‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 227 sur 278 · R. 0. — Aug. Off. Mise. B K., 408, f. 74, et sqq · texte numérisé non relu

R. 0. — Aug. Off. Mise. B K., 408, f. 74, et sqq

2. Érasme parle de l'amour des Anglais pour les chants du chœur. « Les

d'exemplaires des différents livres d'offices, tels que graduels, antiphonaires, rituels ! missels, etc. Et pourtant, il devait s'en trouver dans les églises d'alors des milliers, — deux cent cinquante mille, suivant l'auteur le plus autorisé qui ait écrit sur la matière (1).

moiaes, dit-il, surtout ceux d'Angleterre, les aiment au point que jeunes gens, enfants, etc., chantent tous les matins aux sons de l'orgue la messe de la Vierge Marie, avec les modulations de voix les plus harmonieuses (Owen et Blakeway, « Shrewsbury », II, 50, note). Pour avoir quelque idée de l'ardeur avec laquelle la musique religieuse était cultivée dans les monastères à cette date, il faut consulter l'inventaire si mutilé de Worcester. On trouvera le passage relatif à cette question imprimé dans le « Worcester » de Greene (App.VII),et pour s'assurer que ce n'est là qu'un mince fragment, il suffira de jeter un coup d'œil sur l'original (British Muséum, Harl., 604) : — «Le maître de chapelle. Item, un surplis pour le maître des enfants et 6 surplis pour les enfants. Un livre de messe avec airs notés, ofi sont 5 parties et 4 autres parties. Quatre livres de messe en papier, avec airs notés. Deux autres livres, dont l'un avec des antiennes et des Salve. Quatre petits livres de messes avec airs notés. Quatre livres de messe, avec 5 parties. Cinq livres, — avec Salve Festa Dies et rouleaux de parchemin appartenant aux 2 livres en papier : ils renferment d'autres chants avec 5 parties, — un livre de chant noté, avec « faux-bourdon », — un livre en parchemin avec Sa^î;e, 2 messes en 5 parties sur rouleaux de parchemin, — un livre en papier, avec 4 parties, — un livre en papier avec les « Invitations à la prière », le Benedictus et le Te Deum en musique notée. Il y a encore 3 ou 4 antiennes sur rouleaux. »

1. A propos de la destruction des livres d'offices, M. Maskell (« Monumenta Ritualia », 3^ édit., I, p. CXCVII) s'exprime ainsi : « De chacun (c'està-dire de chacun des huit ou neuf livres précédemment cités) il devait, en l'année 1530, y avoir non seulement d'innombrables exemplaires manuscrits, mais encore plusieurs grandes éditions. Et aujourd'hui, après environ trois cents ans, nous pouvons dire qu'ils ont presque totalement disparu. Les exemplaires isolés de missels, de bréviaires ou de rituels, peu importe, sont d'une rareté incroyable. Certains de ces livres n'existent plus du tout, et la plupart de ceux que nous possédons sont mutilés et incomplets. » Le savant auteur estime qu'au moment où l'ancien rituel fut aboli, deux tiers au moins des exemplaires devaient être en bon état, puisqu'on en prenait le plus grand soin. « Chaque église, chaque chapelle, votive ou autre, en était pourvue. » A Saint- Jean-Baptiste, Glastonbury, en 1421, se trouvaient « 3 missels, 3 graduels, 1 psautier, 3 antiphonaires, 1 légende, 2 collectes, et 1 livre de processions. » (Warner, App., p. XCIX.)

« Les monastères en possédaient des centaines. » A Ramsey, il y avait « 70 bréviaires, 100 psautiers, 4 recueils d'hymnes, 32 graduels, 39 livres de processions. » (Brit. Muséum, Cotton Roll, XI, 16.) D'après les calculs de

Une fois le monastère jeté à bas et l'église défigurée, pour employer l'expression du docteur London, on se mettait en devoir de réaliser et de vendre les matériaux de l'édifice. La principale source de profits, c'était le plomb qui formait la toiture de presque tous les monastères. On dépouillait sans hésiter le faîte de la plus belle église et l'on faisait fondre le plomb sur un feu probablement alimenté avec le bois des stalles, des cloisons du chœur ou du jubé. Des ordres d'un impitoyable vandalisme furent donnés pour qu'on arrachât le plomb et qu'on démolît le faîte de plusieurs des plus magnifiques monuments architecturaux que renfermait l'Angleterre. Des bandes d'ouvriers parcouraient en tous sens le pays^ allumaient leurs feux dans les nefs ou les sanctuaires des églises abbatiales et passaient des jours entiers, souvent des semaines, à convertir par la fonte le plomb des toitures, des gouttières, des gargouilles et des conduites de l'édifice en saumons de métal, dont la vente grossirait le butin royal de quelques livres sterling. Partout, les mêmes scènes se reproduisaient. Pareils à une armée de sauterelles, les pillards du roi se répandaient dans le pays, et ce qu'ils trouvaient beau et agréable à voir, ils le laissaient noirci des feux de leurs fournaises et couvert d'inutiles ruines. C'est ainsi que pendant onze semaines les commissaires errèrent autour de Somerset, « mutilant, détruisant et jetant bas églises, cloîtres, beffrois et autres constructions des anciens monastères. »

A Keynsliam, un certain Richard Walker reçut

M. Maskell, il ne devait pas y avoir, en tout, « moins de 250.000 volumes d'un emploi courant, outre ceux qui pouvaient être précieusement conservés dans les Archives ». Il ajoute qu'ils furent probablement détruits à dessein, afin d'empêcher les Anglais « d'adorer Dieu selon les rites de leurs ancêtres ».

12 livres sterling pour faire fondre le plomb qui couvrait l'église, le cloître et le clocher. Même besogne fut accomplie à la Chartreuse de Hinton, à Witham, à Bruton, à Montacute, à Athelney et àBuckland. A Bath, on paya pour la fonte de 156 fodder une demi- couronne ou 3 francs le fodder s (1) de métal provenant de la démolition de l'église du prieuré et des autres bâtiments monastiques (2). A l'abbaye de Wigmore, pour citer un dernier exemple, James Reynolds, le fondeur royal envoyé dans cette contrée, eut pour plus de huit jours de travail à enlever le plomb et à le mouler en saumons. Nuit et jour, on surveillait la marche de l'opération, « de peur qu'une partie » des dépouilles destinées au roi « ne fussent volées par le peuple » (3). La fonte achevée, d'autres ouvriers arrivaient pour transporter les « fodders » en un lieu sûr, où ils pussent rester jusqu'à ce qu'on s'en servît ou qu'on les vendît. Les routes étaient sillonnées d'attelages de chevaux qui tiraient des chariots lourdement chargés de plomb, tandis que des chalands descendaient les cours d'eau navigables, emportant le métal vers les côtes de la mer. Ainsi, le plomb enlevé à l'abbaye de Wigmore fut voiture jusqu'au château, où affluèrent aussi les dépouilles de Bordesby et de Lylleshull; et de cette dernière maison partit encore une caravane de quatre-vingt-treize chariots qui transporta une partie du butin dans un manoir royal situé à environ vingt milles (4). Les masses de plomb arrachées à la toiture de la grande église cathédrale de Coventry, et dont la

\. Fodder ; masse de métal pesant un peu plus de 19 quintaux.

2. R. 0. — « Exch. Aug. Office », Minister's Accounts, 30-31 Henr. VIII, 22J, m. 17.

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