‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 226 sur 278 · Haylin, « Eccl. restaurata », éd. 1670, p · texte numérisé non relu

Haylin, « Eccl. restaurata », éd. 1670, p

risseur. Les autels et les statues, le bois des cloisons et des stalles du chœur, les chandeliers et les lampes, les tables et les bancs, les tombes, les pierres sépulcrales, les dalles, le bois des charpentes, le fer et le verre, bref, toutes choses capables de grossir d'un denier le produit du butin, étaient vendues à l'encan. Quelquefois, par suite de la donation du monastère avec tout ce qui en dépendait, ou par suite de l'achat des propriétés en bloc, la vente aux enchères devenait inutile ; mais les cas de cette espèce furent relativement rares, et l'on commençait en général par adjuger dans la salle du chapitre^ à l'église ou dans le cloître, les biens meubles du couvent avant de s'attaquer à l'édifice même.

Le gaspillage le plus effréné était naturellement inséparable de cette destruction à outrance, et l'on ne peut s'empêcher de déplorer la perte irréparable de tant de merveilles. Il suffira, pour provoquer chez tous un sentiment plus voisin de l'indignation que du regret, de rappeler comment les précieux manuscrits et autres trésors des bibliothèques monastiques disparurent au cours de la dévastation universelle. On jugera du peu d'importance qu'on attachait aux objets de cette sorte par la mention dédaigneuse qu'en fait la comptabilité des ventes qui eurent lieu. « Vieux livres, au chœur, 6 deniers» ; — « vieux livres dans la sacristie, vendus à Robert Dorington,8 deniers » ;— «vieux livres et un coffre, dans la bibliothèque, 2 schellings » (1); — « une caisse plate contenant cinq livres, 8 deniers; » — « un livre de messe avec son pupitre, 8 deniers » ; — « quatorze grands livres, au chœur, 14

i. Comptes de Scudamore. Wright, p, 269 et sqq.

schellings » (1). Voilà comme on se débarrassait des manuscrits qui auraient aujourd'hui une valeur immense.

« Les moines anglais, dit Fuller, étaient par euxmêmes amis des livres et très disposés à amasser les monuments du savoir. » John Baie nous raconte comment il vit disparaître, lors de la destruction des monastères^ les merveilles décrites par Leland. Les acquéreurs des édifices employaient les manuscrits aux usages les plus grossiers et les plus vils. « Épiciers et marchands de savon » en achetaient pour les besoins de leur commerce, et des « cargaisons énormes étaient envoyées aux relieurs d'outre-mer. » C'est ainsi qu'un négociant achetait « le contenu de deux superbes bibliothèques au prix de 40 schellings », et, ajoute l'auteur en question, « il en emploie les livres au lieu et place de papier gris depuis plus de dix ans : et cependant, il en a encore une provision suffisante pour autant d'années avenir ».

Il n'est rien qui mette mieux en lumière les excès de ces destructeurs à outrance que la pénurie, tant déplorée actuellement, des livres d'offices et livres de musique de l'Église d'Angleterre. Sans nul doute, les écoles de chant religieux produisaient, dans le domaine de la musique, de bons résultats et elles étaient dans tout leur essor à l'époque où les institutions monastiques furent abolies. Il n'en est pas moins vrai que nous ne connaissons presque rien des compositions et des œuvres des derniers musiciens anglais, tant la destruction de la musique manuscrite a été complète (2). De même, combien notre siècle possède peu

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