‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 11 sur 278 · R. 0. Augm. office Mise. Book 245, pp · texte numérisé non relu

R. 0. Augm. office Mise. Book 245, pp

3. Le chanoine Dixon (I^'' volume, p. 365), dit : « Trois cent soixanleseize petits monastères furent frappés par le nouvel acte et furent dissous. Sur ceux-là, trente et un furent rétablis pour un temps illimité au mois d'août de cette année et subsistèrent encore un an ou deux. » Il suit ici, pour le nombre, les données de Burnet, qui déclare qu'il y eut « en tout trenteetune maisons » ainsi rétablies. Les noms des 52 autres se trouvent dans l'appendice du présent volume. Le trésorier de la Cour d'Accroissement enregistre des sommes d'argent, reçues à titre « d'amendes », de 33 maisons, et 19 autres, non compris Bisham, sont inscrites sur les Rôles des Patentes. Les dates des différentes donations montreront que toutes ne furent pas rétablies au mois d'août. Stevens (« Monasticon », II, Appendice) a publié un document original qui contient les noms des petits monastères qui échappèrent à une

Les frais qu'elles eurent à supporter, il est vrai, pesèrent lourdement sur leurs épaules, comme sur celles de leurs amis, car elles furent finalement supprimées avant d'avoir pu rendre les sommes empruntées pour acheter cette faveur à leur fondateur royal. En argent comptant, le trésorier de la Cour d'Accroissement reconnaît avoir reçu de trente-trois de ces monastères environ 5.948 livres 6 schellings 8 pence, près de 60.000 livres de notre monnaie, « en paiement partiel des diverses sommes d'argent dues au roi, comme redevances ou par suite de composition, pour la tolérance et continuation desdits monastères ». Le même sir Thomas Pope ajoute ingénument qu'il n'a pas compté les arrérages dus sur ce chapitre, « puisque tous lesdits monastères ont été remis de plein gré entre les mains du roi avant que les comptes fussent clos, ou bien ont été affectés, par décret du Parlement, à l'augmentation des revenus royaux. Pour ce motif donc, le roi leur a fait remise de toutes les sommes d'argent qui lui sont encore dues comme reliquat de leur dette pour sa tolérance royale ».

Les sommes versées par les maisons rétablies varient entre les 400 livres données par les deux monastères de Polleshoe, dans le Devon, et d'Albaland, dans le diocèse de Saint-David, et les 20 livres fournies par les Chartreux de Sainte-Anne, à Coventry : les deux premiers payèrent près de trois fois leur

destruction immédiate, qui spécifie les personnes auxquelles le roi avait fait des donations antérieurement, et qui indique les maisons rétablies au moment où le document fut rédigé. Il paraît, si l'on s'en rapporte à ce dernier, que le nombre de toutes les maisons ayant obtenu un sursis s'élevait à 123. Quarante-six avaient déjà été rétablies, cinq étaient encore dans une situation indécise, et sur cet ensemble de 51 maisons, il n'y en avait pas moins de 33 qu'on avait promis de céder à différents particuliers .

revenu annuel en échange d'un acte d'établissement « à perpétuité » (1), acte revêtu du grand sceau et enregistré dans les Rôles des Patentes. Tous ces paiements en espèces n'empêchèrent pas Henri VIII, dans plus d'une circonstance, de s'offrir les châteaux qui faisaient partie des domaines monastiques et, après avoir ainsi amoindri les ressources de maisons déjà pauvres, il les rétablissait pour une perpétuité dont la durée variait avec ses fantaisies royales. Ainsi le couvent de Sainte-Marie, à Winchester, qui, suivant le « Valor Ecclesiasticus », possédait un revenu net de 179 livres 7 schellings 2 pence, non seulement paya, une redevance de 333 livres 6 schellings 8 pence, mais fut rétabli avec perte de ses plus riches propriétés.

