‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 218 sur 278 · Erasmu s' Pi] grimages », p · texte numérisé non relu

Erasmu s' Pi] grimages », p

2. Papiers d'État (éd. 1830), 1I« partie, p. 583. La « Relation » de Polydore Vergil (Gainden Society, p. 30) donne le re'cit d'un Vénitien qui visita la châsse vers 1500 : « La tombe de saint Thomas le martyr, archevêque de Canlort)éry, surpasse toute imagination. Malgré ses vastes dimensions, elle est entièrement couverte en plaques d'or massif, et pourtant l'or se voit à peine, car il est caché sous une foule de pierres précieuses, saphirs, rubis balais, diamants, émeraudes. Où que les regards se tournent, ils découvrent quelque chose de plus met-veilleux que le reste. Et outrejces beautés naturelles, • les habiletés de l'art ne font point défaut : car dans l'or sont enchâssées, les pierres taillées les plus magnifiques, petites et grandes, en relief, agates, onyx, cornalines et camées. Et il y a des camées d'une taille telle que j'ai peur de l'indiquer. Mais tout est de beaucoup surpassé par un rubis, pas plus gros que l'ongle du pouce, fixé à la droite de l'autel. L'église est assez sombre, surtout à l'endroit où est placée la châsse; et quand nous allâmes la voir, le soleil était près de se coucher et le ciel était couvert : pourtant j'aperçus le rubis comme si je l'eusse tenu à Ja main. On dit qu'il fut donné par un roi de France. » Ce joyau était, sacs nul doute, le « Royal de France », dont il sera parlé plus loin : il semble, toutefois, que ce fût uu diamant.

ne seront plus observés; l'office, les répons, les collectes et prières en son^ionneur ne seront plus récités, mais seront supprimés et effacés de tous les livres àe chœur... ^ sous peine du courroux de Sa Majesté et d'emprisonnement selon le bon plaisir du roi (1). »

La condamnation du saint eut pour conséquence forcée la spoliation de son tombeau. Sander nous laisse entendre que « l'offense pour laquelle le très saint martyr fut châtié avec tant de rigueur était dans la richesse immense de sa châsse et dans la nécessité de trouver un prétexte pour la piller (2). » En tout cas, le résultat fut toujours le même, et l'on recommença, à Cantorbéry, les opérations qui avaient eu lieu à Winchester : la châsse fut démolie, l'argenterie et les joyaux furent enlevés. Mais ici, les reliques vénérées par de nombreuses générations furent traitées, semblerait-il, avec plus d'indignité qu'ailleurs : arrachées du sépulcre qui les abritait, elles furent livrées aux flammes (3).

i. « Buraet's Records » (éd.Pocock, VI, 220). On s'imagine difficilement que le saint ait été en réalité cité à comparaître, jugé et condamné par un tribunal siégeant à Westminster. Cette histoire avait cours sur le continent, et elle est rapportée par Pollini. Aux yeux de Lingard, elle est confirmée par la bulle « Cum Redemptor » de Paul III, en date du 17 décembre 1538. Le chanoine Dixon (II, p. 72, note) a prouvé qu'il n'en est pas nécessairement ainsi.

2. Trad. de Lewis, p. 142. C'est aussi l'appréciation de Marillac, l'ambassadeur de France. Il déclare d'abord qu'Henri est si avare et si cupide, que -« toutes les richesses du monde ne suffiraient point à satisfaire et à contenter

son ambition,., de laquelle est venue la ruine des abbayes et la spoliation de toutes les églises où il y avait quelque chose à prendre »; puis il ajoute : « Saint Thomas est proclamé traître parce que ses reliques et ses ossements talent ornés d'or et de pierreries ». (« Inventaire analytique », éd. Kaulek, p. 2H.)

3. « The Relies of Saint Thomas », par le Rév. J. Morris, S. J. Le Père Morris démontre d'une façon à peu près concluante que les reliques du martyr furent brûlées.

