SUITE DE LA PUBLICATION DE LA « LANTERNE
Ainsi qu'il le déclare, et pour ne pas laisser disparaître sa brochure, pour ne pas interrompre sa lutte, Henri Rochefort avait cherché refuge à l'étranger. Il avait esquivé le mandat d'amener, s'était jeté dans un wagon de la ligne du Nord et avait débarqué au matin à Bruxelles. Il était descendu à l'hôtel ne connaissant, personne en ce pays.
Il y avait cependant, place des Barricadrs, dans la maison portant le n° 4, un illustre proscrit français auquel le nouvel exilé brûlait d'aller serrer la main ; la mémo ardeur dans les convictions
républicaines constituait, pour les relations, un tout naturel trait d'union. Henri Rochefort était un admirateur enthousiaste de l'hôte auguste qui habitait là, et cette admiration pour l'admirable chantre des Odes et Ballades, pour ce grand faiseur de chef-d'œuvres tels que les Châtiments, il l'avait affirmée, on s'en souvient, dans les articles si fiers, si martelés des Français de la décadence. Cependant la timidité excessive de Victor-Henri reparut toute entière et dans toute sa force en cette occasion : il n'osa, de peur d'être indiscret et et n'ayant jamais vu jusqu'alors l'immortel poète, se présenter chez Victor Hugo.
Ayant employé la matinée à visiter la ville, il rentrait dans la journée à son hôtel et se disposait à réintégrer sa chambre quand le propriétaire de l'immeuble lui remit un mot à peu près ainsi conçu et signé Charles Hugo :
« Mon cher confrère, votre conduite est impardonnable ! Comment ne vous a-t-on pas déjà vu? Vous savez que vous dînez ce soir chez nous, que vous y déjeunez et y dînez demain et les jours suivants. »
L'invitation avait un caractère de si fraternelleamitié que la crainte de paraître manquer de délicatesse fut mise à l'instant sans rémission en déroule, et qu'Henri Rochefort se rendit à six heures du soir place des Barricades.
La table était dressée, Victor Hugo et ses fils
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attendaient leur invité. Lorsqu'on annonça celuici, les proscrits se levèrent. Victor Hugo alla à la rencontre de Rochefort, lui tendant les bras, dans lesquels le pamphlétaire se jeta. Alors montrant Charles et François-Victor, auxquels le lanternier donna également une sincère et fraternelle accolade, et offrant enfin le siège placé à sa droite, l'incomparable poète dit à son hôte avec émotion :
— Asseyez-vous, vous êtes le frère de mes fils.
Durant quatre mois environ, Henri Rochefort usa de cette hospitalité si noblement et si amicalement offerte.
Délivrée des entraves qu'elle était obligée de supporter quand elle paraissait à Paris, la Lanterne éditée à Bruxelles (passage de la Monnaie 10 et 12, disent les couvertures de la brochure) avait pris des allures plus agressives et plus mordantes. Le même succès accueillait à l'étranger la vive polémique du hardi lutteur, et quoiqu'on ait voulu récriminer contre cette œuvre conçue extramuros et contester qu'elle pût être mise sur le même rang que sa devancière, sous le rapport de la verve et de l'esprit, c'est avec une grande raison qu'un bibliographe a écrit à ce sujet :
« On a prétendu que dans les numéros de la « Lanterne publiés à Bruxelles, Rochefort avait « perdu toute mesure et remplacé trop fréquem- « ment l'esprit par des injures. C'est là une évi-
« dente exagération. Libre de tout dire lorsqu'il « eut quitté la France, Rochefort n'eut plus besoin « d'avoir recours à certains adoucissements do « forme qui lui étaient en quelque sorte imposés « à Paris ; il fut plus brutal, si l'on veut, plus « ardent encore dans ses attaques, mais lors- « qu'on considère l'homme et le régime également « odieux qu'il flagellait, ce qui étonne, c'est qu'il « n'ait pas été encore plus âpre et plus mor- « dant. »
Oui, cela est indiscutable et nous venons de le reconnaître précédemment, les coups portés sont plus rudes et partant les plaies plus douloureuses et plus profondes, mais, ce qu'on ne saurait nier, sans injustice flagrante, c'est que le style garde toujours son élégance, sa vivacité, son charme, et que chaque page recèle toujours aussi la même dose d'esprit qu'autrefois.
Deux ou trois extraits suffiront pour nous donner gain de cause en cette matière. Quoi de plus imprévu, de plus original, de plus spirituel que ceci :
En comparant les déclarations écrites du prince Louis Bonaparte avec les actes de celui qui règne aujourd'hui sous le nom de Napoléon III, je me suis demandé souvent s'il est réellement possible qu'un homme se démente lui-même avec cet aplomb.
J'ai voulu avoir le cœur net de cette incroyable inconséquence, je suis allé aux sources, j'ai pria des
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informations, rassemblé des documents, interrogé iêt témoins, et, de l'enquête approfondie à laquelle y me
suis livré, il est résulté pour moi une certitude que l'Europe stupéfaite ne peut cependant tarder à partager.
Celui qui occupe actuellement le trône de France ad un faux Napoléon qui a usurpé le nom et les titres de l'ancien prisonnier de Ham, de l'auteur de la tentative de Boulogne et des Idées Napoléoniennes.
Mon assertion rencontrera beaucoup d'incrédules, je n'en saurais douter, mais veuillez m'écouter un instant.
Personne n'ignore que Louis-Napoléon Bonaparte s'évada autrefois du fort de Ham, sous les vêtements d'un maçon nommé, dit-on, Badinguet. La légende ajoute que le futur empereur portait sur l'épaule droite une planche destinée à lui cacher la tête que le con- .' de la maison aurait peut-être reconnue.
Eh bien ! si mes renseignements sont exacts, ce récit est entièrement rontrouvé. A peine le prince eut-il franchi le seuil de la forteresse que le maçon, se ravisant, fondit sur lui, lui reprit la blouse et la planche, lui tordit le cou, puis passa en Angleterre, revint en France pour se faire nommer président de la République, trempa au 2 décembre 1851 ses mains dans le sang français, fit le mariage que vous savez et, heureux d'avoir ainsi échangé sa truelle contre un sceptre, s'amusa à cabrioler sur la corde raide de la politique, sans se douter qu'un jour viendrait où, son identité étant reconnue, il serait condamné aux peines les plus infamantes pour substitution de personnes et faux en écritures publiques.
Telle est l'histoire authentique du héros de Ham. Et. en effet, du moment où c'est le maçon qui règne, tout s'explique : ces bâtisses continuelles, ces expro-
pnations inutiles, ce palais des Tuileries qu'on abat pour le reconstruire, et qu'on reconstruit pour l'abattre de nouveau, cette intolérable manie de tout gâcher, ce plâtre dont l'impératrice se récrépit tous les matins la figure, et par-dessus tout cet édifice dont il nous promet sans cesse le couronnement, indiquent assez que les destinées de la France sont dans les mains d'un maçon.
