‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 31 sur 43 · GS · texte numérisé non relu

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Eti 1604, ce fut sainte Thérèse qui lui dit, dans une vision, d'aller en Espagne chercher les Carmélites, mais aussi de préparer le double mariage espagnol, seul moyen d'amener l'extermination de l'hérésie.

De même, en 1019, quand il réconcilia la mère et le fils, il agit avec le Jésuite Arnoux pour envoyer l'armée contre les protestants, et, comme il passait par la Rochelle, priant dans une petite église, la seule qui y fût catholique, une révélation lui apprit que toute la ville le deviendrait. En foi de quoi, depuis ce temps, il poussa de toute manière pour qu'on s'alliât à l'Espagne et qu'on assiégeât la Rochelle.

Ce fut comme auxiliaire dans celte œuvre et comme ami des Espagnols que ce sagace et pénétrant Bérulle fit rappeler Richelieu. Il n'en avait nulle défiance. Richelieu était maladif, tout occupé de controverse, et il venait d'écrire à son Église bien-aimée de Luçon sur le bonheur qu'il aurait de se réunir à elle. Mais Bérulle lui fit violence, le traîna à la cour, pensant, avec son aide, rétablir le pouvoir de la reine mère, à mesure que Luynes s'userait.

Celui-ci allait vite. Sans portée et sans prévoyance, il entassait sur lui tout ce qui pou-

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vail l'écraser : en une fois il prit Cépée de connétable et les sceaux, c'est-à-dire la paix el la guerre.

H triomphait de ce que, dans une campagne contre les protestants, il enleva une cinquantaine de bicoques qui ne se défendaient pas. Il amena ainsi le roi étourdimenl devant Mautauban, qui l'arrêta court, et se défendit. Le roi ne le pardonna pas à Luynes. Assiégés, assiégeants, tous se moquaient de lui. Les pluies, les maladies aggravèrent sa situation. Il leva le siège et s'en alla malade à une petite ville qui l'arrêta aussi bien que la grande. Mourant, il eut encore le temps de chasser le P. Arnoux, sa créature ingrate, et il avait bonne envie de se défaire de Richelieu , qui minait aussi le sol sous ses pieds.

Celui-ci était poussé au ministère par la reine mère; mais auparavant il avait voulu se munir d'un paratonnerre, du chapeau de cardinal, qui d'ailleurs lui donnerait la préséance au conseil. L'affaire traîna deux ans. En septtembre 1622, Richelieu étant à Lyon, elle se fil. Un gentil homme, qui l'avait désobligé et désirait se rapprocher de lui, apprend le premier, à Paris, la bonne nouvelle, saute à cheval, d'un trait court à Lyon. Il force l'hôtel de

l'évêque, sa chambre, tombe à ses pieds.:

« Votre Éminence est cardinal ! »

Cet homme si conlenu ne tint pas à ce coup de foudre. Comme tous les mélancoliques, il avait, en ces occasions, des accès de joie folle, sauvage, furieuse (il avait un frère fou). Le voilà qui se met à danser dans la chambre devant le gentilhomme épouvante". Puis , cette folie donnée à la nature, le nouveau cardinal, rassis, froid autant que jamais, lui fit promettre, sur sa letc, de ne rien dire de ce qu'il avait vu.

Le favori qui succéda à Luynes, Putsieux , aussi bon Espagnol, nous mit encore plus bas. Le roi s'épuisait à deux sièges, Montpellier, la Rochelle, et ne s'en tira que par une fausse paix, où l'on trompa ceux qu'on ne pouvait vaincre. El pendant ce lemps-là les plus grands événements avaient lieu en Europe, sans qu'on eût l'air d'en savoir rien.

La France semblait avoir donné sa démission des affaires humaines. Cloîtrée dans sa petite guerre protestante, elle avait laissé consommer la ruine de son allié le Palatin, transférer le Palatinat à la liavière. Les Bavarois, les Espagnols, étaient maîtres du Rhin sur toute la rive qui nous touche, de Strasbourg jusqu'à la Hollande. Et nous étions cernés à l'est.

— 373 - (lNl-ieU) D'iintrc part, la valide des Alpes, qui mène du Milanais au Tyrol, la Valteline, jusque- lù soumise à nos alliés proleslanis les Grisons, avail passé, sous ombre d'une révolution populaire, aux Espagnols du Milanais, et ceux-ci désormais communiquaient à volonté avec leurs cousins autrichiens. Petit lieu, petit fait, mais d'importance immense, qui serrait le carcan de l'Italie. Déjà Venise n'en respirait plus. Un pas encore, elle étouffait.

