‹ Henri RochefortChapitre 19 sur 60 · ON · texte numérisé non relu

ON

traient préalable, la h i tre l'Em-

pire était personnifiée par lui à oe point qu'il l'ut déclaré que • quoi qu'U lit il i principe comme inassermenté », Dans la trois circonscription, les révolutionnaires port Lcdru-Rollin ; dans la quatrième Armand Barbie ; dans la huitième Félix Pyat. Nous verrons un peu plus lois les circonstances dans lesquelles le pan> phlétaire était absous, par un rote, de ce fameni serment considéré par quelques-uns comme une véritable tache originelle.

L'auteur de la La/iternc .-'était d'ailleurs ainsi expliqué à ce sujet:

La question des inassermentés, écrivait-il, crée un problème que je peux bion me permettre d'exposer, mais que je B'oseraia pas résoudre.

Le peuple attache-t-il une importance majeure au serment préalable? Je l'ignore. Pour ma part, je l'ai dit, je n'en attache aucune. Que je prenne le taureau par les cornes, par les naseaux ou par les pattes de derrière, je n'y mets pas de coquetterie. L'essentiel est i|ue je le dompte ou que je le renversa. Quand il s'agit de délivrer un pays du choléra, il est peut-être aire de M DU B6 montrer trop délirât sur le choix des rem* à-dire de sourire devant les

obstacles que la poltronnerie officielle met à l"ex sion du suffrage nnrverael, et de cataloguer simplement le serment préalable parmi les ras prévus par le Code pénal, au chapitre intitulé : Menaces s<>us conditions.

plus important de noter, — puis-

que l'insuccès des inassermentés prouva que le peuple n'attachait pas à cette forme de protestation la valeur que certains démocrates avaient voulu lui imprimer, — c'est l'acceptation, par le candidat de la première circonscription, du mandat impératif avec toutes ses conséquences. De la période contemporaine, Rochefort, et ce n'est pas un de ses moindres titres à la reconnaissance publique, est le premier député qui ait eu à cœur de rester en communion d'idée constante avec ses mandants, et qui ait proclamé par son exemple les avantages et les saines garanties du mandat électoral contractuel.

« J'appartiens tout entier à la démocratie et au peuple, déclarait-il, dans la réunion privée du 8 novembre, rue de la Fidélité. Je serai un simple mandataire toujours révocable. Si je suis nommé, je louerai une salle où mes mandants et moi nous nous retrouverons toutes les semaines et où nous discuterons les questions à l'ordre du jour en commun. De cette façon, le député et le peuple sont sûrs de s'entendre, et, le jour où l'entente cesserait, le député rendrait immédiatement son mandat. Oui j'accepte, le mandat impératif sans restriction. Des députés vous ont dit — et ces hommes sont les anciens Jupiter-tonnant de la gauche — que leur conscience le repousse parce qu'il porte- .rait atteinte à leur dignité. Telle n'est pas mon opinion. L'élu, selon moi, doit représenter le plus fidèlement possible la pensée de ses électeurs, il doit donc agir d'après un programme bien déterminé. Je veux me mettre en communication incessante avec vous approuvé par vous, j'irai droit devant moi, rien ne me fera reçu-

DÉP1 i M

1er! s . citoyens, que l<- jour où von

que la question ad dans la rue, vous m'y trouveriez.

Revenant enfin sur la prestation du serment, il en finissait avec cette discussion, en ce qui le touchait personnellement, par cet exposé des motifs plein de verve :

Hier, citoyens, a eu lieu une réunion où plusieurs des vétérans de la démocratie, républicains de toujours, ont été acceptés comme candidats, i la'eondiu'on qu'ils n'accepteraient pas le serment.

Trois circonscriptions de la Seine ont chacune nnde mdidats, qui eux depuis longtemps ont travaillé pour la grande œuvre. Néanmoins il y a été décidé que, moi aussi, je serais candidat à côté de ces hommes illustres, moi qui n'ai encore rien fait pour me rendre digne de marcher à côté d'eux.

Une question pave, très-grave, a été agitée dans cette réunion. Un citoyen y a dit que, pour rendre ma candidature aussi révolutionnaire que les auti' devais, si j'étais élu, refuser le serment à la Chambre. Quand on a parlé de la décision de cette réunion, composée de démocrates connus de toutes les circonscriptions, j'ai pris la résolution de vous consulter. Je vous le répète, je ne veux agir qu'avec vous, éclairé par vous, conseillé par vous.

Qu'ai-je à faire '.' Dois-je, comme il y a dons Pont fait Carnot et Cavaignac, refuser le serment '.' D<ii--je donner ma démission avant même d'avoir fait

acte de mandataire '.' Tout l'avantage ici serait pour moi. Car, après l'honneur que vous me faites, j trop heau jeu si je rentra aupa-

ravant, ayant \ me dispensant d'a-

gir. Mai-- je crois, citoyens, qu'il faut agir, qu'il faut

marcher, qu'il faut travailler à la grande Révolution. Je me résoudrai donc à prêter le second serment, bien sûr que je rachèterai cette faiblesse par un dévouement sans bornes à la cause commune, à la cause de la Révolution.

Et la proposition ainsi conçue, mise aux voix :

— Rochefort doit-il prêter serment à son arrivée à la Chambre?

Est résolue par un vote affirmatif donné à l'unanimité par l'assemblée populaire aux cris répétés de vive la Lanterne 1 Vive Rochefort 1

Les promesses que l'auteur de la Lanterne avait faites à ses électeurs, il les tiendra plus tard strictement. Nous le verrons, au lendemain de son entrée au Corps législatif louer à la Villette une immense salle, — la salle de la Marseillaise, — où il convoquera ses mandants. C'est même au milieu de ceux qui l'acclament, et dont il a reçu son mandat de député, qu'après l'autorisation de poursuites demandée à la Chambre et obtenue d'elle par M. Emile Ollivier, l'Empire sera contraint de venir mettre en arrestation, par surprise, le pamphlétaire représentant du peuple.

