‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 35 sur 43 · Ï5-16SB · texte numérisé non relu

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Il parut en habit brodé de perles mal cousues, qui se semaient sur les chemins pour tenter l'assistance. A Madrid, on se serait cru insulté! Ici on le trouva très-bon; les plus huppés ramassaient dans la crotte.

Retz dit que Buckingham brusqua son succès près de la reine, qu'à peine arrivé il vainquit. Aux adieux, à Amiens, ce fou furieux se porta publiquement sur elle aux dernières entreprises. Il outragea la France, et il trahissait l'Angleterre, livrant ses vaisseaux protestants pour faire la guerre aux prolestants.

Ce fut un Guise, pour bien renouveler làbas le fatal souvenir de la parenté des Guises avec les Stuarts, qui épousa la petite reine Henriette à Notre-Dame de Pans et la mena à Londres. Superbe cavalcade de prêtres, et moines, et religieuses sur leurs mules, toute une Armada ecclésiastique.

La reine trouva triste et sauvage le pays et le peuple, odieuse la simplicité grave des insulaires. Son sérieux époux, Charles I", figure roide et allière, où respirait le froid du Nord (par sa mère, il' était Danois), lui plut très-médiocrement. Et elle commença tout de suite la petite guerre. Elle était bien stylée d'avance, et Bérulle ne la quittait pas. Charles se trouva avoir dans son lit une zélée catéchiste, triste, sèche,

disputeuse, qui ne donnait rien pour rien et metlait l'amour aux jeûnes de la controverse.

Elle n'avait nul égard au temps, au danger de son mari, qui n'achetait les subsides du Parlement que par des sévérités religieuses. Elle avait droit d'avoir vingt-huit chapelles dans les châteaux. Mais le plus scabreux était celle de Londres. Elle exigea d'y réunir les catholiques, lis vinrent en foule. Alors elle voulut une église.

Cependant c'était elle qui se plaignait et se faisait plaindre. Tout retombait sur Richelieu. Le légat Barberïnï était à Paris, et le ministre dans un extrême péril. II parut là dans sa grandeur, mit bas l'habit de fourbe sous lequel il avait "grandi. A chaque demande du légat, il opposa un non respectueux, mais ferme, fort clair et sans ambages.

Barberini avait commencé par une demande naïvement espagnole : « une suspension d'armes, » pour que l'Espagne pût réunir ses forces. El Richelieu répondit : Non.

Barberini se retira sur la simple demande de la liberté du passage pour les troupes espagnoles, avec satisfaction au pape pour la forme impolie avec laquelle ses hommes avaient clé

mis à la porte. Mais Richelieu dit encore : Non.

Alors Barberini jela sa barrette et pleura.

Ce qui l'humiliait le plus, c'est qu'il ne trouvait aucune prise dans le public. Tout le monde paraissait ravi de ce coup reçu par le pape. Par celte seule petite affaire (qui ne coula pas un million , ni , je crois, un seul homme), Richelieu avait conquis une grande position nationale. On a vu, en 1620, que les soldats disaient à Ravaillac qu'ils croyaient faire bientôt la guerre au pape, et en étaient charmés. Cela permet d'apprécier ce qu'on veut nous faire croire de la grande dévotion du temps. Quand Henri IV mourut, le peuple de Paris dit qu'il défendrait Charenlon, protégerait les huguenots. Ht de Guise, ce jour-là, avait beau saluer la foule; personne n'y faisait attention. Puis, dix années après, quand on lança sur Charenlon une bande de laquais et de mendiants, quand les Jésuites de la rue Saint-Antoine se tenaient sur leur porte pour passer la bande en revue el lui mettre du cœur au ventre, l'histoire nous assure gravement que ces drôles étaient tout Paris, que la ville de Paris était encore ligueuse à cette époque, que ce grand bruit eut lieu pour l'amour de je ne sais quel Guise tué dans la

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guerre des protestants à deux cents lieues de là. S'il en est ainsi, qu'on m'explique comment, trois , ans après, ce légat, à Paris, n'en reste pas moins seul. Ce bon peuple dévot qui vient de brûler Charenlon, où donc est-il ? Et ne devrait-il pas faire tous les jours des feux de joie devant l'hôtel do M. le légat? Mais c'est tout le contraire. S'il y a joie, c'est pour le soufflet que vient de recevoir le pape. Richelieu s'en soucie si peu et croit tenir si bien le roi et tout, qu'il prend le temps d'être malade, s'en va à la campagne. Le légat solitaire n'a de consolateur qu'un autre solitaire, oublié dans Paris, l'ambassadeur d'Espagne, M.deMirabel.