Il est bon de remarquer que plusieurs des monastères ainsi rétablis étaient du nombre de ceux que diffamèrent Lay ton et Legh dans leurs « comperta », et, en plus d'une circonstance, le supérieur qu'ils avaient incriminé fut maintenu à son poste lors de la nouvelle fondation. Outre les sommes qu'ils payèrent au roi pour obte^nir le privilège de continuer à subsister, il n'est guère douteux qu'à une époque où les influences s'achetaient^ les religieux ne fussent forcés d'offrir des pots-de-vin aux fonctionnaires rapaces d'Henri YIII (2). Nous citerons un exemple pour montrer l'état de gêne auquel nombre de monastères étaient réduits par suite de ces exactions. Le couvent de femmes de Stixwold, dans le Lincolnshire, écrivit

1. Voy « Rot. Pat. », 28, Henr. VIII, pars I, II, IV, V, et 29,Henr. VIII, I, II, IV, V.

2. Burnet dit ceci : « Vraisemblablement, c'est par quelques présents aux commissaires ou à Crumwell que ces maisons survécurent à la ruine. Je découvre, en effet, un grand trafic de pots-de-vin en ce temps-là : ce dont il ne faut pas s'étonner, puisqu'il y avait tant à partager. *

à Heneage, visiteur du roi, pour implorer sa bienveillance.

« Très honorable Monsieur, disaient les religieuses, nous nous recommandons humblement à vous, comme de pauvres femmes qui prient tous les jours pour vous, et vous faisons savoir que, par la bonté de milord le Garde du Petit Sceau, par son seul intermédiaire et ses sollicitations auprès de Sa Majesté le roi, notre maison est encore debout et paye à Sa Majesté une redevance de neuf cents marcs (1)^ outre nos prémices^ qui sont de 1 50 livres, ainsi qu'une rente perpétuelle de 34 livres par an. Bon Monsieur Heneage, nous vous implorons et supplions très humblement de vous entremettre auprès de milord le Garde du Petit Sceau pour qu'il veuille bien solliciter Sa Majesté de nous faire remise et grâce de ladite rente de 34 livres par an; sans cela nous ne pourrons jamais vivre ni payer au roi la somme susdite. Nous sommes dix-huit religieuses et une sœur dans la maison, outre les employés et serviteurs, au nombre de cinquante en tout. Et nos animaux de ferme et notre bétail, ce sur quoi nous comptions pour vivre, ont été abandonnés par nous depuis un an déjà. Et si, par la bienveillance de milord le Garde du Petit Sceau et la vôtre, nous pouvons être dispensées de ladite rente annuelle, nous aurons soin de vivre pauvrement, et de servir Dieu, et de prier journellement pour Sa Majesté le roi, pour milord le Garde du Petit Sceau et pour vous pendant toute notre existence. Et si, à votre avis, nous ne pouvons obtenir remise de ladite rente, nous devrons de toute nécessité, car il nous serait impossible de payer et de ver-

1. Le trésorier de la Cour d'Accroissement n'accusa qu'une recette de 21 livres 13 schellings 4 pence.

ser les sommes dues par nous, abandonner notre maison entre les mains de Sa Majesté : ce qui serait grand dommage, plaise à Dieu et au roi d'en ordonner autrement !

Œ A Stix-wold, le huitième jour de janvier.

« De la part de vos humbles sei^vantes qui prient pour vous.

« Le couvent tout entier de Stixwold » (1).

Il est difficile de calculer exactement le nombre des maisons qui tombèrent au pouvoir du roi grâce à cet acte de dissolution. On a indiqué divers nombres, mais on s'appuie ordinairement sur l'autorité de Stowe, qui dit que « le nombre des maisons alors supprimées fut de 376^ les revenus de leurs terres étant alors de 32.000 livres par an. » On n'accomplit pas toutes ces suppressions à la fois : les commissaires royaux s'y employèrent pendant plusieurs mois. Ce nombre ne peut donc avoir rapport qu'aux maisons religieuses ayant un revenu de 200 livres ou au-dessous : il est du reste suffisamment exact. La liste, dressée à cette époque, « des monastères anglais avec revenus annuels inférieurs à 200 livres », donne comme chiffre 362 (2), mais dans ce nombre sont comprises les « filiales », qui appartenaient aux grandes abbayes, et les noms de

1. Strype, « Ecc. Mems. », éd. l882, p. 395. Le privilège autorisant la continuation de Stixwold est daté du 9 juillet de la 29^ année du règne d'Henri VIII (1587). « Rot. Pat. », 29, Henri YIII, I" partie, m. 29. Lalettre citée plus haut démontre que le royal fondateur exigeait une somme beaucoup plus considérable que celle accusée sur les rôles du trésorier de la Cour d'Accroissement.

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