Lors d'une maladie de l'empereur, les journaux ministériels ayant affirmé que le détenteur du trône de France avait complètement recouvré la santé, Rochefort qui s'était fait un moment l'écho de ce bruit s'exprime de cette sorte dans une rectification :
Je m'accuse avec joie du délit de fausse nouvelle. J'annonce au début de cette Lanterne que l'empereur est rétabli. Loin de là, son état se serait aggravé. Il souffre, assure-t-on, dune violente sciatique. Rassurez-vous, on en meurt.
Le but que s'était proposé l'Empire, en infligeant à son irréconciliable ennemi vingt-cinq mois de prison, vingt mille francs d'amende, la privation des droits civils et politiques et l'exil enfin était-il atteint? Aucunement. La Lanterne continuait à pénétrer et à se lire en France. Elle entrait par le Nord, par l'Est, par le Midi, par la frontière belge, par la frontière alsacienne-lorraine, elle trompait la surveillance des agents et passait de Baie, d'Yverdon, de Genève, de Turin, de San
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Remo, de Vintimille, de Modaoe, dans les départements français circumvoisins.
Le plus formidable contingent était importé par les contrebandiers qui pullulent dans les pays sus mentionnés limitrophes. Marseille, Lyon, Dijon, Besançon, Lille, etc., étaient, en cachette, littéralement et littérairement inondés. On sait de la frontière belge comment s'opère la contrebande. Des hommes hardis dont c'est le métier élèvent des chiens qu'ils dressent pour les besoins de eette profession. Les pauvres bètes, durant un temps préparatoire relativement très long, sont alternativement conduits pédestrement, et le plus fréquemment à travers la campagne, d'une maison sise en deçà de la frontière française à une auberge située au delà. Dans l'auberge située en France, les soins les meilleurs leur sont prodigués, dans la cassine belge, au contraire on les fouaille dès qu'ils y entrent et celui qui se charge de leur distribuer la correction quotidienne revêt le costume de douanier. On conçoit dès lors le manège. Un contrebandier a-t-il un envoi à destination de la France, il place le fardeau sur le dos du chien et ce travail se fait dans l'intérieur de la maisonnette belge. Une fois l'animal « équipé », on le lâche ; immédiatement il s'élance de l'immeuble où on le flagelle pour gagner Tau: bénie où on l'accueille par des caresses et de la bonne chère. Inutile d'ajouter qu'aussitôt arrivé dans ce second local, l'aubergiste, de connivence
avec les irréguliers, débarrasse la bête de son bagage, lequel chemine dès lors dans l'intérieur du pays sans plus d'encombre.
Pour l'introduction de la Lanterne, il y avait aussi d'autres modes d'expédition employés. On imagina de faire mouler un certain nombre de bustes en plâtre de l'empereur. Au lieu d'être pleins ces plâtres étaient creux et la cavité était habilement bondée de Lanternes qu'on n'eût jamais soupçonnées dans une semblable résidence. Les paquets de chocolat se mirent à leur tour de lafète. Les tablettes de cacao cédèrent le pas ou plutôt l'enveloppe aux milliers d'exemplaires de l'édition diamant du pamphlet.
Le chiffre, des abonnés de Paris était de deux mille à peu près. C'était surtout ce public qu'il importait de servir régulièrement. Un exemplaire de la Lanterne jeté dans la capitale, c'était trente, quarante lecteurs acquis, c'était dans les faubourgs, sur les boulevards, que l'action de propagande avait son plus rapide, — ■ et au point de vue bonapartiste — son plus délétère effet.
Afin que ce service s'effectuât avec une ponctualité, désespérante pour l'administration, réjouissante pour les abonnés, on avait imaginé ce subterfuge.
Henri Rochefort avait fait fabriquer à Malines un magnifique cadre, style antique, à secret. En dévissant une rosace qui formait l'ornementation
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d'une des encoignures, le cadre en bois artistemenf sculpté et creux se démontait, mettant à nu ses cavités, lesquelles recelaient 2,000 ou 3,500 Lanternes.
Le faux objet d'art était généralement expédié par l'entremise d'un marchand de curiosités de Bruxelles à un autre marchand de curiosités des Champs-Elysées. Les deux négociants ignoraient le message que portait en ses flancs cet inanimé messager. Mme Rochefort se faisait envoyer chez elle le cadre qui allait et venait sans périls, et, munie d'enveloppes ad hoc, elle n'avait plus qu'à mettre à la poste avec les adresses respectives les exemplaires qui lui étaient parvenus. Lorsque les noms des lecteurs assidus étaient trop marquants cependant et que cette notoriété pouvait amener l'interception d'un envoi et guider dans ses recherches, par une malencontreuse saisie, la police toujours à la piste ; dans ce cas Mme Rochefort prenait dans sa poche les numéros et les faisait tenir directement aux intéressés.
Ainsi la chose se passait de cette manière pour Mme Cavaignac, l'une des abonnées. Un jour que Mme Rochefort venait de déposer chez celle-ci un exemplaire préalablement mis sous pli, au moment où elle redescendait l'escalier sa mission étant accomplie ; la mère dévouée, femme plus dévouée encore peut-être, l'entendit appeler tout à coup :
— C'est bien vous, n'est-ce pas, madame, lui
demanda Mme Cavaignac, qui venez de remettre cette lettre que vient de me donner la bonne.
— Oui, madame.
— Donnez-vous donc la peine d'entrer.
Et Mme Cavaignac conduisant à son salon Mme Rochefort lui serra la main, l'assura de son amitié la plus vive et s'informa, avec un intérêt dont la visiteuse fut touchée, de l'exilé qu'aucune douleur ne pouvait abattre ni désarmer.
Cependant une nouvelle provocation et un nouveau duel s'apprêtaient.
Le 12 septembre, le lanternier commençait par cet article son 17e numéro de la Lanterne :
Écoutez! celle-là est la plus belle de toutes. Cet instituteur primaire qui demande à changer de nom sous prétexte qu'il porte celui de « Rochefort », qui appartient également au rédacteur de la Lanterne, vodà, il me semble, le mot de la fin. bien que je le cite au commencement.
Si ce magister n'a pas médité sa pétition, dans le but d'arriver par cette basse flatterie aux plus hauts grades de l'Université, il faut reconnaître que par cette simple demande d'un changement d'état civil, il a mis dans un terrible embarras le garde des sceaux chargé des opérations de ce genre.
Supposons, en effet, que M. Baroche refuse au pétitionnaire l'autorisation qu'il sollicite.
— Eh quoi ! s'écriera le nommé Rochefort, vous avez mis aux trousses de mon homonyme tous vos magistrats, tous vos juges d'instruction et tous vos avo-
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cata impériaux. Il- oni déclaré à la face du Chri-t que le fondateur de la Lanterne était coupable de tous lee attentats décrits par Buffon. Voue lui avez appliqué des jugements tellement terrifiante qu'où aurait pu lea croire rédigés par des jurisconsultes qui avaient un peu trop déjeuné. Et quand, sur la foi de vos réquisitoires, je demande à changer mon nom de a Rochefort > qui me fait horreur, contre un autre à mon choix, vous ne me le permettez pas, sous prétexte qu'après tout If. Rochefort n'est pas aussi ahsolument déshonoré que la Gazette des Tribunaux vent bien le dire. Mais alors, vos juges qui l'ont traité comme Cartouche, sont donc des menteurs et des imbéciles. Ce n'est pourtant pas ce que vous soutenez dans les discours de rentrée des tribunaux.
