‹ Henri RochefortChapitre 58 sur 60 · I. - témoins de M de I ont répondu · texte numérisé non relu

I. - témoins de M de I ont répondu

qu'un tel combat serait une tu indu que

amenait le duel à

bout portant. Ils ont ajouté que dans le cas même où leur client accepterait des conditions aussi insolites, ils se retireraient, refusant de l'assister dans une rencontre devant fatalement amener la mort des deux combattants. »

Ils ne verraient aucun inconvénient au tir au commandement, si ce mode de tir n'avait le danger d'échapper dans son application aux témoins eux-mêmes, tandis que le tir à volonté permet aux adversaires d'éviter toute surprise, et leur permet également de prendre tout leur temps.

« Les témoins de M. Rochefort ont déclaré qu'ils ne voyaient pas dans le duel qu'ils proposaient les inconvénients signalés par les témoins de M. de Cassagnac, et que, quant au commandement, mode de tir également en usage, ils pensaient que les témoins pouvaient empêcher les combattants de tirer soit avant le commandement: « feu 1 » soit après le commandement : « trois ! »

« Us ont ajouté, en outre, que M. Rochefort avait choisi ces conditions pour que l'affaire fût particulièrement grave.

« Les témoins de M. de Cassagnac ont répondu que la gravité de l'affaire n'était pas dans les moyens, mais dans le résultat. Ce résultat, ils le désiraient également grave, et voici les conditions qu'ils offrent à M. Rochefort, au nom de M. de Cassagnac :

« Le duel au pistolet de tir rayé à trente pas,

cinq ; et indéfini, jusqu'à i e qu'il

l " i; indu

qu'ils n'ai onditions

rant que leur client avait te droit d'imj sienn<

te dernière observation était tri M. .!■■ I rt If

droit d'in puisqu'il

le déclare dans sa Letti ptatioa.

L'i: >iit droit aux choix d< et au

ment di - 'lu combat, H résulte de ce

qui précède que -M. de i i on

me purement • t simplement le combat.

L'importance plus considérable chaque jour

publication, inspira au gouvernement du maréchal tfac-Mahon une id et malheureuf lime dont il

lit jouir à l'étranger, le mû mbai

inda à la Suisse l'internement, dans une ville de l'intérieur, du condamné.

Si la haine contre s<>n ini nemi, —

qu'une fuis il avait appréhendi mt, mais

de nouveau — ne ohorte minis-

; de l'insuccès qui attendait Bon im]

live.

Elle aurait dû se rappeler la réponse faite jadis en 1871 à une démarche du même genre opérée par M. Jules Favre. Le second de M. Thiers, en eftet, après la répression de mai, avait adressé à tous les gouvernements étrangers, une circulaire fameuse — les électeurs du Rhône sont seuls à ne pas s'en souvenir à ce qu'il paraît — réclamant des puissances amies la reddition des insurgés échappés à regorgement et réfugiés sur leur territoire. Les bases sur lesquelles s'appuyait le larmoyeur de Ferrières pour perpétrer ce monstrueux attentat au droit des gens étaient celles-ci : il prétendait que tous les fugitifs de Paris étaient coupables indistinctement, en bloc, d'assassinat et de vol et d'incendie.

Il s'en fallut peu que le résultat ne fût acquis auprès des pouvoirs monarchiques. Auprès des peuples libres, les choses marchèrent différemment. Cependant les affirmations de M. Jules Favre étaient tellement assurées, le ton sur lequel elles étaient faites, était d'une si ferme composition que la République helvétique, si hostile qu'elle fût en principe à toute reddition de proscrit, hésita et fut ébranlée. Le ministre des affaires étrangères parvint même à obtenir d'elle l'arrestation d'un commandant fédéré. Il avait accusé de je ne sais quel crime, le doux et honnête Razoua, mort en exil depuis. Le gouvernement de Genève consentit à l'incarcération, mais en même temps

RiAPPAMTHMI M U i.a.vii frlfl

elk fixa a l'autorité !"raii«ai>.- un délai de quarante jours pour fournir J68 pièces de conviction.

Si tés forfaits imputés an réfugié étaient mani- «nent attestée pu ces, [a Suisse con-

sentait à livrer Je coupable qui rentrait dans la catégorie des délits de droit commun, mais elle voulait qu'il fût bien établi que l'affaire n'était pas — les indices de la culpabilité fussent-ils fournis encore,— connexe à un fait politique. EU.- attendit vainement les preuves réclamées. Les quarante jours expirés, elle rendit la liberté a l'ex-eommandant de lEcole-Militaire, contre lequel aucun fait de culpabilité n'avait enfin de compte pu être apporté.

