‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 142 sur 278 · Wright · texte numérisé non relu

Wright

faisant des contrats dentelés et en mettant sous séquestre les sceaux de la communauté, de sorte que maintenant ces expédients leur manquent. Par ce moyen, je crois qu'avant la fin de l'année, il y aura très peu de maisons capables de subsister, et les Frères seront heureux de céder leurs couvents et de chercher à se suffire d'autre façon^ car là ils n'auront plus rien pour vivre. » 11 parle ensuite des deux maisons de Gloucester, d'où il date sa lettre et dont la cession a été mentionnée plus haut : « Je pense, dit-il à leur sujet, qu'il y a deux maisons qui vont être abandonnées, car elles n'ont rien pour vivre (1). »

Les choses, néanmoins, ne marchèrent pas toujours à souhait pour l'évêque Ingworth. Voici comment il raconte ce qui lui arriva chez les Frères Augustins de Cantorbéry : « Étant là le quatorzième jour de décembre (1538), un certain Frère le traita de façon grossière et déloyale devant toute la communauté, comme vous le verrez par la note ci-incluse. Voyant sa conduite, je le séquestrai aussitôt afin que nul ne lui parlât. Je mandai le maire, et avant son arrivée j'interrogeai le Frère en présence de Maître Spylman, puis en présence du maire et de Maître Spylman, et il ne cessa de soutenir, ofi*rant de mourir pour son opinion, que le roi ne pouvait être chef suprême de l'Église d'Angleterre, mais que celui-ci devait être un père spirituel désigné par Dieu. C'est pourquoi je priai M. le maire de préparer des hommes et des chevaux

1. Wright, 193. — Une autre fois, il informe Crumwell que « partout » oii il a été, il a « mis sous clef le sceau de la communauté. De la sorte, ils ne pourront plus vendre ni aliéner soit leurs joyaux, soit d'autres effets, et alors je suis certain qu'avant une année la plupart seront forcés, en raisoa de leur dénuement, de livrer leurs maisons. » — Ibid., p. 202.

pour le conduire vers vous, et je commandai aux hommes de ne laisser personne lui parler (1). »

Quand il arriva chez les Frères Augustins de Droitwich, l'évêque Ingworth découvrit, dans le coffre du prieur, « onze bulles des évêques de Rome et plus de cent lettres de pardon, et, sur tous les livres du chœur, le nom de l'évêque de Rome figurant encore comme vingt ans plus tôt. » Le prieur n'était en fonction que depuis une année quand l'évêque parut, mais il civait déjà « coupé et vendu sept vingtaines de bons ormeaux, un calice en vermeil de 90 onces, un encensoir de 26 onces, deux vastes chaudières de cuivre, chacune pouvant, selon le proverbe, cuire un bœuf entier, des broches de cuisine, des casseroles et d'autres objets ; de sorte qu'il ne reste plus, dans la maison, ni lit ni draps^ ni plat, ni assiette. A cause de tout cela, j'ai ordonné aux baillis de le mettre en prison (2). »

1. Red. Office. — Corresp, de Crumwell, VIII, f. 114. II s'agit probablement ici du frère Stone, qui fut mis à mort à Gantorbéry vers cette époque. Voici, extraite des archives muaicipales, ]a liste des frais que causa l'exécution de la sentence à la ville :

« L'an de grâce 1538-9. — Payé : pour une demi-tonne de bois de charpente pour faire une potence afin de pendre le frère Stone ; — au charpentier qui a fait ladite potence et la charrette ; — au journalier qui creusa les trous ; — à quatre hommes qui aidèrent à dresser la potence; — pour leur pourboire; — pour transport du bois de la porte de l'étable jusqu'au donjon; — pour une claie ; — pour une charretée de petit bois, et pour le cheval qm traîna le frère au donjon; — à deux hommes qui arrangèrent la chaudière et la firent bouillir à demi; — à deux hommes qui portèrent les morceaux de son corps à la porte de la ville et les placèrent en vue; — pour une hart pour le pendre; — pour deux cordes d'un sou; — pour une corde de sandwich; — pour de la paille ; — à la femme qui nettoya la chaudière; — à celui qui fit l'exécution : — 4 shillings 4 pence. » (« Archives de la ville de Ganter béry ».)