Supposons maintenant que M. Baroche lui accorde le droit d'ensevelir à jamais un nom maintenant flétri et d'en puiser un autre dans l'Almanach Bottin, qu'arrivera-t-il?
Il arrivera ceci, qui est excessivement grave, c'est que M. Baroche en personne sera également forcé de se demander à lui-même et de s'accorder sans délai l'autorisation de changer de nom, car, vous ne l'avez pas oublié, son fils, accusé publiquement d'escroquerie et de malversations dans les affaires de Mires, s'est vu afficher sur les murs de Versailles par les ordres de M. de Penigny, qui, fidèle i son antique gentilhommerie avait trouvé gracieux de combattre la candidature de cet enfant désagréable en l'appelant voleur.
Et remarquez qu'en résumé je n'ai jamais été condamné que pour attentat à la pudeur sur la personne des faux cheveux de l'impératrice, tandis que le grand justicier Baroche. qui fait arrêter tout le monde, excepté son fils, porte le nom d'un monsieur stigmatisé pour de basses filouteries.
Le 25 septembre Rochefort, s'étant rendu chez M. Rozès, corrigeait les dernières épreuves du numéro du jour, quand l'éditeur lui remit une lettre qu'il venait de recevoir de Paris à l'adresse du lanternier. La lettre était signée de M. Adolphe Belot et demandait à M. Henri Rochefort, au nom de M. Baroche fils, raison des affirmations injurieuses contenues dans la Lanterne et que nous avons reproduites en entier.
Sans hésiter, l'exilé releva immédiatement le défi, dans un postscriptum incisif, nerveux, inséré dans le n° 18 et que voici :
P. S. — Je reçois à l'instant une lettre d'un ami de M. Ernest Baroche, qui me demande raison des insultes à lui adressées par M. de Persigny dans la fameuse circulaire dont parlait la Lanterne de samedi dernier.
M. Ernest Baroche, publiquement accusé par un membre du conseil privé, d'acte de la plus haute indélicatesse, s'adresse à moi pour se réhabiliter.
Je pourrais, je devrais refuser une réparation par les armes au Fils de l'indigne ministre de la justice qui m'a fait outrager dans mon honneur et dans mon enfant par la valetaille qu'il gouverne sous le nom de magistrature française. Vos armes étant la prison, la confiscation, la calomnie, j'aurais le droit de vous refuser de croiser les miennes avec les vôtres jusqu'à ce que les Blain des Cormiers et les Angot des Rotours m'aient rendu raison des injures dont ils m'ont impunément couvert à l'abri de leurs jupes.
Je n'entrerai pas dans cet ordre d'idées, et, sans chercher comment M. Baroche fils consent à se ren-
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contrer avec un homme que M. Baroche père, par l'entremise de ses agents, a traité comme le dernier des criminels, je ferai à ce demi-personnage, qui, au fond, me sait bien autrement respectable que mes insulteurs, l'honneur immérité de relever sa provocation.
D'autre part, il envoya sur-le-champ aussi une dépêche à M. Belot l'informant de l'acceptation de la rencontre et lui disant de vouloir bien avertir M. Baroche fils, afin qu'il arrivât en toute hâte à Bruxelles avec ses témoins. En même temps Rochefort avait prévenu de ce prochain duel la famille de Victor Hugo.
Aux premiers mots de Victor-Henri, Charles Hugo et son frère François-Victor avaient offert à leur hôte et ami leur assistance. Rochefort avait accepté avec reconnaissance cette marque spontanée d'estime et de sympathique dévouement.
Victor Hugo, caractérisant alors nettement l'allure et l'importance que prenait dans son esprit et qu'allait prendre à courte échéance dans l'esprit public ce duel d'un fils de ministre et d'un proscrit, s'était écrié avec une sûreté de vue remarquable :
— C'est le duel de la République avec l'Empire.
Et ce furent en effet les proportions énormes qu'eut l'affaire. A Paris, l'anxiété fut extrême durant l'attente du résultat. En Belgique, le jour où les adversaires furent mis en présence, dans
la ville la plus proche de l'endroit choisi, l'affluence des gens avides de connaître l'issue de la rencontre fut considérable. Mais n'anticipons pas sur les événements.
A la réception de la dépêche d'Henri Rochefort, MM. Baroche, Belot et un second témoin s'étaient embarqués à destination de Bruxelles. Ils descendirent à la gare de Luxembourg à dix heures, le soir. ,
Le lendemain MM. Belot et son partner se présentèrent chez Victor Hugo où ils se mirent en rapport avec Charles et François-Victor.
L'accueil fut un mélange de courtoisie excessive et d'extrême raideur. Rochefort avait recommandé à ses amis d'accéder à toutes les demandes de M. Baroche et d'agir de telle sorte que les choses fussent menées bon train.
Les mandataires du fils du ministre de la justice furent introduits dans une salle du rez de chaussée de la maison de la place des Barricades.
Comme ils exprimaient cette opinion :
— Il faut que le duel soit sérieux, la Lanterne a un tirage considérable, non seulement elle est lue en France, mais elle circule encore beaucoup à l'étranger, des traductions en sont faites en plusieurs langues, le préjudice causé à M. Baroche par les assertions injurieuses de cette brochure est très grand.
■ — En effet, ripostèrent les témoins d'Henri Ro-
chefort, celui de qui nous tenons pleins pouvoirs l'a compris ainsi. Or, voici ce qu'il nous charge de vous proposer. On se bâtira au pistolet et on échangera quatre balles. En cas de non résultat on prendra l'épée et l'engagement continuera jusqu'à ce que l'un des adversaires soit absolument mis hors de combat.
— Nous ne demandons pas qu'on aille jusquelà, répondit M. Belot. On se contentera de prendre l'épée.
M. Baroche tirait admirablement; il élait l'offensé et usait simplement de son droit en optant pour l'arme que l'un de ses mandataires désignait.
Le rendez-vous fut fixé au lendemain à six heures du matin. L'endroit était le Sass de Gand à une heure environ de Bruxelles, sur les confins de la Hollande.
Dès quatre heures du matin, au jour dit, témoins et adversaires étaient sur pied. Dans la maison de la place des Barricades, Victor Hugo s'était levé le premier. Elle est des plus touchantes, et Rochefort ne saurait jamais l'oublier, l'affection que lui témoigna, en cette circonstance, le grand poète ! Un déjeuner avait été préparé pour Victor-Henri et ses témoins, l'auteur des Châtiments y assista.
— Il est bon de manger lorsqu'on se bat, dit-il, il est important de ne point déjeuner copieusement pour conserver l'usage prompt de toutes ses
facultés, mais il faut éviter de se rendre sur le terrain l'estomac vide.
L'émotion de l'immortel expulsé de Jersey était sensible, quoiqu'il s'efforçât en paraissant enjoué de la dissimuler. Ce qu'il avait dit à Rochefort, en lui montrant le siège réservé à ses côtés : « Vous êtes le frère de mes fils » n'était pas une vaine et pompeuse déclamation, mais bien la puissante et profonde expression d'une réelle et paternelle amitié.
