‹ Henri RochefortChapitre 11 sur 60 · I.B PRKMIF.R K.XIL I 't · texte numérisé non relu

I.B PRKMIF.R K.XIL I 't

Ce matin le citoyen Cantagrel i présidé les deux comitéi réunis, Cantagrel et Rochefort. Le cil Cantagrel relire sa candidature. Les deux comités iusionnés ont décidé la réouverture immédiate des réu nions publiques.

Pour le comité Cantagrel :

Ml NA.RD.

Pour le comité Rochefort :

E. Masson.

D'autre part, M. Auguste Vacquerie, réminent journaliste, L'homme que son infatigable dévouement place au premier rang parmi les plus ardents défenseurs du peuple, publiait sous ce titre : la lidature Rochefort, une page remarquable où toutes les arguties des partisans de M. Jules Favre étaient battues en brèche, réduites à néant avec un admirable talent.

Enfin venait la seconde profession de foi de Henri Rochefort :

ad KLECTEUP.S DE LA SEPTIÈME CIRCONSCRIPTION.

Citoyens,

Jamais un peuple ne s'est repenti d'avoir marché en avant. Il faut que le triomphe du radicalisme soit complet. Paris ne peut faire moins que Lyon et Marseille.

Le peuple de Paris ne fera pas que le second scrutin soit une reculade et la question pour les électeurs est toujours de donner l'expression la plus énergique. La réaction a souvent mêlé mon nom à ceux des Raspail,

des Bancel, des Gambetta ; c'est à vous, citoyens, qua je demande de me donner au Corps législatif un siège à côté d'eux.

On a fait de nous des épouvantails. Nous sommes bien plutôt épouvantés nous-mêmes en présence des problèmes sociaux qui se dressent et devant lesquels tant d'hommes ferment volontairement les yeux : le sort misérable de la femme; l'effroyable empiétement du capital ; l'instruction de l'enfant dont les bras travaillent si tôt et dont l'intelligence est développée si tard.

Le jour où toute la France saura lire et écrire, l'arbitraire et le mensonge rendront leur dernier souffle. C'est pourquoi la majorité des Français ont été, depuis des siècles, parqués avec tant de soins dans une ignorance favorable aux desseins du despotisme. Notre rôle est de faire reporter sur l'instruction de tous les millions gaspillés en expéditions inutiles ou même coupables.

C'est pour ces tâches diverses que le pays a besoin d'hommes énergiques que rien ne puisse émouvoir et qui se laisseront convaincre par d'autres arguments que les missions divines et les interventions providentielles.

J'ignore, citoyens, quel avenir est réservé à la France, mais si elle retombait dans de nouveaux pièges ou de nouveaux dangers, j'ai la confiance que vous diriez de moi après le péril passé : « Il était avec ceux qui ont fait leur devoir. »

Quoique l'on comptât à l'actif de M. Jules Favre les voix du candidat bonapartiste et clérical Savart, on avait douté cependant que l'ancien chef de l'opposition au Corps législatif acceptât un si compromettant secours. Le mardi 1er juin, à l'heure

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i8 ardente de la lutte, ce désistement dissipait bouts hésitation à ce sujet :

Mes chers concitoyens,

Sur la demande de nombreux anus, et dans le seul désir de grouper les hommes dévoués à l'ordre et à la liberté, j'avais posé au milieu de vous une candidature qui, en quelques jours, a réuni près de cinq mille suffrages.

Je suis honoré plus que je ne pourrais dire d'un pareil témoignage de sympathie. Il sera l'honneur d'une vie consacrée tout entière au travail et aux intérêts de la population ouvrière.

Un second tour de scrutin va avoir lieu. Mon devoir est tracé et il ne me reste qu'à vous exprimer toute ma gratitude et à vous déclarer mon désistement.

1 1( voué au peuple et justement soucieux de l'avenir du pays, je ne puis que l'aire des vœux pour que les voix de tous ceux qui m'ont honoré de leur confiance se reportent sur le candidat que vous jugerez représenter le mieux les principes que vous avez déjà <>ffirmés au premier tour de scrutin.

Agréez, mes chers concitoyens, l'expression de mon plus entier dévouement.

Savart.

m était donc fait désormais. M. Savart passait à M. Jules Faviv avee armes et bagages. Le triste diplomate de Ferrières était évidemment celui qui, dans la pensée du candidat officiel démissionnaire, représentait le mieux les fameux principes évoqués.

