II. Cantagrel se répandent dans les groupes
« pour les calmar. MM. Victor* imme de
« lettres, Serre, étudiant en médecine, Meillet,
• avocat, Longuet, étudiant, sont arrêtés.
- Lu plus grande masse cependant s'esl portée «< rue et faubourg Montmartre, aux environs des " bureaux de journaux où arrivaient et se centra- « lisaient 1rs résultats connus du serutin.
« Quand on a le résultat partiel d'assez de seca lions pour que le résultat général et définitif ne « soit i>as chaii. ition Pavre est annoncée au
« peuple. Elle est accueillie par un cri universel
■ de : Vive Rochefort !
Une voix s'insurge et hurle : Vive Jules Fa- « vre !
« — A l'Académie ! au Tuileries ! A bas Olivier 11 !
in chante : Vive Rochefort sur l'air des lam* « pions :
« Des cris de colère, ajoute Le reporter, partent
« de plusieurs cotés. Tout ce peuple ému semble « avoir reçu une injure personnelle.
« La scène menace de devenir tumultueuse. Il « faut se hâter d'ôter tout prétexte aux voies de « fait de ia police. L'un des rédacteurs du Rappel « élève la voix — Un profond silence s'établit. « Citoyens, nous sommes avec vous comme vous « êtes avec nous. Nous n'attendons plus de ren- « seignements, ne laissez aucun prétexte d'inter- « venir à la police. Permettez-moi d'employer un « mot de sergent de ville et de vous dire iïèva- « citer.
« Tout de suite on commence à sortir et à éva- « cuer la cour, il n'y a plus que quelques cris isolés « de « vive Rochefort ! » Il ne restait plus qu'une « partie des citoyens, ceux qui sortaient les der- « niers; à ce moment une escouade de sergents « de ville se précipite dans la cour et pousse, « bouscule, frappe les attardés. Un des composi- « teurs, portant des feuillets à l'imprimerie, reçoit <• un coup terrible dans la bagarre.
<< La cour évacuée, la porte cochère est fermée. « On ne laisse plus entrer personne dans la « maison.
« Le boulevard est en ébullition. Du faubourg « Montmartre à la Chaussée-d'Antin, la foule « afflue et s'entasse. Le cri de : Vive Rochefort! « retentit souvent et partout. Pas d'autres « tu- « multes » d'ailleurs, et pas d'autres provocations.
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• Vers dix heures, la police s'avisa de vouloir ré- ■ tablir ta circulation. Tout à coup, «1rs ch
m de sergents de ville commencent, Imprévues, « brutales, violentes. On se sauve, on crie, on « siffle. Les cafés étaient déjà pleins, bientôt ils ■ut combles.
« On fait de l'esprit quand même. Un sergent « de ville criant à la foule amassée : Avance/. ! o avancez! l'n électeur presse dans ce lût rip08te : a vous êtes te contraire de votre empereur, vous " m' nous trouvez pas assez et lui nous trouve «< trop avancés. »
» A onze heures le bruit s'étant répandu que 1«' « Rappel était saisi et les promeneurs installés « momentanément dans les établissements du « boulevard réclamant le journal sur l'air des « lampions, les agents se ruent dans les cafés et « en expulsent les consommateurs. Le café de « Madrid est le premier conquis, puis le cale de « Suède, puis le café des Variétés, puis les autres. « Les tables sont renversées, les verres brisés, « les plateaux broyés. Les manteaux, les cha-
• peaux, les mantelets, les éventails, pêle-mêle - jonchaient l'asphalte.
« Les charges poursuivent les curieux mufti fensif's jusqu'à l'extrémité du boulevard. < >n «■ échappe tant bien que mal par les artères trans- •■ versales. Il y a des victimes, el les pharmai « voisins reçoivent de nombreux blesses! On
« parle même de morts. On aurait riposté aux « lâches agressions des casse-têtes de la police « par des coups de couteau.
« Le nombre des arrestations est considérable. « A minuit, l'ordre règne. Tous les cafés sont « fermés. Le boulevard Montmartre et le boule- « vard des Italiens, si vivants si animés d'ordi- « naire à cette heure, par le ciel bleu et par le « temps chaud, sont absolument déserts.
Quoique les Tuileries fussent en liesse du vote de la 7e circonscription, l'empereur et son administration ne laissaient pas que de concevoir à la suite des élections et du recensement total, les inquiétudes les plus aiguës. Ainsi que le démontrait la Liberté, journal officieux de l'époque, les 14, 684 voix données à Raspail, et les 13,887 voix accordées à Rochefort appartenaient toutes légitimement aux radicaux, en ajoutant, à ce chiffre, le nombre d'électeurs des lre, 2e, 3e, 4e, 6e, 8e, 9e circonscriptions, on arrivait à un total de 160,000 voix toutes hostiles à l'Empire et jamais Paris n'avait eu, depuis 18 ans, une semblable majorité d'opposants.
Cette constatation mit donc bon gré mal gré une sourdine aux chants de triomphe que devaient entonner les gazettes ministérielles et c'est dans la fureur que leur causait le réveil manifeste de Paris, que les fonctionnaires impériaux puisèrent la haine qui les fit, à dater de ce jour, courir d'actes arbi
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trairas en notes arbitraires, de provocations en provocations, «l'abus révoltants en odieux abus.