— Vous reviendrez vainqueur, dit enfin Victor Hugo en quittant la table et en embrassant le vaillant et jeune champion de la République.
A l'heure précise, témoins et duellistes firent leur apparition sur le terrain choisi. Quand on arma les combattants, Rochefort reconnut dans les épées celle dont il s'était déjà servi une première fois lors de son duel avec le prince Murât ; les épées de M. Antonio de Espeletta.
Le signal fut donné et la lutte commença opiniâtre. Il y eut cinq engagements, — bien que le procès-verbal n'en mentionne que quatre, — et trois corps à corps.
A chaque engagement, M. Baroche fut touché, un coup lui traversa presque la cuisse. Il fit preuve d'un courage auquel il a été rendu publiquement hommage depuis et qui ne s'est jamais démenti. En dépit du danger à courir, il garda fermement sa position, ne rompant point d'une
semellei II montrait alors ce qu'il fut plus tard, lorsqu'il périt glorieusement, résistant héroïquemont, sans céder pied, avec ces nobles marins et ces braves mobiles parisiens, accablés par les Prussiens dix fois supérieurs en nombre, aux sombres retranchements du Bourget !
Quoique la rencontre s'effectuât au mois de septembre, il faisait assez froid et M. Baroche avait, sur le terrain, demandé l'autorisation de garder son gilet de flanelle ; cette circonstance lui sauva la vie. A un moment, Rochefort fondit sur lui avec une impétuosité extraordinaire. L'épée du pamphlétaire décrivit une courbe, s'allongea, puis disparut, atteignant le fils du ministre en pleine poitrine. Il y eut un émoi général, on crut M. Baroche pourfendu et Victor-Henri lui-même jeta ce cri :
— Ah ! je l'ai tué !
Il n'en était rien cependant, l'arme du journaliste, dont la pointe avait donné sur l'un des boutons du gilet, s'était simplement pliée en arc de cercle et faussée. Les péripéties se multiplièrent et une fois encore les témoins furent impressionnés par un incident : dans le second corps à corps, M. Baroche, en parant, appliqua un si violent coup de plat d'épée sur la main d'Henri Rochefort que l'épée de celui-ci sauta en l'air. Le journaliste un instant désarmé ressaisit son épée à terre, se précipita de nouveau sur son adversaire et le désarma à son tour. Enfin à la suite, d'un* habile
dégagé, M. Baroche fils venait de recevoir une cinquième et assez grave blessure au côté droit. Blessé déjà à la cuisse, il fléchit, tomba sur un genou, obligé d'interrompre le combat.
M. le docteur Laussedat, qui a été depuis secrétaire de l'Assemblée, assistait les duellistes en qualité de médecin. Il prodigua -immédiatement ses soins au courageux blessé, et les témoins, après des constatations d'usage, déclarèrent l'honneur satisfait.
Les combattants reprirent, chacun de leur côté, en compagnie de leurs seconds, le chemin de Gand. Henri Rochefbrt descendit à l'hôtel de la Poste, où il déjeuna avec Charles et François- Victor, et M. Laussedat. La nouvelle du duel s'était répandue dans la ville très rapidement, et déjà la foule commençait à envahir l'hôtel et ses approches, afin de manifester ses sympathies au lanternier. Par un hasard assez grand, ce fut précisément aussi à l'hôtel de la Poste que M. Belot conduisait son client, et ce fut dans une salle contiguë à celle où déjeunait le vainqueur, qu'il fit transporter et étaler sur un canapé le vaincu. M. Baroche était depuis fort peu de temps installé, quand les cris de : Vive Rochefort ! vive la Lanterne ! retentirent.
Faisant semblant de ne point distinguer le sens des acclamations et feignant de croire à une ovation en sa faveur :
— Une manifestation, dit finement«M. Baroche en souriant à M. Belot, je ne me croyais pas si populaire !
Mais il ajouta quelques minutes plus tard assez tristement :
— Une chose assez étrange en tout ceci, c'est que je me bats contre un homme que j'estime pour des gens que je n'estime pas !
Ce n'était pas le peuple seulement, qui à cette époque s'inquiétait des faits et gestes de Henri Rochefort, tous ceux qui haïssaient l'Empire faisaient des vœux pour qu'il sortît sain et sauf de ses embarras. Lorsque cette rencontre avec M. Ernest Baroche dut se produire, l'ex-chroniqueur du Figaro avait avec lui à Bruxelles son fils Octave et sa fillette Noémie. Il tint à ce que les deux enfants ignorassent le duel, et le matin où il partait pour se battre auprès de Gand, Mme Charles Hugo se chargea d'emmener Octave et Noémie faire une promenade à Spa. Le duc de Hamilton ayant aperçu au Casino de la ville d'eau Mme Charles Hugo et sachant son mari témoin d'Henri Rochefort la pria de vouloir bien lui donner des nouvelles du-duel, si elle en avait connaissance. Le gentleman parlait, disait-il, non point en son nom unique, mais au nom de beaucoup de personnes présentes portant à M. Rochefort le plus vif intérêt. De Gand des dépêches avaient effectivement été expédiées et bientôt les
journaux annoncèrent l'issue tant attendue du fameux combat.
Victor Hugo fut informé le premier de tous, et plus ses craintes avaient été vives, plus sa joie fut grande à la lecture du télégramme qui annonçait l'heureux résultat.
Les Tuileries, durant la matinée du 28 septembre 1868, étaient aussi dans l'anxiété, et le ministre de la justice, qui adorait son fils, attendait fiévreusement les dépêches que M. Belot lui avait promises. C'est à cette dernière torture morale que, dans la Lanterne, qui fut publiée au lendemain de la rencontre, Rochefort fait allusion en ces termes :
Jamais je n'étalerai la prétention d'être aussi intéressant que les affaires d'Espagne. Aussi aurais-je certainement donné le pas sur tous les événements de la semaine au beau Marfori et à son honorable entremetteuse. Mais je m'étais d'abord promis de demander formellement à M. Baroche, ministre de la justice, s'il connaissait rien de plus poignant que l'inquiétude d'un père qui sait son enfant en danger.
Comprenez-vous maintenant, monsieur le garde des sceaux, grand-croix de la Légion d'honneur, qu'en voyant le nom de ma fille, prêt à passer sous les plumes policières que vous encouragiez de la voix et du portemonnaie, j'aie tout bravé pour détourner d'elle et de moi ce calice d'infamie? Comprenez-vous aussi toute la grandeur du crime que vous avez commis, vous, un père, en me faisant condamner à quatre mois de prison, parce que j'avais défendu mon enfant?