L'Italie cria à la France, qui commença à ouvrir les yeux. Le 21 janvier 1623, nos Espagnols du Louvre, les I'uisieux, les Bérulle, furent obligés de laisser entrer au conseil un militaire breton, la Vieuville, qui prit les finances, el apporta au ministère ce qu'on a appelé la politique de Ricltelieu. C'était celle du bon sens, celle du péril , de la situation. Depuis treize ans on trahissait la France. 11 n'y avait pas une minute à perdre pour s'arrêter dans celle fatale carrière, pour tourner bride et la sauver.

Le 7 février, la Vieuville traita avec la Savoie et Venise contre l'Espagne, leur promit vingt mille hommes ; chacune d'elles en donnait douze mille. L'Espagne recula à l'instant. Celle grande et terrible maison d'Autriche, qui, à ce moment même bouleversait l'Empire de

fond en comble, voici qu'elle se cache derrière le pape. Le pape, son compère, déclare qu'il prend en garde les forts de la Valleline. L'Espagne, au fond, avait tout ce qu'elle voulait, le passage commode de Milan en Autriche.

La chose n'eu reste pas moins glorieuse pour la Vieuville, malgré tous les soins de Richelieu pour nous tromper là-dessus. C'est lui, c'est ce Breton, qui montra le premier combien on avait tort d'avoir peur de l'Espagne. Les succès de celle-ci aux Pays-Bas avaient tenu à ce qu'elle n'y guerroyait pas par elle-même, mais par le Génois Spinûla, entrepreneur de guerres, qui opérait avec des troupes à lui et des finances à lui, et de plus avec son génie d'âpre bravo de Gênes, lin, froid, rusé, s'affranchïssant de la pesanteur impuissante de l'administration espagnole. Partout où celle-ci agissait directement, tout allait mal, tout manquait, maigrissait et dépérissait.

La Vieuville eût voulu reprendre la politique d'Henri IV, donner Henriette au prince de Galles, aider le roi d'Angleterre à rétablir le Palatin, son gendre. Comment le savons-nous? par Richelieu, son ennemi, qui nous apprend que la Vieuville, ayant tout le monde contre lui,

abandonna à la lin ces projets et rassura les Espagnols.

La concession essentielle qu'il fit à leur parti, ce fut d'appeler au conseil l'homme de la reine mère, l'ami de Bérulle, Richelieu môme {24 avril 1624). Celui-ci, qui n'était connu que par son premier ministère, et comme cxaumônier de notre jeune reine espagnole, en gardait la réputation d'un bon sujet qui ne contrarierait en rien Madrid et mériterait toujours l'éloge qu'en avait fait l'ambassadeur d'Espagne : « 11 n'y en a pas deux en France aussi zélés pour le service de Dieu, pour noire couronne et le bien public, »

Appelé par Vicuvillc, il ne perdit pas dé temps pour le mettre a la porte. Ce fut fait en trois mois (12 août).

La Vieuville n'avait eu ni la tôle forte, ni la suite, ni le caractère qui pouvaient soutenir l'audace de sa première démarche; ce changement radical dans la politique de la France, Richelieu en avait la force et le génie. Mais, en revanche, tous ses précédents lui rendaient une telle révolution plus difficile qu'à personne. S'il y entrait, il allait faire une chose surprenante, étourdissante, monstrueuse. Car de quoi procédait-il, avec son ministère et son chapeau, et tout son ôtre, sinon primitivement

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de Concini et de !;i reine mère, c'est-à-dire de l'Espagne? El il fallait maintenant se tourner contre l'Espagne! Mais celle-ci disposait de Rome. Il faudrait donc aussi se tourner contre Rome, dont on recevait le chapeau ?

Que diraient alors la reine mère et Bérulle?

Agirait-on contre eux? Terrible scandale d'ingratitude! Renier ses auteurs, et méfaire à ses créateurs, et « faire passer son char sur le corps de son père ! »

Un homme qui dérivait de la reine mère, et qui allait s'en détacher, devait trouver en elle un point où elle-même flottât et fût, pour ainsi dire, contre elle-même. Et il fallait encore qu'en cela on n'eût point contre soi l'homme qu'elle consultait, Bérulle. Ce point fut le mariage de sa fille Henriette. Le seul grand mariage qu'on pût lui faire en Europe, c'était celui du fils de Jacques 1". L'orgueil royal et maternel était pris là. Et quant à Bérulle, la chose lui allait aussi. Avec toutes ses petites prudences et ses petites ruses, il perdait terre dès qu'on le lançait dans la vision donquichottique d'une grande conquête religieuse de l'Angleterre.

Les Jésuites y avaient échoué! Mais les Oratoriens, si modérés, si sages!... ils ne pouvaient manquer de réussir. Quelle gloire pour l'institution nouvelle!

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