Tout le métal précieux fut porté à Londres. D'après les descriptions citées plus haut, il est évident que le butin n'était pas à dédaigner : « Au-dessus de la maçonnerie, dit la relation où Stowe a puisé ses renseignements, tout était en bois artistement garni d'une trame d'or et de joyaux en or ornés de pierres

fines Puis venaient de nouveaux joyaux en or, tels

que broches, images d'anges et bagues, groupé par dix ou douze, fixés par des attaches d'or sur un fond d'or. Les dépouilles remplissaient deux cofïres tels que six ou huit hommes purent à peine les transporter hors de l'église. Sur un côté se trouvait une pierre précieuse, avec un ange en or la montrant du doigt. Elle avait été ofi*erte par le roi de France. Le roi Henri la fit monter en bague et la porta au pouce (1). »

Voici, d'après les Rôles du Trésorier, le poids du métal ainsi acquis : l'or (y compris 2 onces 3/4 d'or fin provenant de pièces de monnaie) ne pesait pas moins de 4.994onces 3/4, le vermeil 4.425 onces, l'argent doré en partie 840, et l'argent simple 5.286 (2). Un

1. NichoUs, ut supra, p. 190. (Cotton M S. Tib. e, VIII, f. 265). L'histoire de ce joyau est intéressante. En ll79,Lonis VII, roi de France, vint visiter la ctiâsse en compagnie du roi Henri. II offrit pour le tombeau une coupe d'or et une rente annuelle de cent mesures de vin. Après avoir passé la nuit en prière devant les reliques du saint, il demanda, au matin, et reçut « droit de confrérie » en la salle capitulaire. Parmi ses offrandes, on suppose que se trouvait le plus glorieux trésor de la châsse, « cette célèbre pierre précieuse qu'on appelle le Royal de France ». Le joyau fut détaché de la bague qu'Henri VIII portait au pouce et monté sur un collier. L'inventaire des pierreries remis à la Reine Marie Tudor, le 10 mars 1553-54, mentionne « un collier d'or garni de seize beaux diamants, parmi lesquels le Royal de France^ et de quatorze rangs de perles, chaque rang comprenant quatre perles ». Voy. Nichols, Introd., 86.

2. « Monastic Treasures », p. 40. Sander dit (Traduction Lewis, p. 143) : « Le receveur du roi confessa que l'or, l'argent, les pierres précieuses et les vêtements sacrés pris à la châsse remplissaient vingt-six voitures. Nous pouvons juger d'après cela, ajoute-t-il, de l'importance des trésors que le roÊ vola aux autres châsses, églises et monastères. »

peu plus tard, le butin s'augmenta de 26 onces d'or et de 4.090 onces de vermeil et d'argent simple provenant de Christ-Church, Cantorbéry. Outre cette quantité de métal précieux et les joyaux dont il n'est pas fait mention, l'on emporta à Londres quatre mitres de grand prix dont « deux en vermeil, surchargées d'ornements en perles et pierreries », un trône de bois avec pommettes recouvertes en velours cramoisi et poignées de vermeil, une crosse avec ornements d'argent dite « crosse de S. -Thomas » (1), On saisit également, pour le compte du roi, une masse d'agrafes pour chapes, en or et garnies de pierres précieuses; neuf bagues pontificales, «une coquille en or pourvue de diverses pierres », onze chapes en drap tissu d'or dit « baudequin d'or». Sur ce nombre dix étaient blanches et portaient les armes de Morton, ancien archevêque, et la onzième était ornée de roses rouges, » et de plus, « une nappe pour la partie supérieure d'un autel, en velours blanc et rouge magnifiquement tissu » (2).

1. L'inventaire dressé en 1315 décrit ainsi le bâton pastoral de saint Thomas : — « Item, Baculus sancti Thomas de pyro, cum capite de nigro cornu. » Il était donc en bois de poirier avec crosse de corne noire. Érasme dit : « Là (dans la sacristie) nous vîmes le bâton pastoral de saint Thomas. C'était, paraît-il, une canne plaquée d'argent, peu lourde et point travaillée, qui ne venait qu'à la ceinture. » (Nichols, p. 44 et, en note, p. 175.)

