CHAPITRE XXIV
Siège de h Rochelle- 16S7-1BÏ8.
Les défections de la France sont les agonies de l'Europe. La paix traîtresse, entre Olivarès cl Bérulle, que signa Richelieu (mars 1626), suivie bientôt de la déroule des Danois (août 1626), a commence le grand débordement des persécutions catholiques. Le général massacre de Bohême (onze mille communes exterminées sur (rente mille) s'ouvre le jour de Saint-Ignace, en 1627. L'ordre d'adjurer ou mourir court l'Autriche, les terres autrichiennes. Pendant que l'armée sainte, bandits, moines et bourreaux, p5sc vers l'Adriatique, elle déhorde, au nord, sur la Saxe, s'cxlravasc en Brandebourg, jusqu'en Poméranic, de façon que les sables môme
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el les écucils de la Baltique ne pourront cacher les proscrits.
La France pouvait entendre la désolation du Rhin, la clameur du Palalinat, ruiné, saccagé, violé, un jour par les Croates et un jour par les Espagnols. La Lorraine suivait ce mouvement; elle allait armer contre nous, bien plus, donner passage à la grande armée des brigands organisés par l'Empereur.
La France le souffrait, pourquoi? pour une raison que Richelieu se garde bien de dire. Il était encore serf; il ne se maintenait qu'en suivant la reine mère et Bérulle et les Espagnols. Ils l'obligeaient de faire un traité avec Madrid pour l'invasion de l'Angleterre, c'est-à-dire pour le renversement de la politique de Richelieu. Le pape avait le mérite de l'idée première, el Bérulle celui de la foi. Bérulle dictait, Richelieu écrivait, Olivarès corrigeait le traité. Ce qui occupait le plus Bérulle, c'était de savoir s'il valait mieux prendre la flotte anglaise, ou bien la brûler dans le port.
Les Espagnols tirèrent de nous cette pièce (20 avril 1627), el, sans perdre un moment, la communiquèrent aux Anglais, afin qu'ils nous prévinssent, envahissent la France et descendissent à la Rochelle.
Les lettres de Richelieu prouvent qu'il était
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dupe. Ce traité imposé et contraire à ses plans, il l'avait adopté pourtant. Le 6 octobre encore, il croyait que les Espagnols lui donneraient une flotte, et qu'il pourrait les occuper à ce vain projet de descente.
Ils le jouèrent toute l'année. Ces .friponneries misérables peuvent parfois tromper le génie qui ne peut croire qu'on tombe si bas.
C'était la catholique Espagne qui mêlait contre nous, dans une coalition étrange, nos alliés l'Angleterre, la Savoie et Venise; d'autre part, la Lorraine, l'Empereur, tout pêle-mêle, protestants, catholiques.
Elle nous jetait l'Anglais au visage, cl bientôt l'Empereur dans ledosl
Tout cela fut connu enfin, lu, révélé dans les papiers qu'on saisit en novembre.
Buckingham n'avait nul principe, mais beaucoup d'imagination. En 1625, il avait prêté des vaisseaux contre la Rochelle {Y. sa lettre, Lingard). En 1627, le voilà défenseur, protecteur de la Rochelle, de tous nos prolestants, il tire l'épée pour Dieu.
En réalité, il voulait prendre la Rochelle, ou au moins Rhé. C'eût été un nouveau Calais, entre Nantes et Bordeaux, a cinq heures de l'Espagne. Les flottes anglaises n'étaient plus prisonnières au détroit. Libres des servitudes du
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vent, elles se tenaient là, comme l'aigle de mer sur son roc, tombant sur les vaisseaux français ou sur les galions espagnols, et pillant sur deux monarchies.
