Rot. Claus >, 27, Henr. VIII, pars I
cuiller, une salière avec couvercle et 10 cuillers », furent emportées par le commissaire, à l'exception d'une demi-douzaine de cuillers qu'il laissa pour l'usage de l'abbé. L'ameublement de la maison est décrit comme assez mesquin, car celui du grand parloir ne se composait que de « 2 tables, 4 tréteaux, une chaise de bois tourné, 2 toiles peintes, 2 morceaux de vieille serge et 2 bancs de bois ». Mais il semble que leurs ornements d'église fussent plus somptueux que la pauvreté de l'établissement ne le laisserait supposer.
Il est impossible d'évaluer avec quelque exactitude le nombre des personnes atteintes par la dissolution des petits monastères. Outre les moines et religieuses qui furent chassés de leurs demeures et perdirent ainsi tout moyen de subsistance^ outre la foule de serviteurs, de travailleurs de ferme ou autres, à qui ces maisons fournissaient de la besogne et un gagne-pain, il devait y avoir un nombre immense de femmes et d'hommes dont l'existence matérielle était assurée par les monastères. Même en laissant entièrement de côté cette dernière catégorie, il est possible que Stowe n'exagère pas quand il estime que « 10.000 personnes, maîtres et serviteurs, perdirent leurs moyens d'existence, par suite de l'abolition de ces maisons à cette époque ». D'après les détails doùnés dans les rapports des commissaires royaux, nous savons que pour les vingt et une maisons religieuses dont les certificats, émanant des visiteurs, existent encore, il y avait une moyenne d'au moins huit membres dans chaque monastère et couvent^ et que chaque maison avait, en outre, à peu près vingt-sept personnes entièrement à sa charge. Si nous fixons le nombre des petits monastères
à 350 seulement, et la moyenne des membres à 6, nous verrons que plus de deux mille moines et religieuses furent dépouillés de leurs biens à cette époque. Par le même procédé de calcul, on se com^aincra que les monastères dissous fournissaient un gagne-pain à neuf ou dix mille personnes.
Le travail de destruction ne s'accomplit pas^ évidemment, sans d'ardentes protestations et sans bien des efforts pour détourner le roi de cette œuvre de désolation. Ainsi, à peine eut-on appris l'adoption de It*. loi, queCrumwell reçut des lettres de gens qui le sup-^ pliaient d'intervenir auprès d'Henri VIII pour préserver des maisons auxquelles ils s'intéressaient de manière spéciale. Sir Piers Edgecombe, par exemple, écrit ceci : « Il y a ici de nombreux bruits et rumeurs d'après lesquels toutes les abbayes, tous les prieurés et couvents de femmes dont les revenus nets n'atteignent pas 200 livres seront supprimés, malgré qu'on ignore encore en ce pays quelle est la cause de cette suppression, qui en retirera le plus de profit, et quelle sera l'utilité dernière de tout cela. » Il déclare ensuite qu'il est le fondateur du prieuré de Totnes et du couvent de Cornworthy, dans le 'Devonshire, qui ne rapportent ni l'un ni l'autre 200 livres par an, mais comme le prieur de Totnes est un homme de « mœurs vertueuses et ami de l'hospitalité », il croit bon d'en avertir le secrétaire du roi (l). Lord de la Ware intervient pareillement en faveur de Boxgrave et il espère qu'on épargnera ce monastère, où reposent nombre de ses ancêtres et la mère de sa femme. L'église paroissiale est sous le toit du monastère, « et là, ajoute-t-il,
1. Wright. « Suppression of Monasteries », Camden Society, p. di7.
j'ai bâti une pauvre chapelle pour y être enseveli » ( 1 ) .
Les religieux, de leur côté, n'attendirent pas toujours que les commissaires royaux vinssent les exproprier. Bien des indices sont pour nous convaincre qu'ils convertirent en argent certaines propriétés et même des pièces d'orfèvrerie, souvent, sans nul doute, afin de se procurer les moyens de subsister. Ainsi, dès le 27 mars, peu après l'adoption de la loi, Crumwell est informé que le couvent de femmes de Marham, dans le Norfolk, a été dépouillé de tout le plomb qui couvrait le toit, et laissé nu et découvert. Richard Southwell, l'auteur du rapport, dit que les couvents de « Blackborough, Shouldham et Crabhouse font disparaître tout ce qu'ils peuvent, et ils vendent à si vil prix qu'ils ne sont pas capables de payer la moindre de leurs dettes, de sorte que tous les biens seront dispersés ». Le correspondant termine par une requête en faveur de Pentney : « Nous implorons votre bienveillance, écrit-il, pour le prieur de Pentney (2), qui, nous vous l'assurons, aide merveilleusement les gens du pays où il demeure, et ce serait pitié de ne pas épargner une maison qui nourrit tant de pauvres indigents, qui est en bon état, sert Dieu comme il faut et fait tant d'actions charitables. Nous apprenons qu'on veut importuner le roi pour obtenir cette maison et qu'on offrira beaucoup d'argent, car elle est entièrement neuve et aucune autre maison du comté n'est si bien située. Si vous pouviez empêcher cela, nous n'oublierions point vos peines » (3).