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il.mt tirer satisfaction de cel entrefilet
devait d • s'adresser au signataire, comme le
firent très bien observer MM. Millière et Arthur Arnould, la lettre du prince — noua aurons a air sur l'auteur véritable de ce Eactum qui set M. Paul de Cassagnac, il l'a avoué plus tard — était rédigée en termes particulièrement offensants, écrite il'' façon à provoquer de la part de Rochefort exaspéré <'l dont <>n connaît le caractère chevaleresque, une démarche également insolite et à l'amener personnellement chez son insulteur.
La chose était préparée, calculée, combinée. Comim-nt m. 'tin1 en doute cette assertion. Ne ressort-elli- pas avec évidence de cette phrase, véritable mobile de l'épître.
« Si donc, par hasard, vous consentez... etc., « vous ne me trouverez ni dans un palais ni « dans un château, j'habite tout bonnement, 59, « me d'Auteuil, et je v<>us promets que si xous (S présentes, on ne dira pas que je suis (( sorti. »
Oui, c'était bien Rochefort que l'assassin attendait et qu'il espérait tuer par surprise, sans défense et sans dang I devient manifeste par tous les témoignages et par tous les détails connus. irte c'était que l'instrument de la qui I'' poussait, ainsi <|u'i! !•• déclare luimèn n têt'- de sa lettre, a vei is »,
sa famille, la famille impériale, les « femmes et les enfants », c'est-à-dire Napoléon III, l'impératrice et le prince impérial.
Pas le moindre doute à ce sujet.
L'effet produit dans Paris par la nouvelle de cet odieux assassinat prit des proportions incommensurables. La haine du peuple contre les Bonaparte, comprimée durant dix-huit ans péniblement, fit immédiatement explosion. L'indignation publique ne connut plus de bornes. Le meurtre de ce jeune homme de vingt-deux ans, tué lâchement, alors qu'il était revêtu du caractère d'inviolabilité que donne le mandat de témoin dont il était investi, déchaîna les fureurs populaires, à ce point qu'il faut remonter à la plus haute antiquité pour trouver l'équivalent d'une semblable manifestation d'opinion. La mort de Victor Noir, ce fut, comme aux temps primitifs de Rome, l'assassinat de Virginie ou le suicide de Lucrèce. Virginie expirant délivra Rome du joug des décemvirs ; Lucrèce mourant entraîna la chute des Tarquins ; le dernier soupir de Victor Noir, de cet adolescent, enfant du faubourg, fut le glas de la tyrannie bonapartiste ; l'ébranlement qui résulta des journées de Neuilly secoua si violemment l'empire sur ses bases déjà chancelantes, qu'elle conduisit le chef de l'État à des diversions criminelles au milieu desquelles il s'abîma.
En quittant le théâtre du crime, MM. Millièreet
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Arthur Aniuiil.i s'étaienl rendusau Corps législatif pour informer Henri Kochoforl «lu double attentat d'AuLeuil. Quand ils arrivèrent au Palais-Bourbon, la séance était levée et le rédacteur en chef de la Marseillaise était depuis longtemps parti. Ce n'est que dans la soirée qu'ils réussirent a le rencontrer et que l'auteur de la Lanterne rédige i pour le numéro du lendemain ces lignes émues, puissantes, où il en appelait à la France de L'abomioable guet-apens et qui se terminaient par ce cri d'indignation auquel la conscience du pays outragée répondit en envoyante l'enterrement de lavictime plus de deux cent mille républicains :
Peuple français, est-ce que décidément tu ne trouves pas qu'en voilà assez? »
lui même temps qu'il en appelait à la nation du forfait perpétré par un des membres de la Famille ut.- Henri Hochefort portait le débat devant la Chambre des députés. A la séance du mardi Il janvier, à peine le procès-verbal delà veille accepté, le représentant de Belleville se lève et, de son banc, adresse au président ces paroles ven- B
If. EtaCHBFORT. — Je désire poser une question à If. le ministre de la justi
If. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Lui en avex-
vous donné ai If. Hochefort. — Non. monsieur le président. M. drnt, — Nous avez la parole. M. le
ministre appréciera, s'il veut répondre immédiatement.