Tous les protestants de France allaient refaire à Buckingliam l'ancien empire aquilanique d'Edouard III. Ce vainqueur et ce conquérant, qui donc alors pourrait parler de lui faire son procès? Merveilleux coup qui, du fond de l'abîme, le faisait remonter au ciel ! Vainqueur en France, despote en Angleterre, et adoré au Louvre! Le roi, embarrassé, eût été trop heureux que la reine intervînt. Lui, Buckingliam, alors, son chevalier fidèle, mettait tout à ses pieds. Elle s'attendrissait, et les vœux de la France étaient comblés , il naissait un Dauphin. ■
Dans cet emportement de passion, il écrivit, en France, au duc de Rohan qu'il allait arriver avec trois flottes et trois armées, trente mille hommes. Triple attaque, par la Rochelle au centre, aux ailes par Bordeaux et par la Normandie. Pendant ce temps, le duc de Savoie eût agi sur le Rhône, le comte de Soissons en Dauphiné.
De tout ce merveilleux poème de guerre, on n'eut qu'un épisode, la descente de dix mille Anglais à l'île de Rhé. C'était assez pour prendre la Rochelle, si la Rochelle voulait être prise. Mais elle ne le voulut pas.
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On avait tanl reproché aux huguenots d'aimer l'Angleterre, que celle-ci se croyait sûre d'être reçue à bras ouverts. Mais point. Les huguenots furent avant loul Français.
La Rochelle d'ailleurs, notre Amsterdam, forte de commerce cl de guerre, un petit monde complet, original, qui avaitson pavillon à elle, renommé sur toutes les mers, que serait-elle devenue dans les mains anglaises? Un triste port militaire, comme notre lioclicfort d'aujourd'hui. Ses marins avaient horreur d'une pareille transformation. Et ses ministres ne redoutaient guère moins le joug des demi-catholiques, épiscopaux cl anglicans.
La mauvaise foi de Buckingham était frappante. S'il eût voulu délivrer la Rochelle, il cùl descendu sur terre ferme et l'eût aidée à prendre cl démolir son entrave, le fort Louis. Mais il resta en mer pour prendre l'Ile de Rhé, où il se fût établi, que les Roehellois le voulussent ou non, devant eux, à leur porte. Captifs d'un côté par la France, de l'autre ils l'eussent été par l'Angleterre.
Il n'écoula en rien les conseils de Soubise, qui venait avec lui, et pendant que Soubise était allé à la Rochelle, contre leurs conventions, il descendit dans Rhé. Non sans perte. Le gouverneur Thoiras, avec le régiment de Champagne et force
— 433 — ;ifiîi-i6!S| noblesse, lui fit un tel accueil à l'arrivée, le cribla tellement, qu'il resta inactif cinq jours à se refaire, au lieu de marcher droit au fort.
Soubise, voulant entrer à la Rochelle, avec un secrétaire anglais, fut arrêté tout court, et ne serait pas entré si sa vieille mère, femme d'antique vigueur, ne lut venue et ne l'eût fait passer. On écoula l'Anglais, mais on resta très-froid.
Ce scrupule de nos huguenots fut ce qui sauva Richelieu, et qui sauva la France. Si Buckingham eût mis seulement cent hommes à la Rochelle, l'effet moral était produit et Richelieu sautait. L'Angleterre se retournait violemment vers la guerre, sa révolution était ajournée; les cent ans de la guerre anglaise recommençaient pour nous.
Richelieu, loin d'avoir des vaisseaux, n'avait pas d'argent pour en faire. Il espérait dans la flotte d'Espagne!
En celle détresse, il imagina de se servir de son ennemi Bérulle. Il le fil agir pour obtenir à Rome un secours d'argent à prendre sur le clergé. Lenteur, mauvaise volonté. Richelieu prie le clergé même, lui exlorque quelques millions.
Que serait-il devenu, sans la lenteur de Buckingham? Mais celui-ci attendit, pour assiéger le fort, qu'il fût bien approvisionné. l\ garda
mal la mer. Nos fiasques de Bayonne, habitués à l'aire l'improbable, réussirent à passer ; le fort qui n'avait de vivres que pour cinq jours , fut ravitaillé pour deux mois.
