‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 193 sur 278 · Calendar >», X · texte numérisé non relu

Calendar >», X

l'instruction d'une affairé de créance, survenue plusieurs années après l'exécution de l'abbé. John Watts, « ancien moine et chapelain de l'abbé », déclara que John Lyte, le prétendu débiteur, s'était acquitté « de la manière et sous la forme suivantes. A savoir : il paya 10 livres des susdites 40 livres audit abbé, dans le petit parloir à main droite en entrant dans la grande salle, le vendredi qui suivit le premier jour de l'année où ledit abbé fut condamné pour trahison. Le susdit paiement fut fait en or », en présence du témoin et d'une autre personne seulement ; « car cela se passa aussitôt après que ledit abbé eut dîné, de sorte que ses serviteurs étaient à dîner en la grande salle »... Puis, « le jour de la fête de saint Pierre, à la mi-été, un dimanche, dans le jardin dudit abbé de Glastonbury, tandis qu'on chantait la grand'messe », le débiteur paya le reste. « Et à ce moment l'abbé demanda audit maître Lyte s'il voulait représenter les armes dudit abbé sur les nouveaux bâtiments qu'il avait fait ériger. Et ledit maître Lyte répondit à l'abbé qu'il le voulait bien; et ainsi, l'abbé donna en ce temps au susdit M. Lyte huit angelots nobles (1)...

« Et lors du paiement des 30 livres, il y avait dans le jardin lord Stourton... Je suppose, continue le témoin, que ledit lord Stourton ne vit point le paiement fait à l'abbé, car l'abbé entra sous un berceau de laurier dans ledit jardin, et là reçut son argent. Et il fut fort aise alors d'être payé avec de l'or, car il fallait moins de temps pour compter, et, de plus, il ne tenait point à être vu (2). » Ainsi, la dernière fois qu'il nous

1. Ancienne monnaie d'or, valant environ 10 shillin.sr?. (Note du trad. .

2. R. 0., « Exch. Aug. Office », Mise. Book., XXH, 13-18. A propos de l'heure du paiement, il paraît probable que le témoin souhaitait éviter le plus

est permis d'entrevoir l'abbé de Glastonbury, c'est dans sa vénérable demeure,, en conversation amicale avec son proche voisin, lord Stourton, chef d'une famille ancienne que la tradition populaire associait justement depuis des siècles à l'ordre des Bénédictins et qui, même aux jours les plus sombres du catholicisme en Angleterre, resta toujours l'amie ferme et héréditaire (1).

Pour bien comprendre les dernières scènes par lesquelles se dénoua la vie de l'abbé Whiting, il est nécessaire tout d'abord de dire quelques mots sur la Suppression envisagée au point de vue légal. On se figure généralement, semble-t-il, que les monastères furent dissous par le parlement et qu'en conséquence, refuser de se rendre, comme le fit Glastonbury, c'était commettre un acte qui, moralement très justifiable en tant que refus de trahir un dépôt, et même héroïque quand la résistance exposait au châtiment suprême, était néanmoins un défi lancé aux lois du pays. On s'imagine, par exemple, dans le cas particulier de Glastonbury, que le roi, en exigeant l'abandon de cette abbaye, voulait simplement que ce que le parlement lui avait déjà donné fût remis entre ses mains. Cette idée, si répandue soit-elle, n'est pas juste. L'Acte de février 1536 (27 Henri VIII, caput 28) n'octroyait au roi et à ses héritiers que les monastères d'un revenu annuel inférieur à 200 livres et ceux qui, « dans le cours de l'année suivant l'adoption de l'Acte, seraient donnés ou cédés à Sa Majesté par un abbé », etc.

possible de mêler lord Stourton à cette afîaii'e. Ce désir d'épargner à desamis un interpo-;:itoipe embarrassant est un des traits caractéristiques des documents de l'époque.

i. On pourra consulter à ce sujet Hoare, « Modem Wiltshire », ainsi que-les annales domestiques de mon propre monastère de Saint-Grégoire.

Ainsi, loin d'accorder au roi les biens de tous les monastères, l'Acte reconnaît nettement pour tous, sauf ceux du second rang, les droits des possesseurs actuels et n'envisage que l'éventualité où ceux-ci consentiront à s'en dessaisir au profit du roi. Quant aux moyens de provoquer cet abandon, on s'en remettait au roi, à Crumwell et aux favoris, sur les ruses desquels il est inutile d'insister. En face d'un supérieur récalcitrant, qui ne voulait céder ni à la doucereuse persuasion, ni à la corruption, ni aux menaces, l'Acte ne donnait aucune arme au souverain.

Il est vrai que cette lacune fut comblée, d'une façon indirecte, par l'Acte du mois d'avril 1539 (31 Henri VIII, cap. 13). Cet Acte, qui renfermait une clause rétroactive justitîant la suppression illégale des grands monastères, octroie à Henri VIII toutes les abbayes, couvents, etc., etc.^ qui seront « à l'avenir dissous, supprimés, cédés, abandonnés, confisqués, remis, ou qui reviendront de toute autre façon à Sa Majesté le roi ». Ces expressions semblent embrasser assez d'éventualités : il y a pourtant une parenthèse de sinistre présage, relative aux monastères qui « se trouveront revenir à Sa Majesté le roi par suite d'attainder pour haute trahison ». Cette clause ne fut pas insérée dans l'Acte par mégarde. Nous verrons comment Crumwell se chargea de la rendre efficace et sut profiter de tout l'appui que lui prêtaient ainsi la loi et le monarque pour proclamer « déchus, en vertu de l'attainder des abbés pour haute trahison, et cela contre tous les principes reçus de la légalité », les monastères de Glastonbury, de Reading et de Colchester, qui avaient refusé de capituler (1).

Page 1