L'allure absolument révolutionnaire de la candidature de Henri Rochefort, l'acceptation par lui du mandat impératif, l'attitude qu'il s'était engagé à prendre à l'assemblée, le jour où il irait y siéger, avaient jeté la perturbation dans le camp des députés modérés. L'opposition douceâtre dont

hKPi rATION '-'<»"

vivaient depuis dix-huit ans les principaux chefs de la gauche menaçait d'apparaître désormais bous un aspect défavorable, et l'opportunisme d'alors résolut de mettre bon ordre à un état de cho-

sesqui ne [ vait, si l'on n'y veillait, qu'empirer

d'instants en instants.

Sur les conseils de l'ex-député de Belleville, démissionnaire.. M. Gambette ; sous l'impulsi gnaturea déclinant, que dis-je déclinant, repous comme une indignité le mandat impératif et parmi lesquels figuraient MM. Bancal, Barthélémy Saint- Hilaire, Bethmonl, Desvaui, Requiros, Jules Favre Jules Ferry, Gambetta, Garnier-Pagès, Grévy, Jules Simon, etc., une nouvelle candidature dressa le 17 novembre contre celle de l'auteur de la Lanterne, ce fut la candidature Camot(l).

1. Aujourd'hui que le maniât impératif est adopté par les hommes sincèremeut républicains, et que le droit que possède le peuple d'exiger de son mandataire l'observation stricte des engagements pris et consentis librement avant l'élection, il n'est pas sans intérêt d'exposer ici, en note, les passages >i autoritaires, si peu démocratiques du manil'e-ie publié i la demande des meneurs de l'extrême chei cette époque si triste»

La plupart de ces hommes occupent maintenant les premières charges do l'Etat. Ce qu'ils ont fait jadis aurait dû inettie en garde le peuple et l'empêcher de les réélire. Voici la lin de ce inan teste, oublié depuis dix ans, Bt table monument d'édification poli tionnaire:

On a essayé de réhabiliter La théorie du mandat impéi ratif, on a répété que le député mandataire di « teurs, leui restait Lu at subordonné et qu'il de-

i vait les consulter sur ses desseins et SU! ses votes.

Il y avait bien eu, quelques jours auparavant déjà, un M. Terme qui était venu apposer ses affiches de prétendant du siège législatif, mais le drapeau bonapartiste, qu'il avait arboré franchement dans sa circulaire, ne laissait aucun espoir à son élection. La condidature Carnot. au contraire, rallie dès le début tous les ennemis de la politique intransigeante. A la seule exception du Rappel, tous les journaux de Paris entonnèrent

« On a même ajouté qu'il était leur justiciable, que cité « devant eux il pouvait y être jugé et condamné.

Les députés soussignés repoussent cette prétention comme fausse et dangereuse et ne pouvant conduire, si jamais elle s'accréditait, qu'à la tyrannie des minorités. Ils sont décidés à la combattre résolument.

Sans doute, ils seront toujours heureux de multiplier avec leurs électeurs les communications amicales et les rapports confianst. Ils se considèrent comme engagés d'honneur à défendre les principes qui les unissent à eux par les liens d'une étroite solidarité.

Si leur conscience les en éloignait elle leur imposerait l'obligation de faire apprécier leur conduite en déposant leur mandat ; mais c'est elle seule qu'ils consulteraient. Ils n'ont ni injonction ni ordres à recevoir.

Le mandat impératif fausserait radicalement le suffrage universel en livrant l'élu, c'est-à-dire la majorité des électeurs à la merci d'une minorité usurpatrice.

Le principe électif reste seul debout au milieu des révolutions qui se succèdent, il est désormais la seule garantie de l'ordre, il est appelé à transformer, de la base au sommet, toutes les institutions du pays.

Pour le conserver intact, il faut le dégager tout à la fois des compromis monarchiques qui le corrompent, et des violences démagogiques qui le dégradent (Ont signé : Bancel, Barthélémy Saint-Hilaire, Jules Favre, Gambetta, Grévy, Jules Simon, etc., etc.).

i rATION

les louanges du nouveau compétiteur. L'heure tardive àlaquelle M. Carnot était venu s'implanter a Belleville pour briguer les suffrages des électeurs no permettait plus la dise se de ndidat que par la voie de la presse et donnait plus de chances aux menées sourdes de la dernière minute.

Les amis de M. Carnot faisaient même si bien le jeu du gouvernement que celui-ci essaya d'une suprême manœuvre que l'on eut encore avant 1«' vote le trmps de dénoncer à l'opinion. Le /•' I i reçut le 18 novembre une lettre signée Henri Rochefort — lettre fausse — dont on jugera le caractère par sa teneur :

Monsieur le rédacteur du liéceil ,

Après le manifeste de la gauche, il ne me reste plus qu'à retirer ma candidature de la première circonscription de Paris.

Ne pouvant plus compter à la Chambre que sur le citoyen Raspail, je préfère attendre !

J'attendrai !!!

Enfin, le moment de la victoire a lui. Le scrutin est fermé. Le dépouillement des bulletins B'opère. Dans les rues qui avoisinent 1rs sections, l'aflluence des curieux est formidable. Tout P s'intéresse à l'important résultat. Sur les boulevards, des cinq heures et demie, l'agitation est

extrême. Il pleut, «mais l'averse est toutefois modeste, constate un journal, comme il sied à une pluie qui ne veut pas empêcher la circulation. » Des groupes se forment calmes et ne donnant aucun prétexte aux agents de M. Piétri. On piétine devant les kiosques et aux librairies des passages. Les malheureuses boutiques sont assiégées dès qu'apparaît un paquet de journaux à l'intérieur.