C'était bien, en effet, le duel de la République avec l'Empire qui venait d'avoir lieu ; la joie des républicains de savoir Henri Rochefort sain et sauf et le désespoir des bonapartistes de iie l'avoir point vu mortellement frappé, le démontraient amplement. Confiant dans le talent de tireur de premier ordre de M. Ernest Baroche, talent qu'on avait encore exalté devant lui, l'Empereur avait espéré être débarrassé enfin par ce moyen sommaire de l'être gênant qui ruinait en France, par ses sarcasmes, le prestige de l'autorité. Le coup manqué, les espérances déçues, les rigueurs contre la Lanterne redoublèrent. Les ordres transmis aux commissariats de police de la frontière tinrent du délire.
Les trains et toutes les personnes qui s'y trouvaient venant de l'étranger furent fouillés aux stations douanières françaises. Le nombre des voyageurs molestés et condamnés pour introduction d'écrits prohibés s'éleva à des proportions prodigieuses. Des libraires, afin d'obvier à ces inconvénients, avaient imaginé de réduire le format de la Lanterne, et de lui donner des dimensions minuscules. On expédia sous enveloppe et en masse directement aux marchands dépositaires, qui servaient ensuite dans leurs villes respectives, leurs clients.
Rien ne put entraver la marche assurée de la publication. Vainement, les étudiants porteurs de numéros du journalbanni furent-ils assommés au
quartier latin dans des rixes provoquées par la police, ils n'en continuèrent pas moins à manifester hautement leurs préférences et leurs opinions.
Lors de l'apparition des Propos de Labienus cet immortel chef-d'œuvre de Rogeard en 1865, on cite ce trait piquant :
Un éditeur de Londres, encombré d'exemplaires de YHistoire de la Vie de César, rédigée par Napoléon III et dont il ne pouvait arriver à se débarrasser, eut l'idée de donner en prime à tout acheteur de la Vie de César la brochure presque introuvable alors des Propos de Labienus. Il parvint, dit-on, grâce à cette ingénieuse combinaison. à liquider les volumes provenant de la maison H. Pion. De semblables arrangements furent pris par l'éditeur de la Lanterne, M. Rozès.
Mais bientôt les étudiants de Paris, traqués et condamnés pour lecture illicite de l'opuscule révolutionnaire, devaient saisir l'occasion qui se présenta de faire en faveur d'Henri Rochefort une sympathique démonstration.
On s'était beaucoup étonné que M. Adolphe Belot qui connaissait beaucoup le pamphlétaire se fût décidé à servir de témoin contre lui. Quelqu'amitié qu'il professât à l'égard de M. Baroche fils, les convenances auraient dû lui dicter en cette circonstance un refus formel. Or il advint que l'auteur de.MlleGiraud, ma femme présenta, peu de temps après le duel, une pièce au théâtre de l'Odéon ; le
titre do l'ouvrage était, je crois, le Drame de la rue de la Paix. Ce ne fut qu'un cri dans tout le quartier latin, pour s'entendre afin de siffler le drame. L'affaire fut menée tambour battant, et Bclot, inquiet, écrivit à Victor-Henri une lettre dans laquelle il le priait d'intervenir, de plaider sa cause près de la jeunesse des Écoles.
Rochefort ne crut pas devoir se mêler à ces différends, et le Drame de la rue de la Paix fut accueilli de telle façon qu'il ne tint que quelques semaines l'affiche.
Le réveil de la nation s'opérait. L'anniversaire du 24 février 1848 avait été le signal de réunions tumultueuses et de discours tels que, depuis longtemps, le peuple n'en avait entendus. Les proscrits de Belgique avaient les premiers rappelé à ce ressouvenir des grandes journées. C'est dans ce banquet du 2i février qu'Henri Rochefort fit connaissance de MM. A. Baune et A. Madier de Montjau, anciens représentants du peuple, tous les deux frappés de proscription pour avoir voulu s'opposer au crime de décembre et avoir défendu sur les barricades la loi violée nuitamment par Bonaparte-bandit.
Au banquet des proscrits du 24 février 1869, M. Madier de Montjau lit un discours dans lequel il présentait le nouveau proscrit à ses anciens compagnons d'exil. Quand l'éloquent orateur se fut rassis, et que la conversation se fut engagée entre
son voisin el lui, il fit au pamphlétaire l'aveu suivant :
— Mon cher ami, lorsqu'après la lettre du 19 janvier et la nouvelle loi sur la presse supprimant l'autorisation préalable pour la fondation des journaux, nous avons lu ici le premier numéro de votre Lanterne, nous l'avons trouvé tellement violent et audacieux que nous avons pensé un instant que vous aviez été payé en haut lieu pour le' faire, afin de mettre le gouvernement à même de revenir sur son libéralisme apparent. C'est au second et au troisième numéro seulement et en voyant les fureurs de la réaction bonapartiste que nous avons compris l'erreur dans laquelle nous avions failli tomber.
Les difficultés croissantes qui s'élevaient devant l'impérialisme, la révolte immense qu'avait fait surgir sur tous les points du territoire français la connaissance des odieux abus dénoncés chaque semaine à l'opinion par la Lanterne proscrite, avaient inspiré à beaucoup de républicains convaincus l'idée de créer à Paris un organe quotidien, agressif, qui par une campagne audacieuse, habile, incessante et surtout faite à ciel ouvert, et dont chacun pût suivre au jour le jour les phases, précipitât Ja chute de l'empereur et amenât le retour du régime démocratique tant désiré.
Quelques services que rendît encore la Lanterne dans la seconde période, c'est-à-dire à dater de
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janvier 18t>9, les coups qu'elle porlait devenaient moins tangibles, et partant moins douloureux. Les précautions dont étaient obligés de s'entourer ceux qui recevaient soit à Paris, soit en province, la hardie brochure, nuisaient énormément à la propagation des théories qu'elle défendait. Il fallait se réunir en secret, et lire à huis-clos, pour se soustraire aux arrestations et à la comparution en police correctionnelle sous inculpation de traînes révolutionnaires.
Puis le prix de la Lanterne, colportée par les contrebandiers, exposés à l'emprisonnement et à l'amende, avait atteint deux francs cinquante centimes le numéro. La littérature incisive et bannie devenait donc inaccessible aux ouvriers. Ceux qui parvenaient encore à la recevoir étaient les travailleurs des fabriques, des grands ateliers, qui se groupaient, formaient à dix ou douze des associations au capital de deux francs cinquante par semaine, dont l'intérêt résidait en entier dans celui que les lecteurs prenaient à la lecture de l'opuscule violent.
Dans des conditions aussi tendues, la tentative dont nous venons de parler — la création d'un journal parisien radical — comptant au nombre de ses rédacteurs Henri Rochefort sur qui l'attention générale était fixée recelait dans ses lianes tous les éléments de succès.
Un matin le train de Paris à Bruxelles amena
dans cette dernière ville M. Albert Barbieux, ancien proscrit.de 1851, rentré en France après l'amnistie de 1859. Il arrivait en droite ligne soumettre à ses anciens compagnons de proscription Charles et François-Victor Hugo et au jeune et futur député de Belleville, son plan de lancement d'une feuille quotidienne de combat.
La chose parut d'une réalisation facile et d'une utilité incontestable. On tint toutefois à avoir l'avis immédiat de Victor Hugo. Mille détails au surplus étaient à régler sans compter ce point capital, le choix d'un titre.
Victor Hugo travaillait quand ses fils et Rochefort le vinrent trouver.
