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Tout en faisant le triste métier de « rapporteur, » les directeurs et les gardiens subalternes de Pélagie conservaient dans les relations avec les détenus une politesse, une aménité indéniables. Quelque rudes que fussent parfois les ordres qu'il leur était enjoint d'exécuter, ils s'acquittaient de la tâche difficile que leur imposait la préfecture avec une réserve manifeste. Le gardien-chef, surtout, grand policier gaillard, blanchi sous le harnais, ne cachait aucunement les mobiles qui réglaient sa conduite et celle de ces subordonnés. Fils de gardechiourme et garde-chiourme lui-même, il avait dès l'âge le plus tendre, vu passer sous ses yeux, et sous les verrous, presque toutes les personnalités marquantes du siècle, — réactionnaires ou républicaines. Jadis, préposé à la garde de Louis- Napoléon Bonaparte, il avait vu successivement ce prisonnier de sa cellule entrer à l'Assemblée nationale et sortir de l'Assemblée pour monter sur le trône. Nombre de ses anciens pensionnaires poursuivis par ce même intrigant, avaient eux-mêmes, comme M. Laurent Pichat. — pour ne citer que ce nom entre cent, — enjambé le seuil de Sainte- Pélagie pour arriver aux plus hautes fonctions. Ces vicissitudes auraient doublé le vieil agent, — le père Méchin, — d'une philosophie, ou plutôt d'un scepticisme politique à toute épreuve. Dans tout hôte nouveau qui lui arrivait, il entrevoyait un des hommes capables d'escalader un jour le
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ministratif de la prison. La plupart dent,
[uaient d'égards envers tel ou tel des timés, d'être à leur tour, un jour, victimes de aliments très ex justifiés.
Ils mettaient dès lors dans la façon dont ils donnaient les lettres, dont ils ouvraient la ; dont ils jetaient, à travers les aïs. verrouillés à la nuit, le bonsoir à leurs pensionnaires des intonations où perçaient leurs restrictions calcul
Un « Je vous souhaite une bonne nuit » : à la manière dont il était prononcé semblait doublé de • remarque :
— Voui leurs Rocbefort, I
chai Grousset. Olivier Pain ou J.-B. Clément, quelle délicatesse je fais des vœux pour votre bon repus. .Si jamais, — la fortune est changeante — VOUS parvenez à une haute situation dans l'État, vous n'oublierez point l'urbanité que j'ai mise d.uis mes rapports joui
librement dou niera, nt pour ne toutes
leurs brutalités ! Dès que des ouvriers, des étudiants ou des bourgeois en frôlant la prison manifestaient le moindre sentiment de sympathie pour les détenus, qu'ils pouvaient apercevoir à leur fenêtre, plongeant leurs regards dans le va et vient de la rue de laquelle ils étaient pour un laps de temps « retranchés », les alguazils se précipitaient sur ces dits bourgeois, étudiants ou ouvriers qu'ils maltraitaient avec le sans gêne que donne seul l'assurance de l'impunité finale.
Ces scènes provoquaient généralement des perturbations profondes dans le Pavillon. Il n'était pas rare que des clameurs partissent de telle ou telle chambre à la vue d'exactions semblables perpétrées. Une fois même, l'ignoble conduite d'un policier faillit amener une rébellion. Lorsque Henri Rochefort était au secret, l'institutrice de ses enfants avait imaginé une supercherie ingénieuse pour que, bravant les arrêtés de la police, les enfants dont elle avait la gouverne pussent correspondre avec leur père.
Au coin de la rue du Puits-de-1'Ermite et de la rue de la Clef, habitait un vieillard tenant un petit café. Les fenêtres de la chambre de Rochefort se trouvaient au niveau de la salle du premier de cet estaminet. La rue était très étroite, le prisonnier pouvait converser en appliquant sa tête aux barreaux de la croisée avec les personnes qui prenaient possession de la salle du premier étage du débit.
On risquait que les pai lent entendue
les factionnaires dont ent juste
endroit contre le mur de ronde, o :
par les sergents de ville qui •allaient et ven sur les trottoirs, mais par trigne il était facile de B'entretenir sans éveiller sucun soupçon et de D'user de la parole qim sobrement quand la mimique était insuffisante pour rendre la pensée. Pendant huit jour ints d'Henri Rochefort, de connivence avec le maître du petit établissement,
surent & déjouer la surveillance de la police. Le plus jeune des fils de L'auteur de la L surtout, apportait dans l'exercice de cette ps mime expressive, une intelligence et une ad] illeuses.
Le Waterloo facile à prévoir cependant an Une après-midi que l'enfant s'appliquait à communiquera son père, et par gei unes des péripéties de la journée, il éleva trop haut à un moment donné !«■ ton pour suppléer aux mouvements de bras, de doigts et de physionomie in» ris. Un agent embusqué & l'encoignure du «bouchon» et dont les éclats de voix avaient attiré l'attention, leva la tête et découvrit la fraude. Bxasp
mier étage du pauvre . invectiva le pro-
lire, qui :i-ta-
tation flagrant t. et faisant irruption
. le haute, il obligea l'institutrice et les enfants
à quitter cet observatoire. Le policier mit dans ses injonctions une rudesse indigne, et Rochefort à qui, de son poste, rien n'échappait, poussa des cris d'indignation inouïs, en voyant ses enfants adorés en butte aux insolences de la police.
En un instant, tous les détenus du Pavillon accoururent et ce fut un brouhaha inimaginable. A peine les jeunes « réfractaires » avaient-ils disparu, que les prisonniers signaient et remettaient entre les mains du directeur, M. Théraud, une protestation motivée et réclamaient de M. Piétri l'une de ces deux et promptes mesures : ou la révocation de l'agent ou l'adjonction de hottes en bois contre les fenêtres, afin que le spectacle des infamies qui se passaient au-dessous fût épargné aux prisonnier^. L'administration, toujours paternelle, ne révoqua pas l'agent, ne fit pas apposer de hottes, mais comme il fallait bien faire quelque chose, elle ferma le cabaret.
Les manifestations de sympathie allaient, d'ailleurs, tous les jours en s'accentuant. Non-seulement, c'était une procession continuelle sous les fenêtres de la prison, mais l'éminent détenu recevait quotidiennement des souvenirs du dehors. Ce fut d'abord l'association des chapeliers qui, pour remplacer « le chapeau » tombé dans la bagarre, lors de l'arrestation, lui envoya un magnifique chapeau de soie, dont il n'avait malheureusement dans sa cellule que de rares occasions de