Devant la librairie Panis, rue de Lafayette, où s'opère la vente du Rappel, la cohue est si extraordinaire que des citoyens sont préposés pour éviter l'étouffement qui menace et faire mettre les acheteurs impatients sur une longue file de quatre rangs. Il y a dans cette foule des délégués des grands ateliers de Paris et des Ecoles qui doivent, immédiatement après la connaissance du résultat porter les nouvelles dans les diverses directions de la capitale.

A six heures les chiffres affluent et l'on peut pronostiquer déjà. Rochefort distance de plus en plus Carnot. Le triomphe du premier devient assuré et le recensement définitif donne le nombre de voix suivant : Rochefort, 18,051 ; Carnot, 13, 734 ; Terme, 2, 6T6.

Henri Rochefort était élu, en dépit de toutes les hostilités combinées.

Tandis que les démocrates bellevillois jetaient dans l'urne les bulletins qui assuraient son élection, Henri Rochefort attendait anxieusement

PUTATIOM 5"!

le résultat du vote dans un petit restaurant du boulevard de Clichy. C'est en compagnie d i bave Ploureofi qu'il était allé s'attabler dans le modsste établissement le plus voisin uV la section où se centralisaient les résulta

Mini' Rochefort et sa fille avaienl été laie ches Brébant où les deui journalistes devaient leur dépécher les nouvelles le plus rapidement qu'ils le pourraient.

gouvernants n'étaient pus moins h quoique dans un autre esprit ;i 'a connaissance de l'addition finale des votes. A la mairie de Montmartre, rue des Moines, impasse Constantin»', rue du Château (école «les filles), petite rue Saint- Denis, rue Riehomme, rue Doudeauville, à la mairie de la Chapelle, à la mairie de la Villette, rue d'Allemagne, bâtiment de la Bourse, boulevard de la Villette, rue Louvain, à la mairie de Belleville rue Richer, rue de la Courtille, c'est-à-dire dans 21 sections, des agents enn traient au fur et à mesure du pointage les chiffres de l'élection et, bride abattue, se dirigeaient la préfecture de police où convergeaient leurs informations.

Quand M. Piétri eut à porter aux Tuilerie nouvelle défavorable, il entoura cette di s m de toutes les précaution vantes. L'effet n'en fut pas moins foudroyant.

Les journaux officiels et officieux, d'ailleurs, comptant sur le succès de l'élection Carnot, avaient pris, quelques jours avant l'ouverture du scrutin, le soin de donner à la manifestation de Belleville un caractère très tranché et nettement révolutionnaire. Grâce à la maladresse de ses amis, qui avaient accentué de la façon la plus fâcheuse pour l'Empire, les intentions des électeurs qui nommeraient le pamphlétaire, l'Empereur, mis directement en cause, recevait donc le plus sanglant affront.

Telles étaient les préoccupations dans lesquelles l'élection de Belleville plongeait la cour, que l'impératrice Eugénie, qui devait depuis longtemps faire un voyage en Orient et assister à l'inauguration du canal de Suez, avait remis de jour en jour son départ. Les lazzis de l'auteur de la Lanterne avaient jeté un tel ridicule sur ces hésitations croissantes que la « gracieuse souveraine » s'était décidée enfin à partir :

« Le départ de l'impératrice pour l'Orient n'est pas encore décidé, ricanait Rochefort dans le numéro 68 du pamphlet célèbre, mais il n'est pas absolument contremandé non plus.

Si cette dame veut bien accepter un conseil, je l'engage à ne pas aller en Egypte. Son mari est infiniment plus bas qu'on ne lui déclare, et si, une fois là-bas avec son fils et successeur, une catastrophe survenait, elle aurait à craindre que ces misérables républicains

Dl l'i I \TM\

ne profitassent «lu désarroi général pour descendre dans la rua >•: proclamer la République, non aani préalablement déclaré traîtres à la patrie tons ceux qui tient seulement prononcer te nom grotesque de Napoléon IV.

L'impératrice Fera de cet avis l'usage qui lui conviendra, mala je croii pouvoir lni affirmer que les choses se passeront ainsi. On m'a même proposé d'en être. Je n'ai pas besoin de dire quelle a été ma réponse.

Il i-st vrai que !•• départ de la souveraine ne mit pas lin aux gouailleries terribles de l'ennemi juré il-- la dynastie, car la veille de l'embarquement de - L'impériale épousée » voici le « chant du départ »

dont l'écrivain moqueur l'accompagnait :

On m'a souvent reproché de ne pas être assez régence... de l'Impératrice. Quelques journaux du Rouher parti ont même prétendu que, comme Ruy-Blas, j>- m'étais affolé de ma souveraine, et que je lui avais Offert d'entrer a la Patrie, OS qui est le dernier mol de la honte et de l'humiliation, si elle voulait seulement m'accorder le plus innocent des souvenirs, un vieux gant, une fleur fanée ou une pension de vingt-cinq mille francs.

Ils ajoutaient que l'impératrice n'ayant répondu à «pérances que par le plus profond dédain, je m'étais jeté dans Imposition radicale.

Il n'y a paa un mot de vrai dans cette légende. Ce qui est réel, c'est qu'.-n ma qualité <!<• républicain absolument indécrottable j'' ne demande qu'à entrer en e contre le- têtei couronnées, et que je di

ialement contre celles qui gouvernent.

"27i RENTRÉE EN FRANCE

Or, que se passe-t-il en France? Tandis que l'Empereur, étendu sur une chaise longue, renonce à interroger l'avenir pour interroger Nélaton, l'impératrice Eugénie fait signifier au bétail qu'on intitule l'entourage, qu'elle part, mais qu'elle remet à son retour l'ouverture du Corps législatif.