Une des causes de la fécondité merveilleuse du grand poète, c'est son assiduité au labeur. La régularité qu'il apporte dans la composition de ses productions est connue de tous ceux qui ont été en rapports quelque peu intimes avec lui. Victor Hugo, quelque temps qu'il fasse, « que juin flamboie ou janvier pleure » , se lève dès six heures du matin et se met à l'œuvre jusqu'à onze heures. Les plus grandes joies heurtent à sa porte, les plus grands fléaux hantent son logis sans le distraire un instant de la règle immuable acceptée. L'après-dînée seule est consacrée aux exigences des réceptions, des visites et aussi à cette récréation hygiénique : la promenade.
Place des Barricades, à Bruxelles, c'était une
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petite chambre sise sous les combles que l'auteur delà Légende des siècles avait adoptée pour cabinet de travail. Ce véritable sanctuaire, — bien peu de gens, en cfTet, étaient admis à y pénétrer, — contrastait d'une manière saisissante, avec le reste de la maison. Les œuvres d'art les plus recherchées peuplaient de leurs légions gracieuses, les diverses pièces de l'immeuble, les bronzes, les bahuts, les tableaux, s'entassaient au rez-dechaussée, au premier étage, dans un adorable tohu-bohu ; la chambre privilégiée des combles était d'une nudité toute Spartiate.
Un lit, une planchette à hauteur d'appui et en forme de pupitre, fichée dans la muraille, et c'est tout. Pas de chaises. Victor Hugo ne s'assied jamais quand il écrit, il écrit debout.
Lorsque Charles, François- Victor et Henri Rochefort entrèrent dans la chambrette, de grandes feuilles de papier bleuâtre couvertes d'écriture large et bien penchée s'étalaient sur le lit, sur le plancher, séchant au soleil; une trop brusque irruption, et on piétinait sur des chefs-d'œuvre.
Victor Hugo fut rapidement mis au courant de la situation par les visiteurs. Il partagea leur avis sur l'heureuse innovation projetée. Quoiqu'on le priât de collaborer au journal, il ne voulut point y consentir, mais il fit don au nouveau-né dont il allait être le parrain, du roman si émouvant, si puissamment conçu de Y Homme qui rit.
Le titre que le glorieux proscrit mit au front de cette ardente feuille , amie dévouée des réformes sociales, perpétuel écho des plaintes et des revendications du peuple, adversaire déclaré de la tourbe enrichie régnante fut le Rappel.
Et le jour où le premier numéro fit son apparition, voici la cocarde brillante que Victor Hugo piquait au bonnet du courageux « tapin » littéraire et politique entrant dans la lice, battant la charge, conduisant à l'assaut des institutions abhorrées de l'Empire la phalange républicaine grandissante.
Aux cinq fondateurs du RAPPEL.
Chers amis,
Ayant été investi d'un mandat qui est suspendu mais non terminé, je ne pourrai reparaître soit à la tribune, soit dans la presse politique que pour y reprendre ce mandat au point où il a été interrompu et pour exercer un devoir sévère et il me faudrait pour cela la liberté comme en Amérique. Vous connaissez ma déclaration à ce sujet et vous savez que jusqu'à ce que l'heure soit venue, je ne puis collaborer à aucun journal de même que je ne puis accepter aucune candidature. Je dois donc demeurer étranger au Rappel.
Du reste, pour d'autres raisons résultant de complications de la double vie politique et littéraire qui m'est imposée, je n'ai jamais écrit dans ce vivant journal vous allez le refaire sous ce titre le Rappel.
Le Rappel. J'aime tous les sens de ce mot : Rappel des principes par la conscience ; rappel des vérités par la philosophie ; rappel du devoir par le droit ; rappel du châtiment par la justice ; rappel du passé par
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l'histoire : rappel de l'avenir par la logique ; rappel lits par le courage ; rappel de l'idéal dans l'art par le pensée ; rappel du progrès dans la scienc par l'expérience et le calcul, rappel de Dieu dans les religions, par l'élimination des idolâtries; rappel de la loi à l'ordie, par l'abolition de la peine de mort ( rappel du peuple à la souveraineté, par le suffrage universel renseigné ; rappel de l'égalité, par l'enseignement gratuit et obligatoire ; rappel de la liberté par le réveil de la Fiance ; rappel de la lumière par le cri : Fiat jus !
Vous dites: Voilà notre tâche; moi je dis: Voilé votre œuvre.
Cette œuvre, vous l'avez déjà faite, soit comme journalistes, soit comme poètes; dans le pamphlet, admirable mode de combat, dans le livre, au théâtre, partout, toujours ; vous l'avez faite d'accord et de front avec tous les grands esprits de ce grand siècle. Aujourd'hui vous la reprenez. Ce journal au point, le Rappel, ce sera un journal lumineux et acéré ; tantôt épée, tantôt rayon. Vous allez combattre en riant. Moi, vieux et triste, j'applaudis.
Courage donc, et en avant. Le rire, quelle puissance !
Mes amis, et vous mes fils, allez. Combattez votre vaillant combat. Combattez-le sans moi et avec moi. Sans moi, car ma vieille plume guerroyante ne sera pas parmi les vôtres ; avec moi car mon âme y sera ! Allez, faites, vivez, luttez ! naviguez intrépidement vers votre pôle imperturbable, la liberté ; mais tournez les écueils. Il y en a. Désormais, j'aurai dans ma solitude, pour mettre de la lumière dans mes vieux songes, cette perspective : le rappel triomphant. Le rappel battu, cela peut se rêver aussi.
Je ne reprendrai plus la parole dans ce journal que j'aime, et, à partir de demain, je ne suis plus que votre lecteur. Lecteur mélancolique et attendri. Vous serez sur la brèche et moi sur la mienne. Du reste, je ne suis plus guère bon qu'à vivre tête à tête avec l'Océan, vieux homme tranquille et inquiet : tranquille, parce que je suis au fond du précipice ; inquiet, parce que mon pays peut y tomber. J'ai pour spectacle ce drame : l'écume insultant le rocher. Je me laisse distraire des grandeurs impériales et royales par la grandeur de la nature. Qu'importe un solitaire de plus ou de moins ! les peuples vont à leurs destinées. Pas de dénouement qui ne soit précédé d'une gestation. Les années font leur travail de maturation, et tout est prêt. Quant à moi, pendant qu'à l'occasion de sa noce d'or l'Eglise couronne le pape, j'émiette sur mon toit du pain aux petits oiseaux, ne me souciant d'aucun couronnement, pas même d'un couronnement d'édifice.
Ces amis, auxquels Victor Hugo souhaitait la bienvenue, la réussite, se nommaient Henri Rochefort, Auguste Vacquerie, Paul Meurice, et à ce triumvirat d'éminents écrivains se joignaient les fils du grand poète, François-Victor et Charles Hugo.
Henri Rochefort devait faire trois articles par semaine et recevoir deux mille cinq cents francs par mois. On ne doute pas, par la mise en vedette de ces noms si chers à la démocratie parisienne, de la tendresse que ressentit tout de suite, à l'inspection seule des affiches apposées sur les murs de la capitale, l'administration bonapartiste à l'endroit du nouvel organe créé !
