Papiers d'État, I, p
2. Cf. Walcott, « English Minsters », II, 129. L'antiquaii-e parla de Tabbé Whiting comme d'un « homo sane candidissimus et amiciis meus singularis », « et quoique, dit Warner (« History of Glastonbury, » p. 219), le trop prudent antiquaire ait, plus tard, biffé d'un trait de plume ses éloges bienveillants, de peur qu'ils ne déplussent à ses couiemporains, cependant, par bonheur pour la réputation de l'abbé, ce tribut de louanges est encore lisible et il suffira pour témoigner éternellement de l'innocence de la victime immolée par la tyrannie d'un second Achab ».
lains prêts à servir le roi avec 500 paires de harnais. »
L'abbé Whiting eut à diriger le vaste établissement de Glastonbury à une époque fort critique. Quelques mois après son élection, sir Thomas Boleyn était créé vicomte Rochfort par Henri VIII, et ceci marqua le premier pas de l'amour illégitime du roi pour la fille du nouveau pair, Anne Boleyn^ et le début des hostilités entre l'Église et l'Etat. Quatre années de conseils chancelants donnés à propos du divorce tant désiré aboutirent^ en 1529, à la chute humiliante du cardinal dTork jusque-là tout puissant.
La suite est bien connue. Le clergé, saisi dans le piège machiavélique du « praemunire » (atteinte aux droits du souverain), était à la merci du roi. Henri mit aux prêtres le couteau sur la gorge, et il exigea, par mesure de représailles envers le pape qui refusait d'accéder à ses désirs, la reconnaissance du roi comme chef suprême de l'Église d'Angleterre. Il s'en trouva peu, parmi les ecclésiastiques anglais, qui eurent l'audace de résister à cet ordre, ou qui, peut-être même, s'aperçurent qu'ils rejetaient l'autorité papale en matière spirituelle.
En règle générale, le serment requis de suprématie royale fut apparemment prêté partout où il fut déféré. Les abbés et moines de Colchester, de Glastonbury, probablement aussi de Reading, ne firent point exception et, le 19 septembre 1534, l'abbé Whiting et les membres de sa communauté apposaient leurs noms au bas de la déclaration voulue.
11 est facile, aujourd'hui que des siècles ont passé et que nous jugeons à la lumière des événements ultérieurs, de réprouver avec force une pareille complaisance et de s'étonner que, dans toute l'Angleterre^
le bienheureux John Fisher, Thomas More et les Observantins aient été presque les seuls, dès le début, à ne pas hésiter ni chanceler. 11 est facile de traiter avec dédain les révoltes de la chair, facile d'exalter la palme du martyre. Mais il n'est pas malaisé non plus, de voir combien de raisons avaient pour temporiser l'abbé Whiting, ainsi que le bienheureux John Honghton et ses autres saints compagnons de la Chartreuse. Pour la plupart des hommes de ce temps, il paraissait incroyable qu'une rupture définitive avec Rome fût jamais possible. Ils se rappelaient Henri VIII tel qu'il était aux premiers jours, alors que, si absorbé fût-il par les affaires ou les plaisirs, il entendait trois et même cinq messes quotidiennes. Ils ne le connaissaient point comme le connaissaient Wolsey ou Crumwell, More ou Fisher. Le dessein qu'il avait formé devait sembler une aberration passagère, due à l'influence d'une mauvaise passion ou de méchants conseillers. Il avait, au fond, beaucoup de zèle pour la foi, et il reviendrait bientôt à de meilleurs sentiments, à sa vraie nature, et alors il conclurait la paix avec le pape. En attendant^ le serment était susceptible d'interprétations mitigées. L'idée de la suprématie royale n'était pas absolument neuve : elle avait été acceptée plusieurs années auparavant, sans que, selon toute apparence, Rome s'en fût émue. En outre, beaucoup de gens ne regardèrent jamais le serment de suprématie royale comme attentatoire aux droits du Saint-Siège ; et même ceux qui avaient prêté ce serment furent, en plus d'une circonstance, surpris de le voir interpréter comme un signe d'hostilité (1).
i. « Calendar », VIII, n"' 277, 387, etc. (On pourra par cette lecture se convamcre de l'état d'esprit sigaalé plus haut.) Le no 387 surtout est signifi-
Un pareil état d'esprit peut sembler aujourd'hui fort peu naturel : toujours est-il qu'il existait incontestablement. Nous citerons un exemple. Parmi les Papiers d'État du « Record Office » pour l'année 1539 se trouve une longue harangue sur l'exécution des trois abbés Bénédictins, où l'auteur signale la façon de voir des religieux : « Je ne puis, écrit-il, croire que le vieil évêque de Londres (J), quand il était en vie, n'ait employé la jolie médecine dont usait son collègue le frère Forest, et qu'il n'ait distingué entre l'homme du dedans et celui du dehors, à savoir, qu'il n'ait dit une chose avec ses lèvres, puis une autre avec son cœur. Très jolie médecine, assurément, pour les cœurs papistes ! Mais elle fit des ravages insensés en certaines parties de leur corps. Le doux Hugh Cook n'employait point;, de son propre aveu, la même médecine que le frère Forest, mais une autre fort semblable, qui était celle-ci : au temps où le clergé dut jurer de regarder Sa Majesté le roi comme Chef suprême, aussitôt après Dieu, de cette Église d'Angleterre, Hugh Cook en prêtant ledit serment ajouta bel et bien en sa propre conscience les paroles suivantes : non de l' Eglise spiritueUe » (2).
A un autre point de vue encore, cette fausse appréciation émise sur ce qui était la base même de la primatie papale ne saurait nous étonner outre mesure. Depuis un demi-siècle, les papes régnaient au milieu
catif en ce qu'il montre les excuses spécieuses dont on colorait la prestation du serment de suprématie, en faisant une distinction tacite entre l'Église d'Angleterre et l'Église catholique, et entre la question « in temporalibus » et le doiiiaiûc « in spiritualibus ».