Ibid.,A, 2/28, p
gens des classes aisées du comté étaient présents, ayant à leur tête le shériff, M. Dymmoke. Celui-ci « donna de l'argent à plusieurs des rebelles, qui étaient pauvres, pour les indemniser de leurs dépenses ».
Lorsque le chancelier arriva dans la plaine conduit par ceux qui l'avaient pris, les passions de la foule ne connurent plus de bornes. 11 s'accomplit alors un des deux actes de violence qui seuls, dans cette insurrection et plus tard dans celle du Yorkshire, imprimèrent une tache déshonorante à ce mouvement populaire (1). « D'abord qu'il entra dans le champ, déclare Brian Staines, les rebelles, dont beaucoup de curés et de vicaires, crièrent très haut : Tuez-le, tuez-le! Là-dessus, les nommés William Hutchinson, de Horncastle, et William Balderstone, excités par lesdits vicaires et curés, le tirèrent violemment à bas de son cheval : il tomba sur ses genoux, et ils le tuèrent à coups de bâton. Quand il fut mort, le témoin dit que, les prêtres continuant à crier : Tuez-le, tuez-le I il frappa, lui aussi, de son bâton le bras dudit chancelier (2). »
1. Le chanoiao Dixon (tome I, p. 457, note) dit avec raison à propos de la « Grande Rébellion » : « Ce fut, d'un bout à l'autre, plutôt une manifestation populaire qu'une guerre civile, et sauf dans l'affaife du meurtre du eliancelier et d'un domesti lue, la conduite des prétendus rebelles resta superbe de calme ot de modération. Par contre, la sanglante perfidie de l'étrange héros choisi par M. Froude ressort sous un jour plus éclatant encore dans sa narration passionnée que dans tous les autres récits historiques. »
2. « Chapter House Book », A, 2/29, p. 24-25. La déposition de ce témoin, Brian Staines, est l'autorité sur laquelle on se fonde pour supposer que les prêtres furent les principaux instigateurs du crime. M. Froude accepte sans hésiter les déclarations de Staines et s'écrie : « C'étaient là, sans doute, les sept mille enfants de lumière dont parlait Pôle et qui n'avaient pas fléchile genou devant Baal, la noble armée des saints qui devaient se presser en foule sous les bannières de Charles.» Le chaao'me Dixon (tome I, p. 457) a adopté cette hypothèse et déclaré que le chancelier « fut tué à l'instigation des membres du clergé. » — Pourtant, la bonne foi du témoin n'est pas entièrement à l'abri de tout soupçon. A en juger d'après les dépositions de» personnes impliquées dans cette affaire, les coupables étaient généralement
Tandis que le cadavre du chancelier assassiné gisait à terre au milieu de la populace, « celle-ci se partagea ses vêtements et porta sa bourse au shériff, qui en distribua le contenu aux plus pauvres d'entre les rebelles ». Puis les prêtres et curés conseillèrent fortement au peuple de poursuivre sa route, lui disant que « ni l'or ni l'argent ne lui manqueraient ». On fit des bannières, qui furent portées en tête des divers détachements. Un tenancier de l'abbé de Barlings fixa une serviette blanche au sommet d'un étendard, et il épingla sur cette serviette une image de la Sainte Trinité peinte sur parchemin, puis il la fit porter par son fils » (1). Une autre encore, dite la bannière de Dymmoke,fut ainsi décrite par l'homme qui la portait: « En outre^ le susdit Trotter déclare que la charrue tracée sur la bannière était un encouragement aux agriculteurs. Le calice et l'hostie étaient destinés à rappeler que les églises seraient dépouillées de leurs calices, croix et joyaux. Les cinq plaies étaient pour enhardir le peuple à défendre la cause du Christ. La corne annonçait la perte des bêtes à cornes (2). »
Avant de se séparer, la foule assemblée àHorncastle vota un certain nombre d'articles où elle exposait
disposés à s'excuser en rejetant la faute sur autrui. Par ie fait, ce fut Staioes lui-même qu'on accusa d'avoir commis le crime, et il semble que cette version ait été tenue pour la plus exacte. En effet, parmi les notes qui devaient résumer les témoignages, se trouve celle-ci : « Brian Staines est celui qui tua le chancelier. » (Ibid., A, 2/28, p. 3.) Rien ne nous autorise à snpposer, comme on serait tenté de le faire après avoir lu les récits de M. Fronde et du chanoine Dixon, que le D' Mackarel, l'abbé de Barlings, et« toute sa communauté », assistèrent au meurtre du chancelier : le fait est que, plusieurs jours après, il était encore absent (Ibid., A. 2/29, p. 13), et qu'il n'apprit la nouvelle de l'insurrection qu'au lendemain du meurtre.