‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 119 sur 278 · Pensions en nature · texte numérisé non relu

Pensions en nature

religieuse ou de sœur converse, pour de l'argent ou pour tout autre plaisir et avantage, en vertu d'un pacte conclu à cet effet. Car de telles admissions sont damnables et ne sont que pure simonie. Néanmoins, nous ne défendons pas à la prieure d'accepter toute chose donnée ou offerte par dévotion au couvent le jour où telle ou telle y est admise comme sœur, pourvu que l'objet soit donné librement, sans convention, ni marché, ni pacte intéressés.

« En outre, le sceau de la communauté sera protégé, suivant la coutume, par trois serrures. De plus^ personne ne sera blâmé ou réprimandé pour des injonctions faites lors de la visite et ne révélera rien de ce qui se passe au chapitre à qui que ce soit, séculier ou religieux.

« En outre, nous commandons, etc.. ^ sous peine de plus grande excommunication, à toutes et à chacune des religieuses de ne point sortir de la maison sans autorisation de la prieure. Et aussi, nous enjoignons à ladite prieure (et l'exhortons à nous obéir) de ne plus autoriser désormais aucune de ses sœurs à sortir de la maison, à moins que ce ne soit pour être utile au monastère, ou pour aller voir ses père et mère, ou autres proches parents, si la prieure n'y trouve pas d'inconvénient ; et alors, la prieure désignera pour accompagner celle-là une sœur discrète et sure, et elle leur fixera l'heure du retour, afin qu'elles ne restent pas trop longtemps hors de la maison. »

L'archevêque rappelle ensuite la règle d'après laquelle la comptabilité du couvent doit être, une fois par an, expliquée en présence de toutes les sœurs ou, au moins, « devant la plupart des religieuses les plus anciennes, les plus sages et discrètes ».

« En outre, continue l'archevêque, nous enjoignons.., sous peine d'excommunication, à la prieure et à toutes ses religieuses, de ne point s'absenter de l'office divin, sous aucun prétexte, à moins qu'elles ne soient malades ou absentes de la maison pour un juste motif, ou autrement empêchées par les affaires de la maison : en quoi nous commandons à la prieure^ sur sa conscience, d'observer elle-même ces injonctions et de les faire observer par ses sœurs; et celles qui les enfreindront doivent être punies de telle sorte que les autres auront peur de commettre la même offense.

« En outre, nous enjoignons à la susdite prieure de veiller à ce que les religieuses de la susdite maison aient assez à manger et à boire aux heures convenables, c'est-à-dire que leur dîner devra être prêt à onze heures ou peu après, et leur souper à cinq heures ou peu après.

« En outre, ainsi finit le document, afin que les injonctions ci-dessus soient davantage présentes à l'esprit et que les punitions méritées par leur infraction et violation soient évitées, nous commandons à ladite prieure, au nom de l'obéissance^ qu'elle ordonne la lecture de ces injonctions au moins une fois par mois, dans la salle du chapitre, en présence de toutes ses sœurs. »

Ces injonctions furent signifiées alors à plus d'un couvent du Yorkshire. Nous pouvons glaner plusieurs autres détails de mince importance, mais intéressants, dans le même registre épiscopal. On devait se garder avec soin de tout ce qui eût pu ressembler à une préférence dans le traitement des sœurs. On s'efforçait autant que possible d'atteindre à l'idéal de la «vie commune ». La prieure et les sœurs de Nunappleton, par

exemple, sont exhortées à « manger le même pain et à prendre toutes la même boisson », de sorte qu'il n'y ait aucune différence entre la nourriture servie à la supérieure et celle de ses subordonnées.

La même prieure est engagée à ne pas recevoir de séculiers « dans la salle quand les sœurs sont à dîner ou à souper, excepté les femmes indispensables et accoutumées à les servir à table ». De plus, il ne devra « être mis sur la table commune, et à dîner et à souper, qu'autant de cuillers qu'il y aura de sœurs présentes. »Les trois dernières injonctionssont curieuses : « En outre, dit la première, nous enjoignons, etc., que les sœurs malades de cette maison soient gardées et soignées comme l'exigeront leur état et la nature de leur indisposition^ et que les viandes grossières qui ne sont pas bonnes pour des personnes souffrantes soient remplacées par une nourriture plus délicate pendant le temps de leur maladie.