Heureusement, car le roi qui venait, lomba malade, son frère le remplaça, avec le ferme désir de ne rien faire. L'armée qu'il eommaudait, pillant, ravageant el coupant les arbres, Faisait ce qu'il fallait pour que la ville se donnât aux Anglais. Outre le fort Louis, on en commença d'autres évidemment pour l'assiéger.
Grande dispute dans la ville. Les juges sont pour le roi quand même, s'en vont, passent au camp royal. Les ministres et le corps de ville prennent la résolution hardie de se défendre, mais seuls, et sans recevoir liuckinghani.
Loin de là, dans leur manifeste, ils rappellent, comme leur plus beau titre, d'avoir jadis chassé l'Anglais. Ils offrent, si le roi veut mettre le fort Louis entre les mains de la Trémouille ou de la Force, de s'unir à lui pour chasser de Iihé leur défenseur suspect.
Pour réponse, on mît des canons en batterie devant leurs portes. 11 fallait ouvrir ou combattre (10 septembre). Ils combattirent, mais ce ne fut que cinq semaines encore après (15 octobre) qu'ils se décidèrent à traiter avec Buckingham.
Sans celte extrême répugnance de la Rochelle pour l'Anglais, l'ardeur, l'activité de Richelieu n'aurait servi de rien. Tlioiras était malade, découragé ; la noblesse du fort perdait patience ; on parlait de se rendre. Comment leur envoyer du secours? 11 fallait un miracle. Les Bayonnais et donnais le firent par un coup tel que ceux qu'ont fait leurs flibustiers. Le mot fut : « Passer ou mourir. » On y serait mort, si on avait suivi le plan ordonné. Buckingham était averti, el ses chaloupes en mer pour couler ces coques de noix. A mi-chemin, celui qui menait l'avantgarde, le jeune la Richardière, dit le capitaine Maupas, dit aux autres : « Us n'imaginent pas qu'on traverse leur flotte. Et c'est par lù qu'il faut passer. Nous sommes très-petits et très-bas; nous passerons sous les boulets. » Cela se fit ainsi. De trente-cinq barques, vingt-neuf passèrent, le reste fut coulé. Le fort reçut des vivres en abondance. Buckingham, avec qui Thoiras parlementait, et qui croyait déjà le tenir, vit, le matin du 9 octobre, les soldats qui, du haut des murs, lui montraient au bout de leurs piques « des jambons, chapons et coqs d'Inde. » Dès lors, sa perspective était de rester là l'hiver, de périr dans l'eau sous les pluies.
Les Rochellois, qui jusque-là avaient peur de lui autant que de l'armée royale, le crurent dès
lors moins redoutable, et ne refusèrent plus de traiter. Ils le trouvèrent moins haut, el il signa ce qu'ils voulurent (15 octobre). Celui qui fit l'arrangement, Guilon, un de leurs grands marins, y réserva, non-seulement les libertés de la ville, mais les droits de la province même, stipulant que, si l'Anglais prenait l'Ile de Rhé, il ne la démembrerait pas du pays pour la faire anglaise, qu'il ne profiterait pas des forts bûlis depuis huit ans sur la cûle, qu'il les démolirait. Admirable traité, d'un patriotisme obstiné, mais qui dut refroidir entièrement les Anglais, leur faire peu désirer de vaincre, puisque d'avance on exigeait qu'ils ne profitassent point de la victoire.
Le roi, enfin guéri, était arrivé le 12 octobre. Toutes les forces militaires dont le royaume pouvait disposer étaient devant la Rochelle, trente mille hommes d'élite et un matériel immense. Tous nos ports, du Havre à Bayonnc, avaient fourni des hommes et des embarcations. Richelieu, en trois mois, par un mortel effort de volonté, d'activité, avait précipité la France entière sur cet unique point. Le succès n'était guère douteux. La Rochelle avait vingt-huit mille âmes, dont quatorze mille mâles, donc au plus sept mille hommes armés. Des dix mille de Ruckiugham, il n'en restait que quatre mille. Ni l'Angleterre ni la Hollande ne
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Si Buckingham eût bien gardé la mer, la France manquant de vaisseaux, il était maître encore de la silualion. Mais on fil l'imprudence heureuse de mettre six mille hommes d'élite dans des barques. Ils passèrent, cl il fui perdu.