L'empereur des Français ne s'appelle donc plus Louis-Napoléon Bonaparte, mais bien Eugénie de Guzman de Téba et autres noms de famille. Aussi estce de ce dernier monarque qu'il est nécessaire de s'occuper. Le prince impérial est sorti des mains des femmes. La France, moins heureuse, y est retombée plus que jamais. A côté du gouvernement de l'empereur, nous avons maintenant le gouvernement de l'impératrice, et je vous supplie de croire que ce n'est pas le moins despostique et le moins féroce.

Les feuilles à révélation nous apprennent d'ailleurs qu'Eugénie, première reine de France et de Navarre, de Navarre surtout, ne va pas en Orient uniquement pour voir comment s'ouvrent les isthmes quand les corps législatifs restent fermés.

Le vrai projet de cette belle nature est d'aller remplir le vœu qu'elle a fait lorsqu'elle était grosse (c'était, je pense, du prince impérial) d'aller dire sept pater au tombeau même de Jésus-Christ à Jérusalem, au cas où elle accoucherait heureusement.

La mère et l'enfant se portant bien, elle profite de l'invitation du sultan pour tenir sa promesse. L'accomplissement de ce vœu ne nous coûtera guère que six millions : j'ai remarqué que les souveraines ne s'engagent jamais à se priver de la moitié de leur liste civile pour améliorer le sort des classes pauvres, décréter l'instruction gratuite ou dégrever les citoyens des effroyables impôts qui les dévorent.

' I Alln.N

Leur* % t i aller lui e

un charmant voyage avec plusieurs écuyers, quelques dames d'honneur al une lectrice, afin d'aller remercier Dieu au Saint-Sépulcre même, le tout au* fi la nation.

Si par un .le ces li.i-.inl-. que la parfaite aanl l'empereur expliquerait, suffisamment 1 impérafi ice devenait enceinte d'un nouveau prince, noua la supplions de ne Eure aucun vœu, car -i tous ses enl que nous payons si cher quand ils ont vu le jour, <l"i\riit noua coûter chacun six millions dans le voulu- même de leur mère, nos moyens ne non- permettraient pas de laisser continuer là dynastie.

Le jour de la nomination de Rochcfort à P l'impératrice était à dîner ches le vice-roi d'Egypti '"- ipl heures du soir, — et ces détails

nous les tenons de M. Paul Aubert, le fils du méde l'administration de Suez, — une première ne, adressée du ministère de l'intérieuràM. de l ps était libellée de cotte façon :

« Nous attendons des nouvelles des ôlecl mais (quels que soient les élus) ces nouvelles ront t.uit. ■> mauvaises. »

Eugénie de ftlontijo avait recommandé, à quelque heure qu'il arrivât, qu'un lui fit savon- sur le champ le résultat.

Enfin, un second télégramme portait cette mention stupéfiante :

fort est noran

M. ps pria M. Paul Auberl d'aller re-

mettre la navrant' itrice, et celle

qui écrivait à son mari avec une orthographe si fantaisiste :

« Mon cher Louis, si tu entendais ce que me dit le vice-roi, les cheveux t'en dresseraient sur la tête ! » s'écria, en laissant libre carrière à l'expression de ses ressentiments et de sa fureur :

« C'est un soufflet que le peuple de Paris me donne. »

Et elle eut un évanouissement qui dura peu, suivi de spasmes qui durèrent la plus grande partie de la nuit.

On doit reconnaître qu'en considérant l'entrée de Rochefort à la Chambre comme un pronostic sinistre de la fin de l'Empire l'Impératrice ne manquait pas d'une certaine intuition. Elle n'avait pas en cela, d'ailleurs, le mérite de l'invention. Avant même que l'éminent écrivain ne s'occupât activement de politique, le seul homme intelligent, le roué du second empire, le duc de Morny, en un mot, avait flairé le renverseur de la dynastie napoléonienne.

Le Figaro, auquel Rochefort collaborait, n'était encore que littéraire et hebdomadaire, lorsque M. de Morny fit un jour représenter dans ses salons une pièce mièvre, pleine d'afféterie, sur les mérites et les finesses de laquelle, cependant, les invités accrédités de la maison se récrièrent :

Ce mot stupide ayant fait éclosion au cours du dialogue :

DIP1 rATIOM Si 1

i L'homme dispose el Dieu indispoi i

II, Sibérie Second De craignit pas de flalU

duc, son bote, en ces termes inappréciables

vraiment :

« Que nous sommes heureux, due, nous au pauvres gens de lettres, que le Buccès de la politique oe vous laisse que de rares loisirs pour vous occuper de littérature. Avec votre talent, voua encombreriez les théâtres de vos œuvres piquan- ' nous DOUS morfondrions tous à jamais dans le marasme, à la porte i\>.> directeurs! »

h s comptes rendus de la comédie en question ayant paru et les éloges n'étant point décernés nominativement à M. de Morny, niais à M. de Saint Rémy (nom pris par lui comme pseudonyme . Rochefortprolita de cette dissimulation et feignant l'ignorance, crossa de la belle manière, dans le Figaro, l'auteur masqué et découronné. M. de Villemessant, par inadvertance, laisse passer sans coupure aucune cette violente attaque.

L'article lit sensation. M. de Villemessant fui mande au ministère et les reproches les plus âpres lui lurent adresses au sujet du manque rds de son principal rédacteur. Le directeur du Figaro B'excusa du mieux qu'il put, très ému <[•■< proportions et des conséquences de cette affaire.

\ quelque temps de là, Rochefbrt était installé un soir, au théâtre des Variétés, dans la loge de

M. de Villemessant et assistait à la première représentation de la Belle Hélène. Durant un entr'acte, le rédacteur en chef de l'organe de la rue Drouot croisa dans les couloirs le duc de Morny, venu lui aussi, voir la pièce nouvelle.