« En outre, nous enjoignons, etc., à ladite prieure de se pourvoir d'une blanchisseuse pour faire laver les vêtements des sœurs suivant l'ancienne et louable coutume de cette maison. » Enfin, « nous enjoignons, etc.^ à la prieure de veiller à ce qu'on entretienne du feu dans la grand'salle depuis la fête de la Toussaint jusqu'au Vendredi-Saint, suivant l'ancienne et louable coutume. »

Le genre de vie des communautés devait être à peu près identique partout. Nombre de religieuses étaient issues des plus nobles familles. Elles nourrissaient avec le voisinage des rapports amicaux, étaient connues et aimées de tous. Ainsi qu'on a pu en juger par les extraits cités plus haut et empruntés aux registres du diocèse d'York, elles n'étaient pas astreintes

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à une austère retraite. Les sœurs, a-t-on dit à bon droit, « n'appartenaient pas au monde^ mais vivaient dans le monde pour y accomplir avec activité et intelligence une œuvre charitable : — pour élever, consoler, purifier et bénir (1). »

Il est inutile de parler des nombreux bienfaits que devait procurer à un pays la présence d'un couvent de dames anglaises éminentes par leur culture. Leur aimable enseignement était le premier que connussent les enfants pauvres, qui apprenaient d'elles les éléments de la religion et les pratiques de la foi catholique et qui, au milieu des peines et des tracas de l'existence, recouraient à elles comme à la source de tout sage conseil. Ce furent elles qui exercèrent, aux jours grossiers du moyen âge, l'influence civilisatrice la plus puissante, et c'est à elles qu'incombait la tâche de soigner les malades et d'adoucir pour l'âme chrétienne le passage de ce monde à l'éternité.

Beaucoup des membres du clergé séculier d'Angleterre étaient redevables de leur position à la générosité de ces religieuses, comme en témoignent les « titres » à l'ordination inscrits sur les registres épiscopaux. De plus, il est prouvé que, grâce à leur libéralité et à leur abnégation, les rangs des ordres réguliers se grossissaient de nombreuses recrues. C'est dans les couvents que la partie féminine de la population, qu'il s'agît des riches ou des pauvres, trouvait ses

1. Ceux qui étudient la vie de communauté des couvents anglais, durant la période antérieure à la réforme, se rappelleront le portrait tracé par Chancer de la prieure, qui

« Était si charitable et si compatissante, Et n'était que conscience et tendre cœur. »

seules éducatrices (1). Aussi, la destruction de ces établissements religieux par Henri VIII mit fin pour une longue période à toute éducation systématique des femmes. La liste des dames élevées, à l'époque de la suppression, entre les murs du couvent de Winchester, prouve que les Bénédictines de cette maison instruisaient les enfants des premières familles du comté (2). Le couvent de Carrow, dans le comté de Norfolk, reçut comme élèves pendant plusieurs siècles les filles des gens de condition du pays, et, dès l'année 1273, le pape Grégoire X défendait aux nobles d'encombrer ce monastère au point que ses revenus ne suffisaient plus pour entretenir toutes les sœurs (3). De même, d'après le témoignage de Robert Aske,les habitants du Yorkshire étaient fort hostiles au projet de suppression parce que,« dans les couvents, leurs filles étaient élevées vertueusement (4). »

Les déclarations des commissaires royaux sur le bien que faisait le couvent de Pollesworth^ dans le comté de Warwick, valent la peine d'être citées en entier. 11 est bon de dire, avant tout, que les Bénédictines de ce prieuré ne possédaient qu'un revenu annuel de 87 livres, et qu'elles avaient déjà versé au roi, pour obtenir la permission de continuer à vivre

1 . Les « Contes de Ca ntorbéry » nous décrivent le meunier de Trompington à la fois comme étant à son aise et comme bien marié :

« Il avait une épouse issue de noble lignée; Elle avait été élevée en un couvent...

Aussi, personne ne l'osait appeler que Madame, Tant à cause de sa parenté que de l'éducation Qu'elle avait reçue au couvent. »

(Conte duBaUli),

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