L'homme de Rome était aux abois. La reine mère ne soufflait plus, avant son ame a Londres. On la rappela en hâte, cette àme saintement intrigante. Bérulle saute le détroit. Ni Buckingham là-bas, ni Richelieu ici, n'avaient prévu ce coup. Le saint homme, pour piquer le roi, prit justement la pointe dont usait si bien Richelieu, Yitonneur de la couronne. Il lui montra l'Anglais qui se moquait de lui, maltraitant Henriette, persécutant les catholiques. Pourquoi les ménagerait-il, lorsque, chez le roi Irès-chiétien, un cardinal persécute le pape?... Cela agit. Le roi jura que son beau-frère

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s'en repentirait, et, pour l'affaire du pape que traînait Richelieu, il dit à Bérulle d'en finir.

Avec celui-ci, la chose alla vite. Pendant que Richelieu se met en route pour revenir, déjà tout est fini. Bérulle a bâclé un traité, plein d'équivoques, o Les Grisons restent souverains, sauf le cas où les Vallelins se croiraient lésés comme catholiques. Le roi de France aura seul les passages, sauf le cas d'une guerre des Turcs, où l'Espagnol voudrait aller secourir l'Autrichien. » Or ce cas était tout trouvé, [l'Autriche étant alors aux prises avec le Transylvain, allié des Turcs. Les Espagnols, sous ce prétexte, eussent à l'instant même repris les passages.

Guéri par la colère, Richelieu revient, déchire le traité, en appelle à la France (il demande une assemblée de notables) et au clergé même do France. Sa prise sur le clergé,' c'était une victoire qu'il venait de gagner sur le protestant Soubise avec les vaisseaux protestants d'Angleterre et de Hollande (15 septembre 1625).

Les notables, princes, ducs et pairs, cardinaux, maréchaux, délégués des Parlements, membres de l'Assemblée du clergé (qui siégeait déjà à Paris), votèrent comme un seul homme pour Richelieu.

La reine mère, Bérulle et le légat faisaient Irisle figure, restant seuls pour la paix, seuls bons et fidèles Espagnols, devant une assemblée toute française. L'abandon du clergé surtout outrait le légat. « El toi aussi, mon fils ! » Il fit un coup désespéré. Sans dire adieu, il part (25 septembre), tirant décidément l'épée, et résolu de faire des levées de troupes, pour qu'on vit qui l'emporterait de la maison de France ou de celle des Barberini.

Richelieu fit courir après par politesse; mais il ne s'en souciait guère, ayant la France avec lui. Il amusait alors les notables d'un projet superbe de réforme ulopique, de ces choses agréables et vaines dont se régalent volontiers ces grandes assemblées. Il est curieux de voir l'idéal de Richelieu.

Cela commence d'abord de façon pastorale, le roi veut imiter saint Louis jugeant sous un chônc ; chaque dimanche et fête à l'issue de la messe, il donnera audience à tout venant, et recevra toute requête, que reprendra le demandeur, o avec réponse au pied > » le dimanche suivant.

La généralité des affaires se traitera par quatre hauts conseils. Mais à tout seigneur tout honneur : au plus haut conseil, trône le clergé; quatre prélats et deux laïques seulement le for*

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ment pour aider le roi à nommer aux bénélices, et, « en général, pour tout ce qui peut intéresser sa conscience. » Yoilù la conscience du roi administrée en république, et en république d'Église.

Le ineme esprit républicain perce dans l'organisation régulière qu'il veut donner aux conciles provinciaux. Ils deviendront les juges du clergé en dernier ressort.

A tout curé au moins trois cents livres par an, équivalant aux douze cents que leur donne la Constituante de 89. — Moins d'ordres mendiants, moins de Capucins. — Cloîtrer les monastères de filles.

Le roi réduit tellement sa maisoD, qu'il reviendra à la dépense d'Henri III. — Plus de vénalité d'offices. — Plus d'acquits au comptant; le roi se ferme le Trésor. — Plus de vagabondage, taxes des pauvres. — Moins de collèges, moins de lettrés pauvres (d'abbés faiseurs de vers, de preslolels solliciteurs, etc.). — Moins de luxe. Chacun, réduisant sa dépense, supprimant les clinquants italiens et passements de Milan, n'aura plus à chercher de mauvaises voies pour se refaire. Quelles voies? Le bon roi Jacques dit haut ce que Richelieu pense : que le gentilhomme ruiné venait en cour spéculer sur sa femme.

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Cet 3ge d'or sur le papier charma tellement le public, que trois corps à la fois, l'Assemblée du clergé, ia Sorbonnc et le Parlement, poursuivirent vivement les pamphlets papistes, espagnols, qu'on lançait contre Richelieu. Et le Parlement avec tant de violence, que Richelieu n'eut qu'à le contenir.