— Quel est donc ce monsieur qui se trouve à côté de vous dans la loge l N'est-ce pas M. Henri Rochefort? demanda au fameux lanceur de journaux, celui qui mena la trame de 1851.

— Oui, monsieur le duc, c'est M. Rochefort.

— Votre chroniqueur m'a violemment attaqué il y a trois ou quatre mois, vous vous le rappelez ; mais je pense que c'était sans parti pris ; il n'a contre moif je le suppose, aucune inimitié personnelle. Je désirerais beaucoup faire sa connaissance. Ne pourriez-vous pas me le présenter?

M. de Villemessant, assez embarrassé parla réponse à donner à cette question, balbutia :

— Mais certainement, monsieur le duc ; cependant, je n'ose m'engager. Henri Rochefort est d'un caractère très sauvage, d'un esprit très indépendant. Il se pourrait qu'il redoutât d'entrer en rapports avec vous. Vos talents, vos mérites sont si séduisants... mais je ne doute pas cependant qu'il ne se rende avec empressement à votre désir si flatteur...

M. de Villemessant revint à la loge et communiqua à Victor-Henri qui en sortait à ce moment l'invite de Yalter ergo de Napoléon III. Les quel-

f'Kf i 1». I

- Dtl qu'ils m. n. -ut t., | ■ ■„ r.iu-.inl I .

amené les deui journalistes a m,.- faibl •lu duc de .Moriiv qui il tendait, quand H mis au courant de l'incident B'écria :

— J'' refuse absolument d'adresser la parole à se BûséitfaU. .le ne veux point mstoucbar Ifs voleurs et les assassins !

i haute v efforts de M. de Villomoseant pour en amoindrir il allèrent frapper en pleine poitrine M. de Saint-Rémy qui lit rolte-(ace <-i j, Bur le

champ sa place. Rendant te reste du ipecUcle il le braquer as Lorgne t.' sur i.< polémiste qui l'avait ainsi virilement et moralement soui'ti. •;• . Au milieu des udulutious de la cohorte des courtisans qui s'inclinaient à son approche, la note irdante jetée par un journaliste courageux et républicain, avait profondément troublé le personle plus puissant de l'Empire. L'impression que ce potentat en ressentit, fut si vive que rien ne put parvenir à l'effacer.

Ce que nous allons rapporter en est lu preuve, istatation curieuse de lu rectitude de jugement que possédait ce gentilhomme d ibriseur, puisque celui-ci 0airait, avant môme pamphlétaire ait songé à traiter de sujets poliinemi implacable qui devait renverser la dynastie.

I u an environ apiv< |a mort du dur de Iforny,

Henri Rochefort se promenait à Monaco en compagnie de M. Siraudin, lorsque les deux littérateurs rencontrèrent un banquier de Paris bien connu, M. Delahante.

— Tiens, dit M. Siraudin à Rochefort, permettez-moi de vous présenter à M. Delahante, un de mes amis.

— Monsieur, riposta le banquier en rendant à l'auteur de la Lanterne son salut, il y a bien longtemp que je désirais être mis en relation avec vous pour vous raconter une- chose singulière, et que vous ignorez probablement.

« Tant que le duc de Morny fut malade, M. Alphonse Daudet, son secrétaire particulier, et moi son homme d'affaires et son ami, nous n'avons pas quitté le chevet du moribond. Or, durant tout le temps de sa maladie, M. de Morny ne cessa d'avoir votre nom sur les lèvres et de répéter que les hommes qui aiment sincèrement l'Empire eussent à se défier de vous,

« Dans son délire, le mourant afficha les mêmes inquiétudes, et quand il expira c'est votre nom encore qu'il prononça le dernier. »

M. Delahante ignorait le pourquoi de ces pressentiments et M. Rochefort lui révéla leur point de départ.

FONDATION Dr JOURNAL « LA MARSEILLAISE » LE CRIME d'aUTEUIL

L'Empereur en personne devait procéder à l'ouverture des Chambres ù la salle des Etats.

C'était là que les députés, les sénateurs et les grands corps gouvernementaux se réunissaient autour de .Napoléon III, qui proclamait la session ouverte. Les questeurs du Corps législatif appelaient les noms des nouveaux élus qui venaient prêter serment entre les mains du souverain. Ceux qui manquaient à cette cérémonie, à laquelle les dévouements inaltérables seuls assistaient ordinairement, devaient plus tard accomplir celle formalité entre les mains du président do l'Assemblée.

Le nom de M. Rochefort fut appelé une première fois, puis une seconde et comme le maître des cérémonies semblait attendre que le nouveau députe de l'ans se présentât, l'Empereur, moins naïf, se mit à sourire. Les dignitaires présents

s'empressèrent de sourire à leur tour, puis, comme si ce rire devenait convulsif, tout l'entourage s'abandonna à une bruyante hilarité et enfin cette manifestation imposante ou plutôt imposée se termina par le. cri général de : « Vive l'Empereur! »

Les journaux relatèrent ce fait anti-parlementaire. Quelques jours après, M. Raspail ayant présenté, en collaboration avec M. Rochefort, un projet de loi sur la réorganisation de l'armée demandant que tous les citoyens, sans distinction, fussent soldats, que le remplacement fût aboli, et que les généraux , au lieu d'être nommés par le souverain, à la seule faveur, le fussent par les représentants eux-mêmes, M. Forcade de la Roquette, alors ministre de l'intérieur, se permit de traiter de puérile et de ridicule cette proposition essentiellement démocratique. Henri Rochefort se lève alors et jeta à la face du gouvernement et de l'empereur cette apostrophe restée célèbre :

M. H. Rochefort. — Je demande la parole sur le procès-verbal. Quoique ce soit un spectacle assez original que de voir un ministre de l'Empire déclarer qu'il défendra la liberté contre les républicains, je ne relèverai dans le discours qui a été prononcé, hier, que les paroles relatives au projet de loi que nous avions présenté, le citoyen Raspail et moi. Oui, nous demandons énergiquement le rétablissement de la Commune.