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Dans le second numéro «lu Rappel, sous ce titre: CHRONIQUE DE PARTOUT, le pamphlétaire constatait de la façon suivante, pleine d'un fin persifflage, les douceurs de l'impérialisme, « l'âge d'or de la presse », comme il l'appelait souvent.
Ressaisir le galoubet de la chronique au milieu des déchirements électoraux et sous le feu même de l'artillerie que les candidats braquent les uns sur les autres, c'est courir à une chute certaine. Imaginezvous l'effet qu'aurait produit un chanteur passé de mode, venant au plus fort de la bataille de Waterloo roucoulei sur le plateau du Mont-Saint-Jean :
Petite fleur des bois Toujours, toujours cachée...
et vous aurez un spécimen du succès qui attend ma prose faisant sa rentrée dans la bonne ville de Paris.
L'administration, au seul aspect de mon nom sur les affiches du Rappel, ne s'en est pas moins hâtée de nous interdire la vente sur la voie publique, sans même s'informer du plus ou moins de pureté de mes intentions.
De sorte que si pendant les huit mois que j'ai passés à l'étranger, j'étais devenu conservateur et rouheriste, j'aurais toutes les peines du monde à en informer le public
Le Rappel s'engage donc à ne pas abuser de cette liberté momentanée, qui débute pour lui par la suppression des kiosques. Nous remettons notre bonheur au 23 mai, convaincus que les électeurs de 1869 amè-
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lieront d'heureuses modifications. A moins que, comme celles de 1863, elles n'amènent rien du tout.
Ce jour-là aussi, on s'embrassait dans les rues, à la nouvelle que les neuf opposants de Paris avaient passé comme une lettre à la poste, ou mieux plutôt qu'une lettre à la poste, car celles que j'y ai jetées depuis huit mois sont pour la plupart restées dans la boîte.
Eh bien! il faut avoir le courage de le dire, nos accolades étaient prématurées. Voilà douze ans que l'opposition nous abreuve d'éloquence et nous sommes au lendemain du coup d'État.
En fait d'acharnement contre l'Empire, Rochefort, on le voit, était demeuré « incorrigible ». Mais, selon nous, cet article, que nous avons tenu à citer presque en entier, ne renferme plus seulement les coups de stylet habituels à l'adresse de l'empereur et de ces mameluks, le dernier paragraphe décèle des tendances nouvelles, qu'il est curieux et important de souligner : Les attaques premières et pleines d'amertume contre les revenants traîtres de 18-48, qui ne songent qu'à des résistances tranquilles et qui depuis dix-huit ans, trompent la confiance que le peuple a placée en leur courage, en leurs principes, et vivent grassement de leur inoffensive opposition.
Cette récente allure du pamphlétaire est due assurément et fort heureusement pour la République au contact des dignes et courageux proscrits qu'il a fréquentés à Bruxelles, dont il a pu appré-
oier le mérite, embrasser les ardentes, convictions et conquérir l'amitié précieuse.
Lors de son séjour daus la maison de Victor Hugo, Henri Rpchefort avait partagé tes joies, vives comme les épreuves rudes de la famille. 11 avait tenu sur les fouis baptismaux le petit Georges, le petit-fils de l'immortel auteur de A-.ttrc- Uame-de-Paris et avait reçu dans ses bras la compagne dévouée du grand poète expirante rendant le soupir. 11 avait vu en cet exil le rire d'un nouveau-né et le râle d'une moribonde.
Mme Hugo souffrait depuis longtemps d'une maladie de cœur, lorsqu'une après midi Victor- Henri étant entré dans sa chambre pour la saluer, la malade se souleva du fauteuil où elle était assise (pendant plusieurs mois i\lme Hugo ne se coucha pas et demeura des nuits entières assise ou debout); elle tendait la main au jeune commensal de la maison, quand saisie par une crise elle tituba, perdit connaissance et tomba morte dans les bras du visiteur.
Mmc Hugo devait être inhumée à Villequier et lorsqu'elle eut été placée dans le linceul, on transporta son corps dans le wagon qui devait la mener au champ du repos éternel. Des mains amies avaient veillé aux préparatifs du départ, et ce fut dans un wagon jonche de feuillages et de fleurs, que la défunte fit le trajet de Bruxelles en Normandie.
Victor Hugo, Charles. François-Victor et Henri
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Rocliefort accompagneront la morte jusqu'à là frontière, à Mons, croyons-nous. Les proscrits durent s'arrêter là, empêchés sous peine d'emprisonnement ou de déportation à Cayenne, de poursuivre la route commencée. Ce fut une des circonstances où l'exil leur apparut avec ses plus âpres douleurs. Ils saluèrent Une dernière fois la dépouille mortelle de l'estimable femme dont la terre française, le sol de la patrie aimée allait recevoir les tristes restes, et, le cœur brisé, ils reprirent le chemin de la place des Barricades.
Cependant le doux bégaiement d'un enfant au maillot devait être le palliatif de cette douleur immense. Charles Hugo, nous l'avons dit, venait d'avoir un fils. La peine a le don particulier de développer les effusions de là tendresse. Tout gravita désormais autour de ce frêle berceau. On résolut de baptiser l'enfant et on demanda à Henri Rochefort, qui y consentit immédiatement, d'accepter le parrainage. La marraine fut Mmc Jules Simon. Mme Charles Hugo était demeurée très-jeune orpheline et c'était Mme Jules Simon qui se chargea de son éducation. La femme de l'ancien ministre de M. de Mac-Mahon était, d'ailleurs, à cette époque d'une violence d'opinion qui a dû se bien calmer depuis dans les salons de la Présidence et du ministère.
Les discussions politiques auxquelles Rochefort prenait part à dater de la création de la Lanterne
l'avaient mis déjà au premier plan. « En s'attachant
« à ruiner pur l'esprit, par l'ironie, un gouverne- « ment qu'on n'avait jamais combattu jusqu'alors « qu'avec la plus extrême prudence et qui avait « terrifié les plus intrépides, l'ex-chroniqueur du « Figaro était devenu un personnage politique « représentant l'opposition la plus progressive, la « plus irréconciliable. »
Des élections générales ayant eu lieu en 1869, un comité radical de la septième circonscription de Paris offrit la candidature législative au pamphlétaire.
Cette attitude était toute indiquée et depuis le jour de l'ouverture de la campagne électorale un courant d'idées d'opposition formidable la faisait prévoir.
« Nous cherchons, nous notons, en spectateurs « et en témoins, non pas calmes assurément, « mais sincères, toutes les manifestations et tous « les symptômes de cette agitation salutaire et <.< fiévreuse, écrivait M. Paul Meurice le 8 mai « 1869 dans un article du Rappel intitulé : VAgi- « tation dans Paris.
« Parmi les noms des candidats de l'opposition « et de la démocratie, trois noms surtout ont le don « d'attirer et d'émouvoir la ville en ébullition.