On conçoit aisément la réaction que cet premier avatar provoqua dans l'esprit de cette nation fière. Comment, on avait osé se moquer d'elle à ce point ! On lui faisait, au mépris de toute loi humaine, violer la liberté individuelle de gens qui étaient venus se mettre sous sa protection!

Aussi fut-ce avec un iiiiiueuse éclat de rire qu'elle accueillit la demande d'internement formulée contre l'ex-membre de la D fationale. Elle répondit au gouvernement .le Versailles qu'il était impossible de fouler aux pieds les lois antiques et chères de l'hospitalité. En un mot, elle refusa net ,l'a )ulj

<--■ peuple a ;

quand il avait et.- question d'extradé ,ona-

parte exile, insistait-elle, et nous faisions respecter

en ce cas nos lois au profit d'un monarchiste. Que penserait de nous l'Europe, si nous n'usions aujourd'hui que l'occasion nous en est offerte, du droit de les sauvegarder au bénéfice d'un digne républicain. »

Versailles, honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, en fut pour ses frais et son soufflet, serrant la queue et portant bas l'oreille.

Certes la guerre que l'illustre pamphlétaire faisait à ses ennemis acharnés était incessante et terrible. Chaque semaine, en effet, dans la Lan-* terne, quelque document nouveau apparaissait. Rochefort se faisant le porte voix de toutes les infortunes. Le monopole — la1 presse parisienne et provinciale étant traquée, persécutée, condamnée, réduite au silence — le monopole que Henri Rochefort s'était attribué était celui de défendre unguibus et rostro, ses ex-compagnons de captivité. Toujours sur la brèche, rompant sans cesse des lances en leur honneur, il dévoilait au public étonné et qui les ignorait les traitements indignes auxquels étaient soumises ces victimes de la discorde civile. *

Jamais une attaque injuste d'un journal de la réaction dirigée contre un prisonnier ou un banni ne passe sans un démenti sanglant du puissant et spirituel journaliste.

Il allait être mis à même bientôt de frapper un nouveau et terrible coup, lequel devait ramener

sur la déportation de la France.

I matin,.;

il partait j

pamphlétaire s.- vit la

; a vapeur, par une femme simplement vêtue qui demanda à lui parler un instant m particulier. Roch< fort ge mit un »'t son interlocutrice lui remit alors uni: [

émanant de Calédi

■il mari déporté. Le document «'tait inti aant. Il riait des plus authentiques. Il j signatures du chef de la déportation .M. Chair

icheta du gouvernement colonial; enfin, il était até de tou ifficiels.

Que relatait-il do il?

Ce rapport était rédigé par un médecin, mais par un médecin de la marine. Ce fonctionnaire y constatait le t'ait suivant :

Cn forçai politique de L'île Nou, — il citai! nom du détenu et son numéro, — avait une foute te dans un cachot pendant .

urs, et sans vivres. Au bout d mps,

!<• supplii !■• avail n çu pour nourritu rue-

pain chaud qu'il dévora en me- minute, puisqu'il était mourant de faim. Après un jeûi pro-

ultat

leur

militaire, dans des termes très isait

nettement l'administration de complicité dans ce véritable meurtre . Or , sait-on comment le gouverneur se défendait ? Il taxait, et cette façon d'agir constituait le chef-d'œuvre de la triste aventure, il taxait le forçat politique « de voracité. »

Henri Rochefort remercia la femme du déporté de l'apport de ce document prodigieux, et écrivit le lendemain à M. Alfred Naquet, député de Vaucluse, à qui il raconta au long la chose. Il priait, dans cette lettre, l'avocat intransigeant alors de vouloir bien, muni de toutes les explications, de tous les détails et du rapport original, déposer une interpellation au ministre de la marine , sur le bureau de l'Assemblée. M. Naquet accepta. L'exreprésentant de Belleville, à la réception de la dépêche qui lui mandait cette résolution, fit immédiatement tirer deux cent cinquante fac-similé du document et les envoya sous pli cacheté au député de l'extrême gauche.