Dès lors, 'les réunions sont devenues plus tu-

multueuses et plus irritantes en présence de l'appui manifeste que l'Empire prête donéravant à l'ancien cinq* A M. Delattiv, un jeune et ardent orateur, très goûté du public, vient joindre ses courageux efforts. Ce jeune homme, qui court d'une safe à une autre, de la rue des Cordelières à la salle de la Fraternité, et de la salle de la Fraternité au local de la rue du Faubourg-Saint- Jacques, s'élançant à la tribune que quitte Jules Favre , pour s'y précipiter dans les mêmes conditions, sur un autre point, tenant partout en échec le futur ministre de M. Thiers et souvent l'obligeant par ses questions embarrassantes à se retirer sans répondre. — C'est Humbert, condamné depuis pour des articles de journaux à la peine du bagne à perpétuité, scandale auquel M. Jules Favre n'est peut-être pas étranger, du reste. Au moment en effet où le défenseur de la candidature Rochefort fut frappé de la condamnation aux travaux forcés, qu'on ne l'oublie point, M. Favre était l"un des puissants du jour.

La calomnie se mêle alors à la fête pour combattre les succès croissants de Rochefort, et M. Delattre est bientôt contraint de répondre par la voie des journaux aux mille histoires inventées par les officiers bonapartistes contre le crédit inquiétant de son client. Pour donner une idée des sottises qui éclosent et du jésuitisme qui préside à cette éclosion, notons, en passant, cette infamie

LE PREMIER EXIL 1f»7

que l'exilé de Bruxelles rétorque dans une brillante et mordante chronique.

Une feuille ministérielle avait répandu le bruit que Rochefort devait à l'empereur son entrée à l'Hôtel de Ville. Et quoi d'étonnant à cela ! Le P > s reproduisit bien, à l'heure où l'ex-député de Belleville est sous les verrous, en 1872, au fort Boyard, un article d'un journal clérical de Nantes où l'on affirme que l'Impératrice vient d'envoyer à Mme Rochefort, sur sa demande, une pension de tant par mois, et l'article prend pour titre éclatant : Une belle et noble vengeance!//

Voici en quels termes Rochefort parlait de la première accusation :

Je vois dans les comptes- rendus des séances où mon ami et éloquent mandataire M. Delattre a prodigué avec tant de dévouement qu'un des honorables détenseurs de M. Jules Favre m'a accusé d'avoir été à l'Hôtel de Ville.

Ce qu'il n'a pas ajouté — soyons justes, peut-être l'ignorait-il — c'est que j'y suis entré le premier janvier 1851, c'est-à-dire sous la République — j'avais alors dix-neuf ans — et que j'ai donné ma démission sous l'Empire. Cette démission fut toute politique, puisqu'elle vint à la suite d'un article que j'avais publié dans le Charivari.

Notez que je restais avec les cent vingt francs que me procurait mon journal dans les bons mois, et ma famille, à qui je cachai longtemps pour ne pas la décourager cet acte d'indépendance; je n'avais alors aucun soupçon que je jouerais jamais un rôle public ; j'obéis-

sais donc à mes instincts sans penser une minute, vous le croirez facilement, que moi, être alors obscur, j'aurais à répondre un jour aux interpellations de mes électeurs relativement à mon passé.

Je rougis d'être obligé de venir pleurer devant la rampe comme Pauvre Jacques ; mais on a inventé à mon sujet tant de scènes de féeries, tant de feuilles plus bu moins vendues ont raconté que j'avais laissé mourir de faim mon père, qui a soixante-dix-neuf ans et qui se porte heureusement beaucoup mieux que moi, on a fait de moi le héros de tant d'aventures fâcheuses dont l'invraisemblance a généralement le caractère de la folie, que je ne crois pas me mettre en scène avec trop de persistance en donnant ici quelques explications que je ne dois peut-être pas à tout le monde, mais que je suis heureux de fournir aux électeurs de la septième circonscription.

En effet, en dépit des démentis les plus nets, cet odieux mensonge, à savoir : « que Henri Rochefort laissait mourir de faim son père, parvenu à un âge très avancé», se propageait comme dernière manœuvre. La veille du vote, le Rappel reçut de Claude-Louis-Marie de Rochefort cette déclaration, qu'il enregistrait à la confusion des calomniateurs :

A monsieur le rédacteur en chef du Rappel. Monsieur,

Je lis dans un grand nombre de journaux une belle collection d'injures contre mon fils. J'ai un fonds de mépris inépuisable pour ces infamies, et je me taisais. Mais je ne puis laisser passer sans protestation et sans

indignation celle qui l'accuse de me laisser mourir de t'ai ni.

Ceux qui voudraient faire passer Henri Rochefort pour un mauvais fils ne le connaissent guère. Marc-Aurèle avait fait élever un temple à la Bonté. Si une pareille église existait à Paris, mon fils serait de la paroisse.

Permettez, monsieur, que j'ajoute mes remerciements à ceux des nombreux lecteurs du Rappel qui le suivent avec tant de plaisir, et recevez le témoignage de ma profonde estime.

Rochefort (père).

Paris 4 juin.

Il y eut, il est vrai, une contre partie à ces Vilenies. Ainsi on eut la joie de voir des proscrits tels que M. Louis Blanc envoyer de la terre d'expiation leur adhésion à la candidature radicale de la septième circonscription de la Seine, en une lettre pleine de grandeur et d'émotion :

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