2. R. 0. — Exch. Aug. Office, Rôles du Trésorier, I, m. 110. A propos des trésors de Cantorbéry, Érasme s'écrie : « Seigneur! quel déploiement de vêtements de soie, quel appareil de chandeliers en or! » Il est nécessaire de consulter en son entier l'inventaire de 1315, dont nous parlons plus haut et qui est reproduit parDart dans l'Appendice de son « Histoire de l'Église > (4-18), pour se former une idée des merveilles qui ont péri. Il y avait, entre autres, soixante-cinq « chapes pour les cérémonies de prononciation des vœux », données par des évêques suffragants et des abbés. La liste des calices, croix et meubles d'église est très longue. Parmi les chasubles appar. tenant à la châsse s'en trouvait une, donnée par sir John Plukeaet, chevalier, en drap de pourpre avec pommes de pin en or et une superbe frange d'or devant et derrière (voy. Nichols, p. 192).

Tous ces objets et d'autres encore, dérobés à « l'ancien monastère de Christ-Church, Cantorbéry »^ furent expédiés au trésor royal.

La châsse de Saint-Thomas ne fut pas seule démolie : d'autres sanctuaires furent également envahis et livrés au pillage. Sur tous les points de l'Angleterre, les mêmes mains qui rasaient les monastères s'occupaient^ sous la même inspiration, à guerroyer contre les saints défunts et à voler les richesses dont tant de pieuses générations avaient honoré leurs tombeaux. Partout, ce fut la même tragédie : la scène et les acteurs seuls changeaient. 11 est encore un exemple de profanation qui mérite d'être spécialement noté. La châsse de Saint Cuthbert, à Durham, a été décrite dans tous ses détails par une personne qui l'avait vue avant la destruction. Cette châsse était « élevée^ dit le témoin, avec un fort curieux travail en marbre vert, fin et précieux, entièrement peint et doré. Il y avait, sous la châsse, quatre sièges ou places qui permettaient aux pèlerins et aux infirmes agenouillés de s'appuyer et de se reposer pendant qu'ils adressaient de ferventes prières à Dieu et à saint Cuthbert pour obtenir une miraculeuse aide et assistance. Les pèlerins ne manquaient jamais : aussi la châsse était-elle si richement parée, qu'on l'estimait un des plus somptueux monuments d'Angleterre^ tant elle recevait d'offrandes et de joyaux »(1). L'auteur de ce récit ajoute que, « lorsqu'il y avait une offrande, si c'étaient des joyaux, de l'or ou de l'argent, elle était aussitôt suspendue à la châsse. Et si c'était toute autre chose, par exemple une corne de rhinocéros, une défense d'élé-

i. « Rites of Durham », Surtees Society, 3 et sqq.

phant, etc., on l'accrochait au « Feretory » (reliquaire de petite dimension) à l'autre bout de la châsse » (1). Ce fut vers la fin de l'année 1539 que le D' Legh vint anéantir ce splendide et vénéré sépulcre de saint Cuthbert. L'auteur que vous venons de citer nous dépeindra mieux que personne l'œuvre de destruction : — « Ils trouvèrent, dit-il, quantité de riches et beaux joyaux,... et en particulier une pierre précieuse appartenant à la susdite châsse qui^ d'après l'estimation des trois visiteurs et des habiles lapidaires qu'ils avaient amenés avec eux, était d'une valeur égale à la rançon d'un roi. Après avoir enlevé les ornements et joyeux du saint, ils approchèrent de son corps sacré, ne comptant trouver que de la poussière et des os : mais voyant que le coffre où il reposait était solidement garni de fer, l'orfèvre prit un gros marteau de forgeron, brisa le susdit coffre et l'ouvrit. Et quand ils eurent ouvert le coffre, ils trouvèrent le corps intact, non corrompu, la face découverte et la barbe longue comme une barbe de quinze jours, et vêtu des habits sacerdotaux avec lesquels le saint avait accoutumé de dire la messe, et sa crosse étendue, ainsi qu'il convenait, à côté de lui. Alors, s'apercevant qu'il avait cassé une des jambes en ouvrant le coffre, l'orfèvre en fut très marri et s'écria : Hélas ! je lui ai cassé une jambe. Alors, le D"" Henley (l'un des commissaires), l'ayant entendu parler ainsi, lui ordonna de jeter à terre les ossements. L'orfèvre répondit qu'il ne pouvait les détacher, car les muscles et la peau adhéraient au point qu'ils ne voulaient point se séparer. Sur quoi, le D"" Legh s'avança pour voir s'il en était ainsi ou non, puis se retourna et dit en latin au

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