chrétiens, donc obéissants. El cela énervait toutes leurs résisiances. Quand une nécessité terrible les força d'armer, ils résistaient sans résister, alléguant quelque prétexte, comme <i que le roi était jeune, qu'on le trompait, » etc. C'étaient des révoltes à genoux. Et, au milieu, survenait le plus honnête de tous et le plus fatal, du Plessis-Mornay, pour détremper tous ies courages- Cet étal d'indécision et de froideur les livrait aux politiques, qui leur conseillaient de prendre tel misérable appui humain, Condé par exemple, ami des Jésuites, la reine mère, leur ennemie !

Le seul de leurs chefs qui ne trahit point, llohan, gendre de Sully, un politique, un capitaine, un caractère âpre et austère, d'indomptable résistance, eut cependant le tort de croire qu'il fallait chercher à la cour des patrons pour les huguenots. Ils étaient un parti nombreux et très-fort encore. Quand ils arrêtèrent le roi tout court et lui firent lever le siège de Montauban , un huitième seulement de leurs forces avait pris les armes. Ils devaient rester à part, n'entrer dans aucune intrigue. Les politiques les ramenèrent à la routine de l'autre siècle, de s'appuyer sur un Condc. Le Condé gascon les exploite, en lire un traité

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qui le rend redoutable, et fait que la cour compte avec lui. Alors il les plante là (1616).

Ils ne connaissaient pas leurs forces, et, comme des gens qui croient toujours se noyer, ils empoignaient au hasard, la moindre planche pourrie. Leur héroïque Rohan, amoureux des causes perdues, s'attache à la veine mère au moment où elle était non-seulement exilée, mais si compromise d'honneur, forcée de s'avilir par une de ces démarches qu'on ne fait point si l'on n'a contre soi sa propre conscience. 11 suflit que de Lujnes fît arrêter la Du Tillet, l'ex-maî tresse de d'Épernon, en rapport avec Ravaillac, pour que la reine mère, aux abois, écrivît un honteux serment de dénoncer ses comettters s'ils voulaient la tirer de sa réclusion de Blois (novembre 1618).

Est-ce à de telles gens que les protestants devaient s'allier, eux qui, dans toutes leurs plaintes, demandaient qu'on fît justice de la mort d'Henri IV?

La reine mère n'était pas encore rassurée. On pouvait toujours lui faire son procès. Elle se sauva de Blois, en descendant à grand péril d'une tour haute de cent pieds (février 1619). La voilà à la tête d'un parti étrangement hétérogène. D'Épernon, le plus mortel ennemi des protestants, en est le chef avoué. El les protestants se

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préparent à l'aider, lui prêtant d'abord leur appui moral, venant complimenter la reine mère et se recommander à elle.

Conclusion. La mère est battue par le fils aux portes d'Angers. On s'arrange, on s'embrasse. Toute la guerre retombe sur les prolestants.

Ils n'avaient pas encore pris les armes, et ne craignaient rien. Leur assemblée générale, qui se tenaient à Loudun, avait parole du toi qu'on redresserait ses griefs si elle se séparait. Promesse, il est vrai, verbale, non écrite, mais garantie par Condé, Lesdiguières et Cliàtillon, reçue par du Plessis-Mornay.

Ce fut justement leur Condé qui alla, au nom du roi, les déclarer au Parlement criminels de lèse-majesté. L'armée, dont le roi n'avait plus besoin contre sa mère, il la mène droit en Béarn. Les protestants, sur le chemin, bumblement lui font observer qu'il leur a donné six mois pour plaider l'affaire de Bcarn. Le roi avance toujours. Les protestants se contentent de prendre le ciel à lémoin. Us assemblent un synode de Languedoc, qui craint pour lui-même, et laisse passer par-dessus sa tête l'orage qui va aux Pyrénées. La saison était avancée. La moindre résistance eût forcé le roi de faire en liiver une guerre de monlagnes. Les Béarnais dispo-

saient d'une redoutable milice de trente mille paysans, bons soldats, mais leur gouverneur, La Force, n'osa rien; les chefs populaires, les ministres, n'osèrent rien. Le roi et le P. Arnonx, vainqueurs sans combat, entrent à Pau, Le roi jure les privilèges du pays et les viole le même jour. Tous les vieux traités sont biffés. La langue même du Béarn proscrite; ce grand changement, qui n'eûl dû se faire qu'à la longue, est imposé à l'heure môme. La justice ne se rendra pas en deux langues, mais seulement en français.