M. Emile Ollivier, ministre de la justice. — Oui, immédiatement.
M. Rochefort. — Un assassinat a été commis hier sur un jeune homme, couvert par un mandat sacré, celui de témoin, c'est-à-dire de parlementaire. L'assassin est un membre de la famille impériale.
Je demande à M. le ministre de la justice s'il a l'intention d'opposer au jugement, à la condamnation préalable des fins de non-recevoir, comme celles qu'on oppose aux citoyens qui ont été frustrés ou même bâtonnés par de hauts dignitaires de l'Empire. La situation est grave, l'agitation est énorme (Interruption). L'assassiné est un enfant du peuple... (Bruit).
M. le Président. — Hier, il a été bien convenu que les questions introduites devaient être posées sommairement, sans développements. Votre question est posée, elle est claire et nette ; c'est au ministre maintenant à dire s'il veut y répondre dès aujourd'hui (Approbation).
Henri Rochefort. — Je dis que l'assassiné est un enfant du peuple. Le peuple demande à juger lui-même l'assassin... Il demande que le jugeordinaire... (Interruptions et bruit).
M. le Président. — Nous sommes tous ici les enfants du peuple. Tout le monde est égal devant
QISLATIf
la loi. Il m»' vous appartient pas d'établir des distinctions.
.M. Rochbport. — Aior-, pourquoi donner dea juges dévoués à la famille ?
.M. i.k no sidi-.nt Schneider. — Vous mettez en suspicion des juges que vous ne connaissez Je vous invite, quant à présent, à vous renfermer dans voir.' question. Je ne puis pas vous permettre autre chose.
M. Henri Kochefort. — Eh Lien ! je me demande, devant un fait comme celui d'hier, devant les faits qui se passent depuis longtemps, si nous sommes en présence des Bonaparte ou dea Borgia ! (Exclamations. Cris : à l'ordre ! à Tord'
M. Rochefort, au milieu d'un tumulte indescriptible provoqué par la dernière partie de son interpellation est rappelé à l'ordre par M. Schneider. Mais la ne devait pas se borner la répression.
La vente des cent cinquante mille exemplaires de la Marseillaise contenant le récit des événements d'Auteuil quelques numéros furent payés jusqu'à lJi) fr. pièce) ont prouvé à l'empereur • lion profonde dont est travaillé Paris. La manifestation qui se préparée Neuillyestle corollaire. Le ministère, en dépit des saisies du journal, voit l'émoi grandir d'heure en heure. Il prend alors la résolution de procéder par intimidation.
La veille' de la réunion à la maison mortuaire
de Victor Noir, à celte même séance où Rochefort vient de réclamer justice de l'attentat, M. Schneider donne lecture du document qui suit, et qu'il vient, dit-il, de recevoir.
Paris, le 4 janvier 1870.
Monsieur le président,
J'ai l'honneur de demander au Corps législatif l'autorisation de poursuivre l'un de ses membres, M. Rochefort, pour offense envers l'empereur et provocation à la révolte et à la guerre civile, en vertu des articles 86 du Gode pénal, et 2 de la loi du 17 mai 1819.
Ces délits résultant d'un article publié dans le numéro du journal la Marseillaise et intitulé : Assassinat et tentative d'assassinat commis par le prince Pierre- Napoléon Bonaparte.
La justice, monsieur le président, ne saurait assister impassible à la violation des lois et favoriser par son silence l'outrage et l'offense et la provocation au crime.
J'hésite d'autant moins à solliciter du Corps législatif l'autorisation de poursuivre qu'il s'agit en réalité bien moins d'un délit de presse que d'un de ces délits de droit commun que punit la législation de tous les peuples libres.
Je suis avec respect, monsieur le président, etc.
Signé : le conseiller d'État, procureur général impérial,
Grandperret.