Désormais, tous ceux qui dans les ateliers ou dans la presse seront soupçonnés de pousser le peuple à l'émancipation, et aux revendications justes mais audacieuses se verront l'objet des mauvais traitements des agents et des poursuites des magistrats. Le but qu'on se propose en haut lieu, c'est de fomenter, si besoin est, des troubles qui permettent d'englober les personnalités marquantes et de supprimer les organes républicains provinciaux et parisiens. C'est l'inauguration du règne de la police. On spéculera sur tout, sur la dignité des provoqués, et sur la bassesse des provocateurs ; on poussera les étudiants et les prolétaires à la révolte pour emprisonner, condamner, exiler, tuer ces révoltés. Mais ce qui doit consoler les opprimés, c'est qu'ils ont toujours raison des oppresseurs. La force ne prime pas éternellement le droit ; et les brigades de sûreté, maniassent-elle^ aussi bien que les brigades impériales le cassetête, ne sauraient empêcher, quand l'heure a sonné, les citoyens résolus et impatients de secouer le joug.
Le 9 juin, vers six heures du soir, la nouvelle se répandait brusquement qu'il y avait vive agitation au quartier latin. On prétendait môme qu'on s'y battait. Laissons derechef la parole au rédacteur des On-dit du Boulevard :
« Sept heures. Aucune animation. Des sergents « de ville, trois par trois. Foule à tous les cafés du <( boulevard.
« Huit heures. Les tables ne sont pas retirées. On « prétend qu'il y a mandat de saisie du Réveil. « Quelques commissaires de police en profitent « pour saisir le Rappel. Les théâtres sont vides. « Les groupes commencent à se former.
« Neuf heures. Les sergents de ville sont plus u nombreux, la foule augmente, les récits les « plus invraisemblables se font jour. On se^masse « entre la rue Richelieu et le Faubourg-Poisson- « nière. Une bande de jeunes gens s'acharnent à « vouloir faire circuler les sergents de ville qui « obstruent le passage.
« Dix heures. Quelques cris de vive Rochefort! « On demande le Rappel sur l'air des lampions. « Les agents en bourgeois sont très nombreux ; « les sergents de ville font des trouées d'instant « en instant ; les promeneurs s'écartent pour les « laisser passer et les groupes se reforment tran- « quillement derrière eux. On entonne la Marseil- « lai.se, ce qui paraît médiocrement amuser M. le « préfet de police et M. Duverger, qui passent en « voiture.
« On signale également M. Rouher et non loin « de lui M. Emile Olivier. La foule n'éprouve au- « cun besoin de les acclamer.
Dix heures et demie. Bourrades des agents.
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• Les cris redoublent. Au café Garin on fait un feu « de joie avec 1rs Qumérosdu Journal officiel , de « la Patrie et du Pays. Le théâtre des Variétés
" est forcé ilo fermer ses grilles ; les agents se « réunissent au coin de la rue Vivienne et de la « rue Drouot ; ils exécutent une charge à gauche « jusqu'au faubourg, à droite ils s'arrêtent au café « de Suède.
« Onze heures. — Les cafés se ferment pré- « cipitamment. Brébant, le grave Brébant, renvoie « ses soupeurs ; les sergents de ville se forment « en brigade et dispersent tout le monde, jusqu'au « Gymnase ; la foule s'écoule, les cris deviennent « plus rares.
« Onze heures et demie. On parle de trou- « blés à Belleville. Trois ou quatre cents person- « nés auraient chanté la Marseillaise et crié : « Vive Rochefort ! » « le pain à douze sous ! » « Les becs de gaz sont brisés, les boutiques se « ferment. Les grilles du théâtre de Belleville sont « cadenassées. Les omnibus de Belleville à la « place des Victoires, interrompent leur service. « Quelques pierres sont jetées dans les croisées.
« La foule, de plus en plus nombreuse, s'est « dirigée vers le faubourg du Temple ; la police « s'est montrée en ce moment; la collision a été évi- « tée sans que la troupe ait eu à sortir cependant. « Minuit et demi. Un bataillon d'infanterie « et un escadron de cavalerie de la garde do
« Paris s'avancent, ces troupes commandées par « un colonel sont précédées de tambours, et un « commissaire de police marche en tête, faisant « des sommations légales devant lesquelles la « foule se dissipe. »
Le lendemain, 11 juin, comme la veille, vers dix heures et demie, les mêmes scènes se reproduisent :
« On évalue à quinze ou vingt mille personnes « les rassemblements du boulevard et des rues « adjacentes. Les passages sont fermés. Tout à « coup ces cris retentissent : La troupe ! La troupe <î tandis qu'une brigade de sergents de ville barre « l'entrée de la rue Montmartre, une compagnie « d'infanterie de la garde de Paris occupe un des « trottoirs du boulevard Poissonnière, et un déta- « chement de cavalerie prend possession de la « chaussée. La circulation est interdite aux omni- « bus et aux voitures. La foule, un instant rc- « poussée, revient vers la troupe qui s'ébranle « dans l'ordre que voici :
« Sur la chaussée :
« Deux gardes municipaux, à dix pas, six « trompettes ; deux officiers supérieurs ; on dit « que l'un d'eux est le colonel Saint-Sauveur ; « des fonctionnaires de la police en bourgeois ; « un escadron ' de gardes municipaux sur « huit rangs. Sur les trottoirs de chaque côté, « deux tambours ; un commissaire de police ; une