Depuis soixante ans, un tiers des biens ecclésiastiques était employé à l'entretien du culte des protestants. II y avait dix protestants en Béarn contre un catholique. Et ceux-ci, si peu nombreux, gardaient les deux tiers des biens.

La révolution ne s'en fit pas moins, et avec des violences furieuses que ce pays si soumis ne provoquait nullement. Le jeune roi, dur et sans pitié, ferma les yeux sur les barbares gaietés du soldat. Elles consistaient à mener les gens à la messe à coups de bâton, à faire jurer aux femmes enceintes de faire leurs enfants catholiques. Plus d'une n'en fut pas quitte pour si peu. Ces pieux soldats n'en étaient pas moins galants, et tiraient l'épée

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contre les maris qui ne prêtaient par leurs femmes.

Dieu! pitié ! justice! sainteté de la parole I Tout cela risée. Le roi assura n'avoir rien promis. Alors Mornay, qui avait reçu la promesse, mentait donc? Le beau-père de Luynes, qui avait transmis à Mornay la parole du roi, avoua lui-même que ce n'était pas le vieux protestant qui mentait.

Une assemblée générale des huguenots se fit 5 la Rochelle, et elle ordonna d'armer. Mais tous les grands du parti disaient le contraire. Mornay même voulait qu'on se soumît. Quelques paroles de la cour, une petite justice qu'on fit de l'excès de Tours, désarma la résistance. Le Béarn qui se relevait fut écrasé par d'Épernon. On acheta Châlillon, et enfin La Force. Oti escamota Saumur au pauvre Mornay, qui, du reste, le méritait bien par le tort que ses conseils avaient fait à son parti.

Chose remarquable ! la reine et Coudé, ces bons patrons des protestants, insistaient vivement pour qu'on les accablât. El ils étaient en cela appuyés des Espagnols.

Nos grands historiens politiques, qui disent que l'anéantissement du parti qui «ardait un peu de vie morale fut le salut de la France, devraient considérer pourtant que nos ennemis

les Espagnols ne demandaient pas autre chose. L'écrasement des protestants français était un côté du plan général qu'on étendait sur l'Europe, et qui eût rendu la suprématie à l'Espagne et à l'Autriche,

A quoi s'amuse donc l'histoire de nous donner la réunion de l'imperceptible Béarn, et la petite guerre protestante qu'on pouvait apaiser d'un mot, pour compensation de l'Europe entière que la France, occupée à ces misères, livrait à ses ennemis?

I! est vrai qu'avec le Béarn on gagnait encore autre chose. De Luynes fondait sa maison, non-seulement en France, mais en Flandre, chez le roi d'Espagne. Son frère Cadenet, eu 1619, était à Bruxelles, et recevait de l'infante le prix de. la trahison. De la comtesse de Chaulnes, unique héritière de sa famille, et du baron de Péquigny, était née une fille qui réunit tout et resta encore unique héritière. L'Espagne la tenait, rélevait dans le palais de l'infante, qui la donna, avec cette fortune immense, à l'heureux petit Cadenet.

Luynes, que donna-t-il en échange? bien peu de chose et peu coûteuse, mais d'inappréciable résultat : une ambassade pacifique qui, visitant les protestants d'Allemagne, avec l'évangile delà paix, leur montrant qu'ils n'auraient secours ni

des Français ni des Anglais, les jela dans l'inertie et dans un désespoir slupide, de sorte qu'ils laissèrent écraser le Palatin, leur chef, par les armes de l'Autriche, Alors la même ambassade leur moyenna un bon traité avec l'Autrichien, mais qui ne Hait nullement les alliés de celui-ci, l'Espagnol et le Bavarois, qui les écrasèrent à leur aise. L'Allemagne, engourdie par la France, lendit doucement la gorgé au couteau (1620).

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