Perdu en France, perdu en Angleterre. Le 6 novembre, avant de s'embarquer, il joua sa dernière carte, donna au fort un assaut désespéré. Il y perdit beaucoup de monde. Il en perdit encore plus à l'embarquement. Il n'avait rien prévu. 11 lui fallut faire défiler ce qui lui restait de troupes sur une étroite chaussée; on le coupa, à moitié passé, et on lui tua deux mille hommes (7 novembre 1627).
11 n'en avait plus que deux mille, mais sa flolle était tout entière, et il était encore maître
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de la mer. Les Rochellois le supplièrent de rester là. Plus il y avait d'hommes dans l'île, plus vite ils seraient affamés. Le roi aurait vu du rivage ses meilleures troupes forcées de se livrer, de se rendre à discrétion. Mais Bukingham avait perdu la tête. 11 avait l'oreille pleine du grondement terrible de l'Angleterre; il avait hâte d'être à Londres pour répondre aux accusations.
Il pari, ayant mangé les vivres de la Rochelle, ayant rendu aux assiégeants le service de l'affamer. Cette misérable ville, abandonnée de celui qui l'a compromise, la voilà en présence d'une monarchie. Six mille hommes sans secours et à peu près sans vivres, vont se défendre un an encore contre une grande armée qui a tout le royaume pour arrière-garde, qui y puise indéfiniment, répare à volonté ses pertes.
La France est admirable dans ces occasions où il s'agit de se couper un membre, de pratiquer sur soi quelque cruelle opération. Dès qu'il lui faut se mutiler, se tronquer, se décapiter, elle est forte, elle est riche. Elle n'avait pas eu d'argent pour payer exactement le Danois en 1G26, lorsqu'il combattait pour elle, pour les libertés de l'Europe. Elle eut énormément d'argent en 1627 pour détruire son premier port, la terreur de l'Espagne, l'envie de la Hollande. On
— *39 — {iffin-iess) jeta les millions dans des constructions immenses qui devaient servir un moment. Tels de ces forts, bâtis uniquement pour prendre la ville, étaient aussi importants que la ville même. Ils étaient reliés entre eux par une prodigieuse cireonvallation de trois ou quatre lieues qui enveloppait le pays. On avait fait une Rochelle monstrueuse pour étouffer la petite! pour une occasion d'une année, des murs babyloniens et des monuments de Ninive!
Tout cela n'était rien si on ne fermait la mer. On l'avait essayé en vain en 1622. Un Italien célèbre n'y pouvait réussir. L'architecte français Métézeau, et Tiriol, maçon de Paris, en indiquèrent les vrais moyens, et avec tant de simplicité, qu'on crut qu'on le ferait sans eux. On les paya, et on les renvoya. M. de Marillac, un courtisan suspect, grand ami de Bérulle, se chargea de consluire la digue. Désirait-il y réussir? Bérulle, qui avait tant demandé le siège pour bouleverser les plans de Richelieu, en craignait maintenant le succès dont Richelieu eût eu l'honneur. On voulait à tout prix sa chute, un politique nous dit pourquoi : Parce qu'on savait qu'une fois ht mile prise, les huguenots n'étant plus dangereux, Richelieu s'abstiendrait de les persécuter. Or les saints de l'époque, copistes de l'Espagne, voulaient absolument qu'on en fit comme
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des Moresques, qu'onles chassât ou les exterminât. (Fonlaine-Mareuil).
Marillac, substituant son génie à celui des inventeurs, ne fit pas la digue en talus, comme ils l'avaient prescrit; il la iil droite. Si bien que le travail fut emporté au bout de trois mois. Mais la puissante volonté de Richelieu vainquit tous les mauvais vouloirs à force d'argent. L'armée entière voulait travailler â la digue ; on payait au soldat chaque bottée de pierre qu'il apportait. La solde en outre fut énormément augmentée. De bons et chauds habillements distribués, des vivres abondants. L'argent ne passait plus par les mains infidèles des capitaines, mais par des agents sûrs, tout droit de la caisse au soldat.
