‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 160 sur 278 · Ibid., f · texte numérisé non relu

Ibid., f

Henri viii. — II. 18

la plupart des cas, en devançant la saisie de leurs biens par le roi, ils cédaient à l'envie fort naturelle de soustraire quelque chose à la ruine générale.

Quant aux « actes d'abandon », inutile d'en parler longuement. Environ 150 communautés de religieux semblent avoir signé le transfert de leurs possessions et avoir, par un document formel, renoncé à tous leurs droits en faveur d'Henri VIII. Mais il n'est guère juste de prétendre que ce fut là un acte libre et volontaire. La main du roi les tenait à la gorge : il leur fallait choisir entre la vie et les biens. Même une résistance intrépide ne pouvait garantir les propriétés dont ils étaient les administrateurs contre les convoitises du roi et de son ministre. Refuser de se rendre aux ordres du souverain, c'était perdre à jamais la maigre pitance généralement allouée à ceux qui acceptaient la spoliation; c'était peut-être, pourtant de témérité, risquer la mort. Il n'est pas donné à tous de sacrifier la vie à l'honneur, alors qu'on n'achète par là aucun avantage réel. La soumission des moines est assurément très regrettable ; mais avouons qu'on ne devait guère s'attendre à trouver chez beaucoup l'héroïsme d'un refus. Et puis, Henri YIII avait avec soin préparé les voies pour faire aboutir ses projets : il avait écarté les abbés réfractaires, leur avait substitué des supérieurs plus souples et employé d'autres moyens, — qui seront examinés plus tard, — propres à assurer le succès de l'entreprise. Il ne faut pasoublier, non plus, que non seulement le roi et ses agents évitaient de paraître s'attaquer au système monastique en général, mais qu'ils se défendaient bel et bien dépareille pensée. Les monastères étaient isolés : ils furent assaillis l'un après l'autre, et l'un après l'autre ils tombèrent.

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Ce fut en 1538 et 1539 que furent rédigés la plupart des « actes d'abandon ». Pendant la seconde moitié de 1537, il n'y eut que trois ou quatre maisons qui échurent au roi par cession volontaire. Le monastère des Chartreux de Londres est le premier dont il soit fait mention à l'époque, mais le document n'est revêtu d'aucune signature. L'acte d'abandon de l'abbaye des Bénédictins de Chertsey peut être regardé comme la première pièce légale de ce genre. 11 fut signé par John Cordrey, l'abbé, et par quatorze de ses moines, lesquels ne furent point licenciés, mais transférés en l'abbaye de Bisham, qui avait été « dissoute et donnée au roi par William Barlow, évêque de St-David et ex-prieur commendataire », le 5 juillet 1536. C'est ici que, le 18 décembre 1537, l'ancienne communauté de Chertsey fut installée par charte royale, « en considération de ce que John Cordrey^ le dernier abbé, et la communauté avaient livré leurs possessions et monastère au roi »^ sous le titre de « nouveau monastère de la Sainte Trinité, fondé par le roi Henri » (1), avec certains privilèges et dispenses. 11 est vrai que cette fondation royale, quoique dotée de terres rapportant près de 700 livres par an, eut une existence très éphémère, car, le 17 juin 1538, exactement six mois après avoir été instituée, elle fut de nouveau remise entre les mains du monarque (2). Le D" Layton, occupé à cette œuvre de suppression, écrivait à Crumwell le 22 juin : — « Nous avons reçu l'acte de transfert pour le roi. L'abbé, homme de grande simplicité. Les moines, gens de peu de science et de moins de sagesse encore. L'argenterie en fort petite quantité. D'etfets

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