Éd. 1683, p
provint des terres qui appartenaient aux monastères du Yorkshire, et une proportion presque égale, à savoir 3.062 livres 8 schellings 0 penny 1/2, des terres du Lincolnshire. On verra plus loin combien les espérances de gros bénéfices annuels qu'on avait fondées sur les domaines confisqués étaient illusoires et comment, malgré les efforts des fermiers de la Couronne pour pressurer leurs tenanciers^ les terres des religieux rapportèrent au roi moins d'argent qu'elles n'en produisaient sous la surveillance personnelle et la gestion économe des anciens propriétaires.
Quant aux dépouilles des maisons religieuses, qui consistaient en argent, en pièces d'orfèvrerie et joyaux, qu'on expédia tels quels au trésor royal, et quant au produit de la vente du plomb, des cloches, des animaux de ferme, de l'ameublement et même des bâtiments, il est clair que lord Herbert, suivant ici l'estimation faite par Stowe de ces « petits profits de Robin Hood » (1), a exagéré les sommes reçues. Ces biens, cela est incontestable, valaient plus de 100.000 livres, montant de l'estimation; mais, comme on le verra dans la suite, le trésor royal fut loin d'encaisser une pareille somme, ou du moins sir Thomas Pope n'en accusa jamais la provenance. Sans nul doute, la corruption s'était glissée partout; elle allait du plus petit serviteur du commissaire royal au plus haut fonctionnaire de la Cour d'Accroissement, que ses gros honoraires auraient dû mettre au-dessus du soupçon de malhonnêteté. Mais, tout en tenant compte des
1. Allusion au proverbe anglais : « To sell Robin Hood' s pennyworth », vendre une chose à un prix dérisoire, comme faisait Robin Hood, le célèbre « outlaw », pour se débarrasser des objets dont il soulageait à peu de frais les voyageurs (Note du trad.)
innombrables moyens par lesquels on pouvait voler le trésor royal, il semble, à en juger d'après les sommes mesquines réalisées par la vente des effets monastiques, que la moyenne de 260 ou 270 livres par maison serait fort exagérée.
Antérieurement à l'adoption de cet acte qui autorisait la suppression en bloc, un petit nombre de maisons étaient déjà tombées entre les mains du roi. Malgré leur petit nombre, on n'en crut pas moins nécessaire de couvrir ces illégalités par l'introduction d'une clause rétroactive dans la loi. Sept maisons environ paraissent avoir été ainsi dissoutes avant la rentrée du Parlement. Trois d'entre elles, celles de Langdon, de Folkestone et de Douvres, avaient été sécularisées dès le mois de novembre de l'année précédente, 1535, et le motif de la cession, tel que le donne le « Close Roll » (Rôle des Fermetures), fut qu'elles étaient chargées de dettes (1) et se trouvaient, dès lors^ dans l'impossibilité de subsister plus longtemps. Pendant leur tournée d'inspection dans le nord^ au mois de février, Layton et Legh provoquèrent l'abandon de deux monastères du Yorkshire. Le 7 de ce mois-là, le D' Layton écrivait à Crumwell, d'York: « Ce jour-ci, septième de février, j'ai vu l'archevêque, à qui j'ai remis vos lettres, et il m'a chargé d'une lettre pour vous où il vous demande de nommer votre clerc à la prébende du moine. Aujourd'hui j'aurais été à Fountains faire l'élection si je ne m'étais attardé à York pour tâcher d'amener un chanoine débauché et son troupeau, si c'est possible, à abandonner leur maison, dont les bonnes terres rapportent 140 livres,
i. « Rot, Claus », 27, Henr. VIII, pars I, 27, 28, 29.
sur lesquelles il n'y a que 40 maros de dîmes ecclésiastiques. Il y a longtemps, ajoute-t-il, que je serais venu à bout de cette afîaire, sans un petit coquin de la ville, « rebut » des tribunaux et « poursuivant » de Westminster Hall » (1). Cette maison dont Layton convoitait la possession et contre laquelle ses plans faillirent échouer du fait du « petit coquin » , c'était Marton, prieuré de chanoines de Saint-Augustin, près d'York. Deuxjoursplustard,lesdésirsdeLaytonfurentsatisfaits et il reçut l'acte de cession du monastère. Quelques jours plus tard encore, lui et le D"" Legh voyaient le prieuré de Hornby, dans le Lancashire^ se remettre entre leurs mains. Ce prieuré était pauvre : il dut même emprunter le sceau d'une abbaye voisine pour sceller sa propre condamnation (2). Deux autres monastères dans le sud de l'Angleterre, Bilsington,dans le comté de Kent, et Tiltey, dans l'Essex, tous deux surchargés de dettes, complètent la liste des maisons qui étaient tombées au pouvoir d'Henri avant que le Parlement eût ratifié la dissolution.
A l'égard de Tiltey, Richard Crumwell, qui en ordonna la dissolution, consentit à ce que l'abbé, John Palmer,et ses cinq frères ne quittassent pas leur asile pour le moment. Les serviteurs ne devaient pas être congédiés et l'abbé devait « continuer à entretenir sa mère, Agnès Lucas, veuve, ainsi que Thomas Ewen, personnes impotentes »; pour qu'il pût faire face à ces dépenses, Crumwell lui laissa soixante schellings. Les pièces d'orfèvrerie, qui consistaient en « une croix et un encensoir d'argent doré, une cassolette avec
1. « Calendar », X, 271 — Le « poursuivant » était un fonctionnaire peu ancien, destiné à parvenir à un emploi supérieur. (Note du tr ad.)