2. Wright, 195. — D'autres frères encore se trouvèrent dans l'embarras à cette époque. Sir Peter Egerton, par exemple, écrivit à Crumwell qu'il avait envoyé à la prison de Launceston un « prêtre séculier et deux prêtres

Malgré sa grande activité, l'évêque Ingworth n'était guère propre aux besognes du roi. Il est évident qu'il comprit, dès l'abord, le but et la portée de sa commission, qui était de pousser les Frères à livrer leurs couvents. Mais il semble aussi avoir été d'avis que certains pouvaient être épargnés. Il hésita à profaner l'église des Frères de Droitwich et il désigna un religieux pour continuer à y dire la messe, alors que Sir John Russell voulait avoir le couvent et que deux autres puissants personnages du comté sollicitaient le roi et Crumwell dans le même sens (1). Crumwell lui écrivit une dure réprimande, et Ingworth répond humblement qu'il agira désormais selon le désir de son maître. « Il a plu, dit-il, à Votre Seigneurie de m'écrire votre manière de penser, à savoir, que si j'ai changé d'habit, je n'ai point changé mon cœur de moine. Mon excellent Lord, ne me jugez point ainsi. Car j'en prends Dieu à témoin : mon cœur de moine avait disparu deux ans avant mon habit ; mais il me fallait vivre. Ce n'est point à cause de mon cœur de moine que j'ai montré de la faveur à certains religieux : je voulais seulement amener les choses à se passer sans bruit. De plus, avant votre dernière lettre, je n'ai jamais pu connaître votre bon plaisir; mais je

anciens frères prêcheurs ». « Le prêtre séculier André Furlong, ajoutet-il, curé et maître d'école à Saltash, comté de Cornouailles, a été envoyé en prison par moi parce qu'on trouva, dans sa chambre, une Bible dont les trois ou quatre premiers feuillets étaient effacés et raturés de telle sorte qu'on ne pouvait les lire. » Pareillement, « John Hunt et Robert Ellis, ex-franciscains de Plymouth, selon la confession écrite du susdit Hunt, répondirent tous deux à une personne qui leur demanda,au moment de leur expulsion, s'ils voulaient acheter de nouveaux habits, qu'ils ne le feraient point avant une année ou deux, et que, d'ici là, peut-être y aurait-il un changement. » Ce propos leur valut la prison. — (Record Office. Correspondance de Crumwell, X, f. 26.) 1. Wright, 195.

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craignais toujours, en allant trop vite, d'offenser Votre Seigneurie. » Puis il édifie Crumwell par plusieurs accusations générales, lesquelles, croit-il^, « n'auraient pas peu ému » Sa Seigneurie (1) : c'est là le seul passage de sa copieuse correspondauce où l'évêque glisse des insinuations défavorables à l'adresse des Frères et de leur genre de vie.

Ingworth changea rapidement sa manière d'agir avec les Frères. Bien qu'il eût donné à son frère en religion, le prieur des Dominicains de Winchester, la permission de « dire la messe » dans sa vieille église jusqu'à nouvel ordre, il lui écrivit, au reçu de la lettre de Crumwell, « d'avoir à se retirer ». Cependant, vers la fin de sa carrière, en août 1539, il demanda qu'un monastère de son ordre à Shrewsbury fût laissé debout. Le 27 août 1539, il envoyait prier Crumwell de ne pas accorder cette grâce ; car, s'il ne « pouvait trouver chez eux des motifs bien sérieux pour les forcer à se rendre (2) », il craignait, d'autre part, que leur « maintien » ne lui donnât « ailleurs plus d'ouvrage que de raison ». Il songeait surtout alors aux Franciscains et aux Frères Augustins de Bristol, qui « se tiennent raides et se conduisent mal parce qu'ils sont en grande faveur (3) ». Le lendemain, il revenait sur le même sujet : « Je n'ai laissé, dit-il, qu'un seul couvent debout : celui des Dominicains de Shrew^sbury, pour lequel vous serez encore sollicité par beaucoup, et spécialement par l'un des baillis, maître Adam Hamilton, qui prétend être l'obligé de Votre Seigneurie. En votre honneur, il

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