11 y avait cent a parier contre un qu'on ne pourrait achever. Richelieu, qui le G octobre encore comptait sur la flotte espagnole* apprit en novembre par des papiers de Buckingham, et par ceux d'un agent anglais qu'on saisit en Lorraine, que l'Espagne était contre lui, que depuis un an elle organisait une coalition pour envahir la France. Découverte et bien mise à jour, l'Espagne persévéra dans une hypocrisie ridicule, nous envoyant à la Rochelle sa flotte (qu'on remercia), tandis qu'elle nous assiégeait dans Casai, où nous soulenions un Français, Nevers, héritier de Mnnlonc (27 décembre 1627).
L'Italie appelait la France, clouée à la Rochelle. L'Allemagne el le Nord l'appelaient. Noire envoyé en Suède, M. de Charnaeé, nous fut renvoyé par fiuslav'e-Adol plie pour dire à Richelieu que, si la France ne venait au secours par hommes ou par argent, c'était fait de l'Europe, et que la France périrait la première. Effectivement, on préparait chez l'Empereur le terrible Êdit de restitution qui allait déposséder l'Allemagne protestante, transférer la propriété aux catholiques, offrir des primes monstrueuses aux bandes des assassins à vendre, donner des ailes à la guerre, à la mort. Que pouvait Richelieu? rien du tout. S'il lâchait le siège, ii perdait son crédit et périssait. Il devait rester là, et tous les millions de la France, si nécessaires ailleurs, il devait les jeter en plairas dans la boue de ce port. Ces marins rochellois qui eussent si utilement aidé contre les Espagnols, il devait les faire mourir de faim. Les flottes anglaises, ses alliées naturelles, et colles de Gustave et des protestants d'Allemagne, Richelieu devait les combattre el les détruire, s'il se pouvait !
En février, le roi brusquement lui échappe. Il s'ennuie, retourne à Paris. Coup monté, trèsprobablement. On supposait que Richelieu suivrait, ou que, si le roi partait seul, il s'émanciperait de son ministre. Bérulleet la reine mère
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y comptaient bien; les Guise y travaillaient, fort mécontenta de ce que Richelieu, surintendant de la navigation, avait subordonne" leur amirauté de Provence. Au bout de quinze jours passés à Paris (Fontainc-Mareuil), le roi avait oublié et la Rochelle et Richelieu. Celui-ci ne le ramena qu'en donnant une place à un petit ami du roi qui lui sonnait du cor, le chevalier de Saint-Simon.
Ce grand homme, si mal appuyé, était resté là indomptable sur celte triste côle, pouvant chaque matin apprendre son naufrage, soit qu'une tempête emportai sa digue et délivrât la ville, soit qu'un vent capricieux soufflai de la cour sur le faible esprit de ce roi qui le soutenait seul contre la haine universelle.
Nul en réalité n'aidait bien Richelieu que la Rochelle elle-même, l'intraitable rigueur qu'elle opposait aux Anglais. Qui empêcha ceux-ci de la ravitailler? (F. Mareuil.) Le refus que les Rochellois qui demandaient secours leur firent pourtant d'ouvrir la ville. « Qu'offrez-vous? disait Ruckingham. Quels dédommagements pour nos dépenses|? — Nous n'offrons que nos cœurs, » dirent obstinément ces héros.