Uns voix. — De Paris (on rit).

\IIK

M. RocHsroRT. - lire le gouvernement du

pays par le pays j oui, Dooa voulons remplacer par un i m] n'it unique eea mille et uns contributions qui écrasent le pauvre et affleurent à peine le toi tune du riche; oui, nous voulons que le droit de paix et de guerre appartienne un Corps législatif, parce que nous tononi à ce qu'on ne recommence pas l'expédition de dune, qui n'a été qu'un pillage... (interruptions).

If, LE i'iu:sii(ENT. — Ces questions pourront trouver leur place ailleurs; elles ne peuvent venir ù l'occasion

du procès- verbal.

If, Kociiki-'oiit. - M. le ministre ayant qualifié de naît et de solennel notre projet de loi, nous ayant interpellés directement, j'ai le droit de répondre.

Il, i.e président. — La discussion a été close, hier, elle ne saurait être reprise ; il ne peut être question en ce moment que de rectification au procès-verbal (très bien) !

M K "'Jhkfort. — C'est une rectilication que j'entends faire. Si M. le président avait rappelé hier le ministre à la question quand il en est sorti, en parlant à propos d'une élection de la Gironde, d'une réunion pri\ée qui n'avait rien à y faire... (Nouvelles interruptions). Il s'agit d'un fait personnel...

M. QuiSMÉ. — Ce n'est pas là une rectilication, c'esl une discussion. Je demande qu'on ne laisse pas s établir de pareils précédents, même en faveur de l'opposition (l'r-'s bien).

M. i.e Président. — J'invite M. Rochefurt à be renfermer dans les limite- usitées en métiers d'observations sur le procès- verbal. S'il B'agit d'une question personnelle vous ave* le droit de répondre, po

de la discussion que vous voulez bure, tous troul'occasion de placer VOfl observations plus tard (Approbation).

M. Rochefort. — M. le ministre a tenté de ridiculiser notre projet de loi, je tiens à constater que cette tactique de l'ironie et du rire...

M. Rolle. — Vous n'en avez pas d'autre !...

M. Rochefort... ne fait que continuer le système inauguré par le chef de l'État, à l'ouverture de la session. Le chef de l'État a cru devoir ricaner... (Interruptions).

M. le Président. — Vous n'ayez pas à faire intervenir ici l'Empereur (Très bien) !

M. Rochefort. — J'ai été insulté par lui (réclamations) ; or, c'est insulter, le suffrage universel que de rire quand on appelle l'élu de la première circonscription de Paris. Si ridicule que je puisse être, je ne me suis jamais promené sur une plage avec un aigle sur mon épaule et un morceau de lard dans mon chapeau (Exclamations).

Le soir tout Paris répétait cette dernière phrase. On en fît une chanson dont le refrain était celuici : « Il avait du lard, il avait du lard dans son chapeau ! »

A la Chambre l'effet avait été prodigieux ; aux Tuileries la fureur fut au comble. Deux jours après, M. Forcade de la Roquette, coupable d'avoir provoqué par ses railleries maladroites cette sortie injurieuse était obligé d'abandonner son portefeuille. L'impératrice, retour de Suez, se montra particulièrement exaspérée et nous croyons pouvoir affirmer que de là date le projet d'assassinat comploté aux Tuileries et qui eut pour résultat la mort de Victor Noir.

Ce tut vers cette époque que tut tonde le journal la Marseillaise dont les destinées devaient être si agitées et si dramatiques.

Henri Rochefort dans une réunion privée à Belleville k>rs de son élection avait annoncé son intention de lancer un organe quotidien qui serait le porte-voix de la démocratie française et qui continuerait la lutte interrompue par la Bupprea de la Lanterne. Le premier numéro lit son apparition le 19 décembre 1869. <'.omme dragées de baptême le gouvernement retira tout d'abord à la nouvelle feuille républicaine la vente sur la voie publique. Puis les procès commencèrent et les amendes et les mois de prison suivirent.

C'est alors que constatant son impuissance à tuer le journal, l'Empire se décida à en tuer les rédacteurs.

Pierre Bonaparte, Gis de Lucien, était alors broudlé avec le fils d'Uortense, son soi-disant cousin. Condamne à mort à Rome pour assassinai, le prince Pierre s'était en outre signalé par quelques autres exploits de grands chemins qui avaient semblé par trop compromettants aux hôtes des Tuileries, lesquels affectaient la plus haute distinction.

Poursuivi par des créanciers de toute espèce, ce bravo accablait de ses demandes d'argent la famille impériale qui restait sourde à ses pi L'impératrice, dans le péril où se trouvait la dynastie, jeta les yeux sur ce Saltabadil.

Ce que nous allons raconter nous le tenons de familiers mêmes des Tuileries qui après le 4 septembre ne se sont fait aucun scrupule de trahir leurs anciens maîtres.

Pour reconquérir les bonnes grâces de ses proches, Pierre Bonaparte se fit l'instrument de l'odieux complot ayant pour but de délivrer à jamais la famille de son plus redoutable adversaire.

Dans un conciliabule tenu sous les auspices de l'Espagnole, il fut convenu qu'on saisirait une occasion de se débarrasser du lanternier et l'occasion justement se présenta.

Peu de jours auparavant, dans Y Avenir de la Corse, affolé de voir les idées républicaines envahir le sol natal de sa famille, le prince Pierre avait écrit de Paris à ses coreligionnaires une longue lettre dans laquelle s'étalait le passage que voici :

Que de vaillants soldats, d'adroits chasseurs, de hardis marins, de laborieux agriculteurs, la Corse ne compte-t-elle pas qui abominent les sacrilèges et qui leur eussent déjà mis « le stentine yer le porreite », les tripes aux champs, si on ne les avait retenus.