Il n'avait pris tant d'ascendant sur le clergé qu'en le leurrant d'une chose qu'il ne voulait pas faire, d'une guerre contre la Rochelle.

Qu'aurait fait cette guerre? Elle aurait forcé l'Angleterre à se déclarer contre lui; elle eût disloqué sa ligue du Nord (Hollande, Suède, Danemark, Allemagne). Les amis de l'Espagne, Béralle, la reine mère, ne désiraient pas autre chose. Ils le poussaient à la victoire fatale qui brisait tons ses plans, le brouillait avec les Anglais.

Richelieu tremblait de vaincre. Et lui-même, en novembre, il offrit la paix aux huguenots, ce qui mécontenta le clergé et lui lit retirer en partie l'adhésion étourdie qu'il lui avait donnée contre le pape.

Il désirait avoir la main forcée par les Anglais, pouvoir dire qu'il n'avait pu leur refuser de traiter avec les huguenols. 11 fit venir en décembre des ambassadeurs <l 'Angleterre, qui prirent l'affaire en main cl avancèrent la chose. Mais d'autant plus Rérulle, le parti espagnol,

voulait brusquer la paix avec l'Espagne. Ils remuaient le roi par le scrupule de pousser cette guerre d'Espagne que le pape maintenant faisait sienne et voulait reprendre en son nom. Us crurent le roi pour eux sur quelques mots d'aigreur qui lui échappèrent contre Richelieu , et ils en prirent l'audace de faire la paix sans pouvoir. La reine mère dit à la femme de noire ambassadeur, Fargis de Roehepot (ennemi de Richelieu), qu'il pouvait signer le traité in ogni modo. Le traité que signa Fargis, c'est justement cet amas d'équivoques que Bérulle avait minuté trois mois avant, et que Richelieu avait déchiré. « Les Grisons restaient souverains, à moins que les' Valtelins ne se disent lésés dans leur religion. » Et ils l'auraient dit à coup sûr. Ce beau traité, conclu (disons plutôt comploté, conspiré) entre Olivarès et Fargis, vient en janvier au Louvre. On s'est passé du roi, on s'est passé de Richelieu. Celui-ci tombe à la renverse. 11 se trouvait que nos amis et alliés, les Anglais, alors à Paris, sans lesquels on Irailait ainsi avec l'Espagne, allaient passer pour traîtres à Londres. Quelle force donnée au procès que déjà les Communes commençaient contre Buckingham? Charles I" était forcé de devenir le mortel ennemi de la France. Le but de Rome était atteint.

— 407 — [iflïS-iCïO) Qu'allait dire tout le Nord? Qu'allait dire l'Italie? Venise ne s'était compromise que pour avoir quelque sûreté contre l'Autriche, et la Savoie ruinée que pour s'indemniser sur Gênes. El tous étaient sacrifiés. La France traitait pour elle seule.

Le panégyriste de Bérulle, l'abbé Tabaraud (d'après d'autres plus anciens, et non plus sages), assure que c'était Richelieu même qui avait poussé Fargis, sauf à le démentir, que lui-même voulait ce traité qui lui troublait tous ses plans. Heureusement ses lettres sont là, et son très-sérieux éditeur, M. Avenel, d'après les pièces, a remis l'affaire en lumière (t. Il, p. 90).

On lava la tête à Fargis, On raccommoda le traité, mais comment? On en laissa tout le venin, les Grisons ne gardant de leur souveraineté qu'un petit souvenir, un cens de vingtcinq mille livres par an que leur payerait la Valtelïne. Celle-ci, petite république catholique, eût laissé, à coup sûr, passer et repasser les Espagnols tant qu'ils auraient voulu.

Deux choses décidèrent Richelieu à accepter cette œuvre de ses ennemis. D'abord, il avait su faire consacrer le droit des? Grisons par les Suisses, qui se firent forts de les remettre en possession de la Valteline.

Deuxièmement, le pape armait contre ta France. Son drapeau, avec l'Espagnol, reparaissait aux Alpes. Et, quelque ridicule que cela fût, Richelieu en était embarrassé. Qu'eût dit le confesseur du roi? et comment la conscience de Louis XIII se fût-elle arrangée de cette guerre obstinée contre le pape?

Doue, il céda, et endossa l'indignation et le mépris de l'Europe, proclamé traître par tous ses alliés.

La chose aujourd'hui est plus claire. En celte singulière affaire, il y avait un fourbe et un saint. Le fourbe, Richelieu {à juger par les précédents) ; le saint, Bérulle. Mais ce fut le saint qui mentit.

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