R. 0., Papiers d'État, Dom., 1539, V/207, p
d'une cour dont la splendeur était sans rivale, mais essentiellement mondaine. Le spectacle en était éblouissant, mais, à travers cette pompe extérieure, il était difficile de reconnaître les prérogatives spirituelles, issues de la Divinité, qui forment l'héritage durable des successeurs de saint Pierre.
Ces prérogatives étaient exprimées par des titres élevés qu'on accueillait sans contestation dans les écoles et dans la langue courante : mais de là à l'intelligence des vérités éternelles qu'elles traduisent, il y a loin, et plus loin encore de là à la conviction intense qui rend ces vérités plus chères à l'homme que sa vie (1).
Chez quelques-uns, cette intelligence et cette conviction vinrent de bonne heure ; chez d'autres, elles n'apparurent que plus tard. Il est des hommes qui saisissent du premier coup l'entière portée de la question débattue. Ils répondent aussitôt, sans chercher les mots et
1. Nous rapporterons ici ce que dit, à ce sujet, le cardinal Manning : — « On ne doit pas oublier qu'à cette époque les esprits avaient été tellement troublés par le grand schisme d'Occident, par le fréquent refus d'obéissance, par rélection douteuse de certains papes, et par l'existence simultanée de deux ou même trois candidats à la chaire de Saint -Pierre, que la suprême autoi'ité du pontife était devenue matière à discussions académiques. Il fallait un pareil état de choses pour que Gerson lui-même eût été poussé à écrire sur cette thèse : « De Auferabilitate Papse. » Ceci jette un singulier jour sur le fait attesté par sir Thomas More, qui répondit ainsi à la sentence de mort prononcée contre lui : « J'ai, par la grâce de Dieu, toujours été catholique, sans cesse en communion avec le Pontife de Rome. Pourtant j'ai plusieurs fois entendu dire que l'autorité du pontife romain était certainement légitime et respectable, mais issue delà loi humaine'et non appuyée sur la prescription divine. Alors, quand je vis que les affaires publiques avaient pris un cours tel qu'on en viendrait fatalement à mettre en doute l'origine de la puissance du Pontife Romain, je me livrai à un examen très diligent de la question pendant sept années, et je découvris que cette autorité, que vous avez répudiée d'une manière si irréfléchie, — pour ne pas employer une parole plus dure, — est non seulement légitime, respectable et nécessaire, mais fondée sur la loi et la prescription divines. Telle est mon opinion ; telle est la croyance dans laquelle, par la grâce de Dieu, je mourrai. » (« Dublin Review », janvier 1888, p. 245.)
sans se troubler. D'autres répondent à l'appel vers la troisième, et parfois vers la onzième heure. La cause reste identique, — et semblable aussi la récompense, quoique le répit accordé aux derniers venus n'ait pu être qu'une prolongation de l'agonie.
La visite de Glastonbury fut confiée à Layton. 11 arriva à l'abbaye le samedi 21 août 1535, et de Saint- Augustin, Bristol, où il se rendit le lundi suivant^ il écrivit à Crumwell une lettre qui montre qu'il avait complètement échoué à Glastonbury. Et pourtant mieux que tous les autres personnages de sa bande, il « savait poser, impassible, des questions qu'aucun èlre humain^ sauf lui, n'aurait jamais pu inventer ni su formuler ; il savait d'un balbutiement, d'un tremblement, d'une rougeur, ou même d'un silence indigné tirer un aveu de culpabilité aussi sûr que d'une franche confession » (1). Il n'en couvrit pas moins sa défaite par une impudence déboutée. « A Bruton et à Glastonbury, dit-il en manière d'explication, il n'y a rien à noter; les moines sont tenus avec une telle rigueur qu'ils ne peuvent commettre d'offense : mais ils ne demanderaient pas mieux s'ils le pouvaient, comme ils l'avouent, et ainsi la faute n'en est pas à eux (2). »
Il semblerait qu'à cette date Richard Layton ait parlé avec éloge au roi de l'abbé Whiting. Le visiteur fut obligé, pour cette erreur de jugement, d'implorer le