‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 199 sur 278 · Froude, « History », III, p · texte numérisé non relu

Froude, « History », III, p

propre main (« Remembrances », 441 a ei b) : « Item : Conseillers qui témoigneront contre l'abbé de Glaston : Richard Pollard, Lewis Forstell et Thomas Moyle. Item : veiJler à ce que les témoignages soient bien choisis et les actes d'accusation convenablement dressés contre les susdits abbés et leurs complices. Item : le savant Conseil du roi restera tout ce jour avec moi, en vue d'arrêter définitivement les actes d'accusation (1). »

1. Crumwell eut donc soia de consacrer entièremsnt une de ses précieuses journées à dresser de façon décisive les actes d'accusation contre les trois abbés. Il est curieux de mettre en parallèle l'ardeur de son panég-yriste, Burnet, à qui, soit dit en passant, les catholiques eux-mêmes ontemprunté,sans doute à leur insu, leurs opinions sur tant d'hommes et de faits de la Réforme, — quand il prétend « découvrir l'impudence deSanders *, d'après lequel les abbés furent mis à mort pour avoir nié la suprématie royale, et tente de prouver le contraire. Il faudrait ici un trop grand espace pour démontrer le mélange d' « impudence » et de fausseté qui caractérise la relation que luimême donne de cette affaire. A cet égard il suffira de citer Collier : « Quels furent les différents articles de l'attainder des abbés, notre savant historien de l'Eglise (Burnet) avoue qu'il ne «saurait le dire, car les documents sont perdus ». Mais, continue-t-il, « certains de nos propres auteurs (Hall, Grafton) méritent un blâme sévère, lorsqu'ils écrivent que les abbés périrent pour avoir nié... la suprématie du roi. Au lieu que, s'ils n'eussent point entrepris de raconter l'histoire sans la moindre information, ils auraient sûrement vu que le clergé tout entier, et spécialement les abbés, avaient maintes et maintes foisreconnula suprématie du roi. » Mais à quoi paraît-il que nos historiens se soient abusés ? Ce personnage a-t-il vu l'acte d'accusation dressé contre l'abbé de Colchester ou lu le bill d'attainder ? 11 confesse que non. Alors comment son blâme est-il justifié ? Il ne présente pour tout argument que des hypothèics. 11 conclut en prétendant que l'abbé de Colchester avait jadis accepté la suprématie royale, et de là il infère qu'il ne pouvait mourir ensuite pour l'avoir répudiée. Mais est-ce que les opinions des hommes ne changent pas quelquefois? est-ce que la conscience et le courage ne se perfectionnent point ? L'évêque Fisher et le cardinal Pool, si du moins l'on s'en rapporte à ce même écrivain, ne reconnurent-ils pas tout d'abord la suprématie du roi ? et pourtant il est certain que leur sentiment se modifia plus tard d'une remarquable manière... En outre, ne nous informe-t-il pas lui-même que beaucoup, parmi les Chartreux, furent exécutés pour avoir nié ouvertement la suprématie du roi (laquelle, soit dit entre parenthèse, ils avaient primitivement acceptée) ? Et pourquoi donc alors les abbés n'eussent-ils point eu la même croyance et la même

Enfin, pour couronner le tout :

« Item : l'abbé de Glaston sera jugé à Glaston et y sera aussi exécuté. »

Mais au milieu de ces soucis, Crumwell n'oubliait point les intérêts du roi, « l 'affaire importante », le but auquel il fallait parvenir à l'aide de cette iniquité. Maintenant que le butin est pour tout de bon en son pouvoir, il note ceci : « L'argenterie de Glastonbury : 11.000 onces et plus, sans compter la vaisselle d'or. L'ameublement de l'abbaye de Glaston. En espèces, provenant de Glaston : 1.100 livres et plus. Les magnifiques chapes de Glaston. Les revenus entiers de l'année. Les créances de Glaston : 2.000 livres et plus (1). »

Layton a rendu bon témoignage de Glastonbury au point de vue spirituel ; Crumwell atteste finalement l'excellente gestion temporelle de l'abbé. Le monastère était alors, suivant la combinaison de Crumwell, tombé au pouvoir de Sa Majesté le roi en vertu de l'attainder pour haute trahison. Il s'agissait maintenant d'inaugurer le système de politique que la reine Elisabeth perfectionna plus tard : après avoir condamné sans jugement le supérieur^ devant le tribunal secret de la Tour, et l'avoir frappé, pour des raisons de conscience, d'une sentence qui entraînait la perte de la

force d'âme que d'autt-es membres de leur communauté ? » (« Eccl.Hist., » II, 113.) En conséquence, au lieu de faire périr l'abbé Whiting, comme Burnet, pour « vol avec effraction » et autres actes de trahison imaginaires commis pendant le Pèlerinage de Grâce, Collier affirme que « ni les moyens de corruption, ni la terreur, ni aucun motif déshonorant ne purent venir à bout » des supérieurs de Colchester, de Reading et de Glastonbury. « Aussi, pour les atteindre par une autre voie, on leur déféra le serment de suprématie, et, sur leur refus de le prêter, on les condamna pour haute trahison » (p. 164).

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