En attendant que la Chambre des députés statuât sur la demande soumise à la décision par un des chefs de la magistrature impériale, les saisies
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de l'organe révolutionnaire la Marseillais* succèdent presque sans interruption.
ulerremenl de Victor té une de
manifestations, nous l'avons «lit, s.,' 'huis
1rs Annales de L'histoire depuis le commencement du sur!.'. Depuis la veille, à Neuilly, Les d< lions ouvrières se rendaient à la maison mortuaire. Les républicains avaient compris, en face de L'indignation populaire, la faute qui avait été commis.- en transportant en deçà des fortifications, hors de Pari», le oadavre ensanglanté de la victime. Si, au lieu de conduire le corps inanimé de Victor Noir au domicile de son frère, sis extra muras. on l'avait amené immedialement.au sortir de la pharmacie d'Auteuil, aux bureaux d .1/ teillaise, 9, rue d'Aboukir, c'est-à-dire en plein centre parisien, la révolte des manifestants devenait plus colossale encore, et les dispositions prises par l'autorité pour mater la révolution perdaient la plupart de leurs avantages. L'Empire eût été jeté s bas ce jour la sans cette circonstance, sur laquelle on essaya vainement de revenir. Deux rédacteurs de la Marseillais*; après une délibération tenue aux bureaux de rédaction, tentèrent bien, dans la nuit du 11 au L2, d'habiller
idavre de L'assassiné, de le placer dans un fiacre et de l'enlever pour le faire rentrer dans Paris. Mais la police veillait, et le projet ne put être nus à exécution.
Le 12, dès onze heures du matin, les ouvriers désertent les ateliers. Ils s'avancent par groupes nombreux dans la direction de Neuilly. L'affluence rue Perronet est bientôt considérable. Le ciel pleure cependant. La pluie tombe à flots et .fouette les visages. N'importe, sur les trottoirs des Champs-Elysées et du faubourg Saint-Honoré, de longues escouades de travailleurs, fidèles au rendez-vous assigné marchent bravement sous les rafales. Les blouses trempées collent au corps, bah ! il y aura tout à l'heure un rayon de soleil pour les sécher et d'ailleurs qui pourrait arrêter les citoyens dévoués dans l'accomplissement d'un devoir sacré. La bourrasque redouble, on a les pieds dans l'eau. On reste coûte que coûte et la foule frémissante augmente de minute en minute. On sent dans cette cohue des agitations fébriles, des impatiences sourdes.
Quand Rochefort paraît, se frayant à grand peine un passage, des acclamations unanimes retentissent.
Depuis quelques instants, deux courants distincts et opposés se disputent le cœur de la foule. Les uns veulent qu'on conduise le corps au Père- Lachaise et qu'on traîne le cercueil de Victor Noir à travers les rues de Paris. Ils voient dans cette promenade funèbre — ■ et non sans raison — un pendant au trophée sanglant et funèbre du 28 février 1848, les cadavres des fusillés promenés sur les
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boulevards — dont rédhibition à la laeur farouche -ovoqua la révolution et !a chute de Louis-Philip[ t à l'enterre-
ment au cime'- XeoiHy. Les arguments four-
dîs par ces derniers sont pérempto: orité
prévenue depuis trois jours par la voix des journaux. - réunions publiques, a pris toutes les mesures pour venir à bout de la manion et des manifestants. [ • - I énormes sont concentrées s -?rs points stratégiques de la capitale.
ir marcher au Pére-Laehaise, il faut d'abord forcer l'entrée de Paris. Les grilles des fortifications en un clin d'œii peuvent être fermées, un cordon de troupes peut être déployé et s'opposer ta invasion de citoyens la plupart désa:
ie Paris que tout d'abord le convoi funèbre doit entreprendre. Est-ce admissible ce bien là la résolution à laquelle on doit s'ar:
M. Looifl Noir, (rira de la victime, sort de la maison, se hisse sur une borne et d'une voix I f ; « C x\i nom de tous ceux qui vous ai-
ment et que vous aimez, au nom de me:.
aucune provocation, voulons aujourd'hui un enterrement paciûq raient à la ré
: jus ou des mouchards. »