Ibid., m
Henri viii. — II. 28
cipe nulle pension ne fut allouée aux membres des communautés de frères. Ils se trouvèrent tous — et leur nombre se montait, au bas mot, à dix-huit cents — jetés à l'abandon dans le monde avec le souci de se créer des moyens d'existence. Même ceux d'entre eux qui étaient prêtres eurent grand'peine, comme nous l'avons vu plus haut, à obtenir un emploi conforme à leur état. Le sort des autres, de ceux qui n'étaient pas dans les ordres, dut être beaucoup plus cruel encore.
Quant aux membres des autres corporations reli^ gieuses qui furent pensionnés, ils n'obtinrent cette faveur qu'en accédant aux désirs du roi. Une rente annuelle était promise à ceux qui, sur l'invitation d'Henri VIII, cédaient de plein gré leur maison. Quiconque résistait à tous les conseils et se refusait à « la cession volontaire » s'attira, sans profit, la mortelle rancune d'un roi qui ne souffrait pas la contradiction. « S'ils consentent et acquiescent de bon gré à la proposition de suppression, est-il dit dans les instructions envoyées aux commissaires royaux, les susdits commissaires devront allouer audit supérieur et à chaque membre du couvent une pension pour la vie. Mais s'ils trouvent lesdits supérieurs et couvents désignés pour la suppression si intraitables et si obstinés qu'ils refusent absolument de se soumettre à Sa Majesté le roi, alors ils devront s'imposer par la force. Mais ils se garderont bien d'accorder aucune pension... à ces personnes intraitables et obstinées jusqu'à connaissance plus certaine du bon plaisir royal (1). »
Sans nul doute, les religieux ne se trompèrent pas sur le sens de ce passage des instructions royales, et
1. Rec. Office. « Chapter House Book », A, 4/30. Ce document a été cité plus au long dans un précédent chapitre.
beaucoup aimèrent mieux bénéficier d'une pension en quittant d'eux-mêmes leur monastère que d'être jetés dehors sans rien pour les mettre à l'abri du plus complet dénuement. D'autres préférèrent la mort même au déshonneur de livrer par trahison un dépôt qui leur avait été confié pour l'Eglise et les pauvres, et, pour employer les paroles du Docteur Hillyard s'adressant au prieur Mountgrace, ils estimaient que « c'était vendre la maison que de la céder pour de l'argent ou des pensions » (1). — Nous avons déjà parlé de la résistance qu'opposa la prieure d'Ambresbury aux conseils et insinuations des agents d'Henri VllI. Elle préféra partir et aller mendier son pain plutôt que de céder son couvent en échange d'une pension. Celle qui lui succéda, Jeanne Darrell, ne fut pas plus tôt installée qu'elle livra la maison : sa complaisance lui valut une rente annuelle de 100 livres. Le nom de la courageuse Florence Bannerman n'est pas porté sur le tableau des pensions de son couvent : on la laissa certainement mettre à exécution le projet qu'elle avait formé de mendier pour subvenir à ses besoins. Tout fait croire que nombre de religieux, à cette époque, agirent avec le même esprit d'abnégation : du reste, les pensions enregistrées à cette date nous prouvent que de tous les religieux d'Angleterre, à peine la moitié reçut une annuité quelconque (2).