Ceux que le prince Pierre menaçait en ces termes orduriers étaient les collaborateurs du journal démocratique la Revanche et les adeptes des principes propagés courageusement par ses rédacteurs,

Ut l itW 2H7

Paschal I pondant parisien de la

Revanche, ayant reçu le numéro de ['Avenir qui renfermait ces aménités l'apporta anx bureaux de

la MarsciUd/sc, le 9 janvier dans la soirée, ei If. Braeat Lavigne, alors présent à la rédaction,

se chargea de taire un article, auquel il donna ce titfe : la Famille Bonaparte, cl dont les divers alinéas contenaient, contre le cousin de Napoléon III, les flétrissures les plus justes, les plus méritées.

L'article de M. Ernest Lavigne était le prétexte que les familiers de l'impératrice attendaient.

Le jour même de l'apparition de cette vive réplique, à dix heures du matin, en ouvrant la correspondance de la Marseillaise, M. Millière trouva une lettre adressée à M. Henri Rochefort, et conçue en ces termes :

Paris, 9 janvier i870.

Monsieur,

Après -avoir outragé, l'un après l'autre, chacun des miens, et n'avoir épargné ni les femmes, ni les enfants, vous m'insultez par la plume d'un de vos manœuvres.

C'est tout naturel, et mon tour devait arriver.

Seulement, j'ai peut-être un atantage sur la plupart de ceux qui portent mon nom ; c'est d'être un simple particulier, tout en étant Bonaparte.

Je viens donc vous demander si votre encrier est garanti par votre poitrine ; et je voue avoue que je n'ai qu'une médiocre confiance dans l'issue de ma démarche.

J'apprends, en effet] par les journaux, que vos tl«e*

teurs vous ont donné le mandat impératif de refuser toute réparation d'honneur et de conserver votre précieuse existence.

Néanmoins, j'ose tenter l'aventure, dans l'espoir qu'un faible reste de sentiment français, vous fera vous départir, en ma faveur, des mesures de précaution dans lesquelles vous vous êtes réfugié.

Si donc, par hasard, vous consentez à tirer les verrous protecteurs qui rendent votre honorable personne deux fois inviolable, vous ne me trouverez ni dans un palais, ni dans un château.

J'habite towt bonnement, 59, rue d'Auteuil, et je vous promets que si vous vous présentez, on ne vous dira pas que je suis sorti.

En attendant votre réponse, monsieur, j'ai encore l'honneur de vous saluer.

Pierre-Napoléon Bonaparte.

La lecture attentive de cette lettre ne laisse aucun doute sur les intentions de l'expéditeur. 11 n'est point dans les habitudes, en cas de duel, d'inviter les provoqués à se rendre personnellement au domicile du provocateur. Le prince Pierre donne à son adversaire cet avis cependant. On compte sur l'irritation de Rochefort à la réception de cette épître impertinente. Si Rochefort pouvait venir à Auteuil chez le « simple particulier », c'en serait fait de lui. En effet ! Le guetapens est organisé de main de maître. Le prince est armé et guette. L'auteur de la Lanterne ayant souffleté deux ans auparavant l'imprimeur Rochette, on échafaude sur cette voie de fait toute

une défense que nous verrons d'ailleurs Be produire plus tard. Rocheforl pénétrant dans la maison d'Auteuil, c'est la possibilité pour Pierre Bonaparte de l'assassiner et de plaider, après l'assassinat , la cause de la légitime défense. L'histoire de la prétendue agression du visiteur est toute prête. C'est là le palliatif.

M. Mlillière, dès qu'il se fut rendu compte de la provocation de Pierre Bonaparte, s'empressa de porter la lettre à M. Rochefort. Ils comprirent aussitôt l'un et l'autre qu'il s'agissait de l'article de M. Lavigne.

Le rédacteur de la .Marseillaise pria donc M. Millière de lui servir de témoin et d'aller quérir .M. Arthur Arnould comme second. Il lui recommanda de mener promptement l'affaire pour que le duel pût avoir lieu le jour même.

Après avoir vainement cherché M. Arthur Arnould à son domicile et à la salle des Pas-Perdus du Corps législatif, M. Millière finit par le rencontrer aux bureaux de la Marseillaise où ils arrivaient tous les deux en même temps.

MM. Millière et Arthur Arnould partirent immédiatement pour Auteuil.

Mais ils avaient été prévenus chez le prince Pierre, par deux de leurs collaborateurs MM. Ulric de Fonvielle «-t Victor Noir envoyés, eux, comme témoins par M. Paschal Grousset.

Ulric de Fonvielle cl Victor Noir le 10 janvier,

vers une heure de l'après-midi, s'étaient rendus 59, rue d'Auteuil, pour demander raison au prince Pierre des articles injurieux publiés dans Y Avenir de la Corse et dont nous avons cité un des plus remarquables passages. Lorsqu'ils se présentèrent au domicile du provocateur ils remirent leurs cartes à deux domestiques qui se trouvaient sur la porte et qui les firent entrer dans un petit parloir au rez-de-chaussée à droite. Puis au bout de quelques minutes, on les invita à monter au premier étage, à traverser une salle d'armes, et enfin on les introduisit dans un salon.

Une porte s'ouvrit bientôt et Pierre Bonaparte entra.

Ulric de Fonvielle et Victor Noir s'avancèrent alors vers lui et les paroles suivantes furent échangées :

— Monsieur, nous venons de la part de M. Paschal Grousset vous remettre une lettre.

— Vous ne venez donc pas de la part de M.Rochefort, et vous n'êtes donc pas ses manœuvres ?

— Monsieur, nous venons pour une autre affaire et nous vous prions de prendre connaissance de cette lettre.