« Il ne faut pas qu'on doute de notre véracité, lui disait-il, prenez je vous en conjure, vos mesures en conséquence. Faites distribuer à vos collègues les copies que je vous adresse, afin que nul ne puisse contester le fait. »

Rochefort ne se trompait point. Il prévoyait que devant ce coup droit le ministère, surpris et terrifié, jouerait l'étonnement d'abord et en viendrait aux dénégations ensuite. C'est ce qui se produisit en effet. Si les députés eussent été soucieux

de leur dignité, s'ils eussenl était moin — ils l'étaient trop déjà, a la cause de l'opportunisme, ils 11'. Missent point laissé, au mépris de l'humanité outragée, aussi facilement se clore le débat. Mais, en dépit de ses efforts, .M. Naquel dut lâcher prise. Les cris contre lui B'élevèrent de tous les côtés. Les repr< sentants de la nation agitèrent leurs couteaux à papier, et, devenant des sourds de la pire espèce, refusèrent presque unanimement d'entendre.

Par bonheur pour les déportés, la France, du nord au sud, et de l'est à l'ouest, elle, entendit.

fut Rochefort aussi qui, le premier, imprima dans la Lanterne les détails relatifs à la mort de Gustave Maroteau, cet enfant de vingt ans, envoyé, bien que malade, en Calédonie par les tribunaux exceptionnels de Versailles.

Vainement les protestations indignées de l'exilé, auxquelles se joignit le cri puissant de Victor Hugo demandant grâce, réclamèrent-elles l'élargi ment du prisonnier coupable d'un simple délit de presse, non-seulement l'administration ne céda ne se dessaisit point de sa proie, mais elle ne lit rien pour entraver les progrès de la phthisie dont le jeune détenu se consumait.

Alphonse Humbert adressa de l'ile Nou au pamphlétaire une lettre émue dont on lui demandait l'insertion. En cette circonstance, comme toujours, d'ailleurs, les infortunés déportés en Océa-

nie, eurent raison de ne point douter des sentiments fraternel et dévoués de celui qui fut leur plus énergique et plus sincère défenseur.

De même que la création delà Lanterne avait été pour son auteur la cause réelle de sa condamnation en septembre 1871, de même la défense énergique des proscrits de l'insurrection devait être pour Rochefort le motif de son maintien pour un temps indéterminé en exil.

Si le courageux journaliste avait, je ne dirai pas rendu la main, mais gardé simplement le silence, s'il n'eût pas au nom de la justice outrageusement violée, de- l'humanité foulée aux pieds combattu incessamment, toujours plus vaillant et plus redoutable, nul doute qu'il n'eût été, et l'un des premiers, rapatrié.

Le rapport Appert, et le fait est assez curieux pour être noté, n'a pu cataloguer le délit pour lequel est éloigné de France l'illustre évadé de Calédonie. Les poursuites intentées contre Rochefort, en effet, sont toutes uniquement relatives, à des délits de presse. Le rédacteur en chef du Mot d'Ordre ne fit point partie des insurgés. Il n'occupa sous le règne de la Commune aucune fonction civile ou militaire, il ne siégea point à l'Hôtel de Ville. A quoi rattacher dès lors la terrible et inique condammation à la déportation qui le frappait? M. le général, dans son embarras, trancha la difficulté avec une désinvolture originale.

< »u\ iv/ le livre de statistiqui par le

grand tnatlre de la Justice militaire. Puis tournez et tournez-en ani o S ous arriverez

à une page à demi-remplie, "ù après un tiret énorme, Ogure cette indication plus 6m peut-être :

ET MJTR1 -

Henri Rochefbrt, — déportation dans une enceinte fortifiée.

Cette désignation qui stupéfie es! l*aveu implicite des juges, la reconnaissance faite par de l'acte scandaleux perpétré par leur juridiction exceptionnelle.

Il était impossible de placer l'ex-députi la première circonscription dans les i insurrectionnelles, On n'avait à lui reprocher ni port d'arme illégal, puisqu'il n'avait jamais ceint l'épée ou épaulé durant la Commune le chassepot. On ne pouvait l'accuser d'usurpation de fonctions, Rochefort avait décliné toute candidature et la fonction de rédacteur en chef du Mot cPOrdre était la Beule qu'il consentit à occuper.

nu ce pouvait uon plus, insinqer qu'il eût participé à la lutte des derniers jours, le journ i avait quitté Paris avant l'entrée '1rs troupeS de

pii avaient même présidée ce départ qui a été si diversement commenté, méritent d'être exposés avec détails.