« Trois noms nouveaux, les plus en vue, les « plus attractifs sur l'affiche du grand spectacle « que Paris nous donne, ce sont ceux de : Gam-
« betta, Rochefort, Bancol. C'est d'eux qu'on se « préoccupe et qu'on s'inquiète ; ils sont, ces « noms, dans toutes les bouches et dans toutes « les pensées. »
Dans une réunion delà septième circonscription, M. Limousin, président, annonça que Rochefort acceptait la candidature, et émit, aux applaudissements de l'assistance fort nombreuse, le vœu qu'un mandataire officiel se présentât dans les réunions au nom de l'éminent proscrit.
Les acclamations redoublèrent quand le président ajouta :
« Henri Rochefort sera bientôt représenté à Paris par des amis éloquents et considérés, nous en avons la ferme conviction. D'ailleurs Rochefort parlera lui-même, il parlera en écrivant ! »
Le même jour, un groupe important d'étudiants avait communiqué aux journaux républicains, en les priant de vouloir bien l'insérer, ce que ceux-ci s'empressèrent de faire, l'adresse suivante :
Citoyens étudiants,
Un grand nombre d'entre nous ont offert la candidature à un des spirituels enfants de Paris, à celui qui rallumait naguère, pour éclairer les hontes et les douleurs de notre époque, la Lanterne de Diogène et de Camille Desmoulins, au comte Henri Rochefort de Luçay, au citoyen Henri Rochefort. Le vaillant pamphlétaire a accepté. Il est inutile, citoyens étudiants, de vous parler du talent de Rochefort : vous avez tous lu
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la Lanterne. Il est inutile de vous parler de son chevaleresque et sympathique caractère. Les insultes de certaine agents « inflexibles » l'ont loué mieux que tous les panégyriques.
Personne mieux que lui ne représentera notre haine de l'oppression, notre amour de la liberté.
Elevée des Écoles de Pans, votons pour Henri Rochefort. — Lecteurs de la Lanterne, récompensons-le de son courage.
NOUS COMPOSONS UN TRIBUNAL SANS APPEL. Changeons ses vingt-deux mois de Sainte- Pélagie en six ans de Corps législatif.
Suivent les signatures.
Voici maintenant la profession de foi du candidat :"
Citoyens,
Si je me présente à vos suffrages, c'est qu'à mon avis la France a besoin d'hommes nouveaux qui exigent ce qu'on n'ose nous refuser.
Je n'ai pour me recommander à votre choix que mon inébranlable résolution de combattre. Ceux d'entre vous qui ont suivi, dès son début, l'agitation qui se manifeste aujourd'hui, savent que je n'ai pas reculé lorsque, l'année derrière, à pareille époque, j'ai fondé la Lanterne. La lettre du 19 janvier nous avait annoncé la liberté de la presse. Je l'ai attendue naïvement ; elle n'est pas venue, alors je l'ai prise.
Si je suis allé à l'étranger, c'est uniquement pour continuer mon œuvre. Mais ce que j'ai écrit à Paris au milieu des persécutions et des haines, je le dirai à la tribune législative, sans ménagements et sans fai-
blesse, ayant en plus l'autorité que me donnera un mandat émanant du grand peuple de Paris.
L'heure est venue de démasquer ces augures irresponsables qui ne peuvent se regarder sans rire, lorsque nous autres, hélas ! nous ne pouvons nous regarder sans pleurer.
La France ne sortira de son sommeil maladif qu'à la suite d'une crise salutaire. Je suis de ceux qui sont déterminés à la provoquer.
En dehors des modifications politiques les réformes sociales s'imposent avec plus d'urgence encore. Démocrate et socialiste, j'appuierai énergiquement tous ceux dont les efforts tendront à augmenter le bien-être des travailleurs, tout en diminuant la durée parfois douloureuse de son continuel labeur.
Le travail doit être constitué de façon à développer les intelligences et non à les obscurcir. Chose bien simple, et que cependant personne n'a encore pu obtenir, je demande que, pour arriver à vivre, l'ouvrier, et surtout l'ouvrière, ne soient pas dans l'obligation de se tuer.
Candidat radical, 9 mai 1869.
« Nous nous trompons bien, s'écriait encore « M. Meurice, en commentant avec un grand sens « politique cette déclaration de Henri Rochefort « aux électeurs, si cette profession de foi vive, « nette, acérée, frémissante, douloureuse, n'at- « teint pas son but et ne frappe pas les esprits, « dans la minute ardente où nous sommes.
« Elle est comme une lettre qui ressemble à la
« fois à celui qui l'écrit et à celui à qui elle est « adressée.
« Cette profession de foi irritée et attendrie, « pleine de rage et pleine d'amour, elle est tout le « cœur de Rochefort, elle va droit au cœur du « peuple de Paris.
« Elle est bien ce qu'on pense, ce qu'on souffre « en présence de la situation qui est faite à la « France, ou, si on l'aime mieux, que la France <c s'est faite.
« Le peuple sait ce qu'il veut et il ne peut pas « ce qu'il veut. Rien de plus tragique.
« Le peuple a la conscience de sa puissance et « de sa force, et il s'est lié les mains, ce Samson. « Le peuple connaît son titre et son droit, et il « s'est donné des maîtres, ce souverain.
« En ce moment, il l'a, sa souveraineté, il la « touche, il la tient, on la lui met dans les mains...
« Mais quoi ! dans ses mains toujours liées.
« De là cette colère fébrile, mêlée à sa profonde « angoisse.
« Angoisse, colère, c'est là toute la lettre de « Henri Rochefort à ses lecteurs. Son angoisse, « l'exil lui a donné, ce nous semble, un accent plus « touchant et plus grave. Les étudiants, les ou- « vriers aimeront à retrouver cette pitié plus émue « sous l'ironie de son talent nerveux.
« Sa colère, elle appelle, elle veut l'action. « L'action et la politique sont deux. Rochefort
« n'est peut-être pas un politique. Il néglige les « moyens, il voit le but. Je ne sais s'il pourrait « faire un discours, mais je réponds qu'à un mo- « ment donné il dira mot. »
M. Paul Meurice avait raison. Rochefort ne devait pas, dans les diverses assemblées dont il fut membre, disputer la palme aux inutiles discoureurs, mais les quelques paroles acerbes, bien en situation, qu'il prononça, — le « mot » enfin, dont M. Meurice se portait garant — furent dites, à maintes reprises, par l'éminent député, et resteront, mieux que les longues tirades, dans l'esprit du peuple.
Le représentant de Henri Rochefort à Paris, celui qui se chargea de conduire la campagne électorale en sa faveur et de parler pour l'absent fut un jeune avocat de mérite, M. Delattre, aujourd'hui membre du conseil municipal parisien.
Au lendemain de la proposition présentée par M. Limousin dans la réunion préparatoire que nous avons déjà signalée, M. Delattre avait écrit au pamphlétaire et lui avait offert ses services. Rochefort répondit affirmativement, en remerciant cet ami zélé de son affectueux dévouement.
Les paroles de M. Delattre étaient accueillies partout avec des transports enthousiastes.
Lorsque l'on songe à l'affollement dans lequel la possibilité de la nomination de l'auteur de la Lanterne avait plongé la cour impériale, on se de-