Et Ulric de Fonvielle tendit au prince la lettre qu'il venait de désigner. Pierre Bonaparte s'approcha d'une fenêtre pour la lire. Il la lut, et après l'avoir froissée dans ses mains, il revint vers les deux témoins qui attendaient.

LB corps LEGISLATIF

— ,1'iii provoqué M. Rochefort, <lil-i!, parce qu'il est le porte drapeau de la crapule. Quant a M. Grousset, je n'ai rien s lui répondre.

Est-ce que vous ùit.'s solidaires de ces charogn

— Monsieur nous venons chez vous, loyalement et courtoisement, remplir le mandat que nous a confié notre ami.

— Ètes-vous solidaires de ces misérables? A cette question. Victor Noir répondit :

— Nous sommes solidaires de nos amis.

Alors, s'avançant subitement d'un pas et sans

provocation de la part de ses interlocuteurs, le prince Bonaparte donna de la main gauche un soufflft à Victoir Noir, et, en même temps, il tira un revolver à dix coups, qu'il tenait caché et tout armé dans sa poche, et fit feu à bout portant sur Noir.

Noir bondit sous le coup, appuya ses deux mains sur sa poitrine et s'enfonça dans la porte par où il était primitivement entré. A ce moment, l'assassin se précipita sur Ulric de Fonvielle et tira un coup de l'eu presque à bout portant aussi.

Cetle scène tragique et révoltante se termina de la façon qui suit :

Ulric de Fonvielle saisit un pistolet qu'il portait toujours dans la poche de son pantalon; et tandis qu'il stsayaîl de le sortir de Bon étui, le prince bandit M rua derechef sur lui, mais le

voyant armé, il recula et se mit devant la porte d'où il le visa de nouveau.

Comprenant le guet-apens odieux dans lequel ils étaient tombés, de Fonvielle gagna rapidement l'escalier par la porte opposée de l'appartement et s'y précipita en criant : « A l'assassin ! »

A l'instant même où il sortait un second coup de feu partit et une balle traversa son patelot.

Dans la rue Victor Noir s'abattait la face sur le trottoir et expirait.

Voici d'ailleurs les péripéties de ce drame, auquel Paschal Grousset et Georges Sauton, installés dans une voiture qui les avait amenés jusqu'à la porte de l'immeuble du prince Pierre et près de laquelle ils attendaient le résultat des négociations engagées, assistèrent et que le premier consigna dans cet émouvant récit :

« Georges Sauton et moi nous attendions le « résultat de l'entrevue ; nous allions de long en « large dans une rue qui fait face à la maison « Bonaparte ; nous causions en fumant. Tout à « coup, un quart d'heure à peine après que nos « amis nous avaient quittés, nous voyons Victor « Noir apparaître sur le pas de la porte cochère, « et s'abattre sur le trottoir, la tête en avant.

« Je crois à une chute accidentelle. Je me préce cipite, et Georges Sauton avec moi. Victor Noir « ne se relève pas. Deux laquais qui fument de- « vant la porte ne bougent pas. Au même instant,

« Ulric de Fonvielle arrive à son tour en criant: « à l'assassin ! je me précipite sur mon pauvre • Noir, j'ouvre sou gilet, sa chemise est tachée de <• sang; sur sa poitrine, un petit trou noir, au ni- » veau du cœur, est à peine apparent. Les yeux « sont éteints, son pouls ne bat déjà plus : ses « lèvres sont violettes et bordées d'écume.

« La foule s'amasse ; aidés de quelques hommes de bonne volonté, nous transportons notre malheureux ami à la pharmacie voisine.

« A peine déposé sur le parquet de la pharmacie, il exjure.

« Un médecin, appelé en toute hâte, ne peut rien faire que constater la mort. »

Cependant, dans la pharmacie Paschal Grousset à qui Rochefort avait communiqué la lettre de provocation de Pierre Bonaparte, s'était écrié:

— Et les témoins de Rochefort qui doivent se présenter chez le prince Pierre. A tout prix, il faut les en empêcher !

Et Georges Sauton laissant aux mains de Grousset le cadavre de Noir, s'était mis en faction devant la maison princière, guettant l'arrivée d'Arthur Arnould et de Millière.

Lorsque ceux-ci vinrent, à vingt pas du domicile maudit, leur voiture fut arrêtée par la foule de laquelle émergea Georges Sauton et un médecin :

— N'allez pas plus loin ! on assassine làdedans ; Victor .Noir vient d'être tué.

— Raison de plus, s'écria M. Millière, qui s'élança vers la porte delà maison dont il fut arraché par un groupe d'ouvriers.

Plusieurs personnes, informées que M. Millière et Arthur Arnould étaient les témoins d'Henri Rochefort, s'écrièrent :

— On ne se bat pas avec un assassin. Votre mandat n'a plus de motif d'exister. Retirez-vous ! »

La conclusion à tirer de ce crime épouvantable, qui avait amené la mort: d'un jeune homme, presque d'un enfant, — Victor Noir n'avait pas vingtdeux ans, — la conclusion était la suivante :

Victor Noir payait pour Un autre. Celui qu'on attendait, celui pour qui les revolvers étaient chargés, c'était Rochefort. C'est ainsi que l'Empire libéral et parlementaire comptait se débarrasser du député de la première circonscription. L'envoi de la lettre de provocation de Pierre Bonaparte, en dehors des termes outrageants qu'elle contenait, était un fait absolument insolite.

D'ordinaire, quand on se croit insulté par un homme, nous l'avons dit, on le provoque, on lui envoie deux témoins qui demandent à être mis en face de deux autres témoins.

Puis, dans cette circonstance spéciale, l'article qui servait de prétexte à la provocation n'était pas de Henri Rochefort, il avait paru dans le numéro de la Marseillaise sous la signature d'un rédacteur attitré, M. Ernest Lavigne : Pierre Bona-

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