Cetle résistance immortelle est garanlie par un catholique, par un oratorien, Arcère, qui avait tous les manuscrits, depuis détruits ou dispersés,
Qui ne pleurerait en voyant la France anéantir ce qu'elle eut de meilleur? L'imperceptible république se maintenait contre deux rois. Ses marins traversaient la digue; ses cavaliers déliaient l'armée royale. Vingt-huit bourgeois de la Rocliellc attaquent un jour cinquante gentilshommes. En tête des vingt-huit était le tisserand La Forêt, qui se fit tuer et à qui on fit des funérailles triomphantes. Un autre sortit seul des portes pour demander un combat singulier. Accepté par la Meilleraïe, cousin de Richelieu, qui eut son cheval tué et fut blessé. Mais on courut à son secours.
A Pâques (1628), les marins l'emportèrent sur les bourgeois proprement dits; le parti violent gouverna, et la mairie devint une dictature. Le capitaine Guiton fut élu, malgré lui. « Vous ne savez ce que vous faites en me nommant, dit-il ; songez bien qu'avec moi il n'y a pas à parler de se rendre. Qui en dit un mot, je le lue. » Il posa son poignard sur la table de l'hôtel de ville, cl le laissa en permanence.
<i Guiton était petit, mais je fus ravi de voir un homme si grand de courage. Il était meublé magnifiquement, el son liùtel plein de drapeaux qu'il aimait à montrer, disant quand il les avait pris, sur quels mis, dans quelles mers. » (Mém. de Ponds.)
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Il fallait un Gui ton pour soutenir la ville contre l'horrible coup qu'elle reçut, en voyant les Anglais, tant attendus, paraître et disparaître, sans rien tenter pour elle. Le 11 mai, on les vit en mer; le 18, ils étaient partis. Denbigh, beaufrère de Buckingham, pressé par les réfugiés qui étaient avec lui de forcer le passage (la digue étant encore inachevée), dit qu'il leur en laissait l'honneur; qu'il avait ordre seulement décroiser, de faciliter l'entrée des secours, mais de bien ménager sa flotte.
Dans un tel désespoir, le fanatisme de la patrie mourante poussa un homme à se dévouer pour tuer Richelieu. Il voulait seulement qu'on lui dit « que ce n'était pas un péché. » Guiton, qu'il consulta, répondit froidement : o On ne conseille pas dans ces sorles d'affaires. » Les ministres, auxquels il alla aussi, lui défendirent cet acte, disant : « Si Dieu nous sauve, ce ne sera pas par unforfait. «(Arcere, 11,295.)
La famine pressait. On avait mangé tout, jusqu'aux cuirs qu'on faisait bouillir. Un chat se vendit quarante-cinq livres. Il fallut faire une chose barbare qu'on avait toujours différée : chasser les pauvres, les vieux, les infirmes, les femmes veuves et sans secours, les envoyer aux assiégeants, c'est-à-dire à la mort. Quiconque voulait passer les lignes était pendu. Celte misé-
rable foule, s'y présentant, fui reçue à coups de fusil. Elle revint suppliante à la Rochelle et y trouva visage de pierre, les portes closes et mornes, inexorables. Il leur fallut mourir de faim dans l'entre-deux ; dont les soldats du cardinal profilaient honteusement; les femmes agonisantes se livraient pour un peu de pain.
Étrange armée française! employée ainsi, sans combattre, à celte fonction de bourreaux, d'étouffer lentement une ville. Du reste, régulière, bien ordonnée, silencieuse. Richelieu dil avec orgueil : « C'était comme un couvent. » Le soldat gagnait gros et engraissait. Sauf les jours qu'il était maçon, portait la hotle, il n'avait rien à faire qu'à entendre la messe des minimes el des capucins, se confesser, communier.
Sur la ligne, à cheval, voltigeaient les cvèques. Ceux de Maillerais, de Nîmes, de Mende, élaienl les lieutenants du cardinal. Les maréchaux en sous-ordre. Tous allaient prendre le mol dans une petite maison où Richelieu s'était logé sur le rivage. C'était là la vraie cour; l'église et l'épée affluaient, mais avec celte différence : les prélats le poing sur la hanche, enfonçant leurs chapeaux, les officiers courbés et faisant le gros dos.
Que devenait cependant l'honneur de l'Angleterre? On dil que Charles I" en laissait parfois