La ligne de conduite du Mot d'Ordre était d'une indépendance absolue. Très hostile aux actes perpétrés par M. Thiers et par l'armée d'investissement, le journal relatait quotidiennement les faits concernant la lutte et les agissements inhumains des Mac-Mahon et des Galifet. Mais si Henri Rochefort se montra inexorable à l'égard des atrocités commises par Versailles, toutes les mesures de la Commune ne furent pas approuvées par le pamphlétaire, et souvent le gouvernement de l'Hôtel de Ville souleva de sa part des récriminations très vives. Lorsque, harcelée et trahie, la junte révolutionnaire décréta la suppression des journaux qui la malmenaient, Rochefort s'éleva contre cette oppression attentatoire à la liberté de la presse, et, dès lors, le gouvernement fédéraliste lui tint rigueur. Des questions personnelles vinrent encore envenimer la querelle, que le Mot d'Ordre, il faut le reconnaître, soutint avec son mordant et perpétuel esprit.

Dans ce débat, le danger montra bientôt les griffes et ce fut dans les circonstances que nous allons citer.

Le décret sur les otages venait d'être mis à l'ordre du jour.

Le rédacteur du Mot d'Ordre publia une virulente diatribe, s'insurgeant contre une idée aussi impraticable, disait-il, et blessant ses sentiments d'humanité.

Hi:\i'i'\iiiTinN m: LA LANTERNE

I. gouvernement de l'Hôtel de Ville, arguai! il, à chaque lôte que Versailles fera monstrueusement tomber, répondra par l'abattage de trois autres tétea, auxquelles M. Thiers et raux selon toutes les probabilités donneront un chiffre double de victimes pour réplique, ponses «lu berger à la bergère pourront ainsi durer sans amener de solution possible que par l'extermination complète de l'espèce humaine. »

<'n voit par cea paroles la responsabilité qui peut incomber à Rochefort dans en-tains actes auxquels il B'efforça de B'opposer.

Il ajoutait d'ailleurs ce dernier argument s licatif:

« Le jour où le décret serait voté, le Moi d'Ordre aurait cessé de vivre. J'userai de mon «lroit de le suspendre jusqu'à ce que les convulsions que nous traversons aient pris lin. »

Or, 1.' P.' mai 1871, -M. Jaclard, chef de la 17e légion, ex-adjoint de la mairie du dix-huitième arrondissement avec m. Clemenceau, durant le et au moment de l'armistice, vint prévenir Henri Rochefort que Bes articles avaient le don d'exaspérer quelques personnalités marquantes de l'Hôtel de Ville, et que la Préfecture de police devait ordonner de l'arrêter dans la nuit. Qu'y avaitil de vrai dans ces renseignements de la dernière heure ? Furent-ils le résultat des craintes exi es ou d'indices absolument fondes? Toujours

est-il que le pamphlétaire ne crut pas devoir attendre des événements qui pouvaient en somme causer sa perte. Je ne pense pas qu'il soupçonnât certains des chefs insurgés de venger par des procédés sommaires les traits qu'il leur avait décochés, mais il craignait, non sans raison, qu'une fois emprisonné et abandonné au lendemain de la défaite dans sa geôle, il ne tombât aux mains de l'armée d'occupation. Le fait aurait pu se produire, en effet. Et si la réaction se montra si sévère envers le rédacteur du Mot d'Ordre, fait prisonnier avant la lutte, comment aurait-elle agi, si Rochefort eût été capturé par elle, pendant le combat dans Paris ?

Ce fut donc pour obvier à ces risques, que le pamphlétaire accompagné, de son secrétaire M. Eugène Mourot, prit le train à la gare de l'Est. Il ne se déguisa aucunement comme les récits mensongers l'ont dit et redit, et ce fut même le manque de précautions absolu à cet égard qui permit si aisément au commissaire de Meaux de le reconnaître et de l'arrêter dans sa fuite.

Mais nous en sommes arrivé à notre dernier chapitre, à.la vie intime de l'exilé à Genève, à ces pages que l'on pourrait intituler : Rochefort chez lui, et c'est du reste le nom que nous allons donner à ce dix-huitième et dernier chapitre.

HEFORT CHEZ LU

Heui Efcoch&fort a aujourd'hui quarante-huit ans. Sa physionomie ne présente plus actuellement tes mômei angli - maigreurs qu'autrefois. La face est plus pleine; le teint, quoique toujouj biliem : le front -urmonté comme jadis forêt ii«' cheveux crêpés en coup de vent, ment au lieu d'être d'un noir de jais, la chevelure aujourd'hui aque entièrement : che. L'œil bleuâtn i lurcilière, prorondément arquée, toujoui - scrutateur, aussi intell t méphistophélique et railleur existe ainsi qu'au temps de la prei LanternCf adouci un peu cependant par la l»ar-

onantee.

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