Burnet, !••« édition, 1, p
Le mardi 4 novembre 1539, le D' London, ce vaillant commissaire, entrait à l'abbaye pour en chasser les religieuses et saisir les biens au nom du roi. Le jour suivant, Catherine Bulkeley, l'abbesse, écrivit à Crumwell une lettre qui implorait sa protection. Elle avait été, dit-elle, « nommée à ce poste par son entremise, et n'avait jamais jusqu'alors été sollicitée ou pressée. . . de livrer et de céder le couvent. » Elle fera ce que le roi lui ordonne; mais elle ajoute : « J'affirme devant Dieu que je n'ai jamais commis contre les lois de Dieu ni celles du roi d'offenses pour lesquelles ce pauvre monastère mériterait d'être supprimé. Malgré cela, Mylord, il est advenu que le D' London, qui. Votre Seigneurie le sait bien, était hostile à ma nomination, et qui, devenu mon ennemi mortel, a toujours gardé beaucoup de ressentiment et de rancune envers moi, s'est tout à coup présenté ici avec une grande foule de gens, et il me menace, moi et mes sœurs, disant que j'aurai beau montrer les dents..., qu'il a une commission du roi pour supprimer la maison. Et quand il a vu que je consentais à le laisser pleinement agir selon ses ordres, et qu'il a compris que jamais je ne me rendrais à lui, mon ennemi de longue date, il a commencé de me supplier avec instance et d'enjôler mes sœurs l'une après l'autre comme je n'ai jamais entendu dire qu'on en ait usé avec les sujets du roi. Et il s'attarde encore ici, me causant de grands frais et dépenses, et il ne veut pas accepter ma réponse, à savoir que je ne céderai point avant de connaître la gracieuse décision du roi ou celle de Votre bienveillante Seigneurie. »
Elle ajoute qu'elle se conformera au désir du roi, mais qu'il n'est pas exact qu'elle ait gaspillé les biens
du couvent, comme le D' London l'avait raconté à Crumwell (1).
London, dans une lettre écrite le lendemain de ce jour, informe tout d'abord son maître que l'abbesse a vu son arrivée « avec une certaine tristesse »; ensuite, qu'en attendant une réponse, il médite de « s'instruire plus mûrement de l'état de la maison ». Et, si le roi persiste à vouloir dissoudre le couvent, « malgré les prières de l'abbesse, laquelle réclame un papier où soient exposées les considérations qui poussent Sa Majesté, afin de réformer les abus, à exiger l'abandon du monastère », il demande que les religieuses reçoivent des pensions suffisantes. L'abbesse, en effet, a du emprunter l'argent nécessaire au paiement des « prémices », beaucoup de sœurs sont âgées et « il yen a peu, parmi les autres, qui aient des amis (2) ».
Crumwell envoya l'ordre de ne plus s'occuper de cette maison pour l'instant. Aussi, le 26 novembre, l'abbesse lui écrivit-elle pour le remercier « d'avoir arrêté le D' London, qui était ici, prêt à supprimer cette pauvre maison contre mon gré et contre celui de toutes mes sœurs, et il l'eût fait, en vérité, si vous n'aviez expédié avec une telle promptitude des injonctions contraires ». Elle ajoute que, conformément à de nouveaux ordres, elle a livré les « domaines et le mobilier de ferme » à « M. le D' Owen »^ et qu'elle est disposée à toutes les concessions, pourvu que son couvent soit épargné. Elle assure même à son maître que « croyance au pape, et au purgatoire, images, pèlerinages, prières aux saints n'est point en honneur » dans sa communauté, laquelle n'est pas