Calendar », X
d'Henri VIH. « On m'apprend, écrivait-il, que des lettres sont venues de Gregory de Casale, à qui le pape aurait dit que, si le roi voulait remettre les choses de l'Église en l'état, bien d'autres différends pourraient être réglés. Mais tout cela est peine perdue. Si grandes sont l'obstination et l'avarice du roi, qu'il reprendrait plutôt la reine que de rendre ce qui lui est dû à l'Église, dont il a exigé, ce dernier mois, 50.000 ducats à titre de prémices (1). » — Cependant Henri semble s'être pris à hésiter quelque temps et avoir ralenti le cours de ses spoliations. Il écrivit au roi de France « les plus bienveillantes et aimables lettres » juste avant d'envoyer Anne à la Tour, et il lui disait la disposition où il était de partager la fortune de la France. Ce monarque, de son côté, à ce que déclara l'évêque deFaenza, «était fort désireux d'avoir l'honneur de le ramener à l'obéissance du pape et faisait tous ses efforts pour cela ». Il fut encouragé dans cette voie par certains indices que donnait Henri de son désir de réconciliation, « car le roi, écrit l'évêque, permet de prêcher certaines doctrines en faveur de l'Église qu'il avait interdites autrefois (2), il renonce à supprimer les abbayes qu'il avait ordonné d'abolir^ et il a envoyé des gens à la poursuite de l'archevêque de Cantorbéry et d'un autre qui ont fui, car ils étaient amis de cette femme (Anne Boleyn) et des Luthériens.
l.« Calendar », VIII, 263.
2. M. Gairdner (« Calendar »,X, préface, xxi) dit qu'Henri « ne savait trop, depuis quelques années, quelles doctrines il ordonnerait de soutenir ou de dénoncer du haut de la chaire, à l'exception naturellement de la suprématie du Siège de Rome, que devaient dénoncer tous les prédicateurs. Le purgatoire était frappé d'interdit depuis la Pentecôte de l'année 1534, mais, au mois de février de cette année-là (1536), le roi publia des ordres contraires pour et contre certaines doctrines en le court espace de quatre jours ».
On croit ici qu'il sera possible de le rappeler à la vérité » (1).
Mais on ne tarda pas à s'apercevoir que ces symptômes d'amendement chez Henri VIII étaient un dehors trompeur. Il est évidemment impossible aujourd'hui de dire pour quels motifs il persévéra définitivement dans son attitude d'hostilité envers le Saint- Siège et résolut de poursuivre le cours de ses audacieuses spoliations. Toutefois une circonstance dut alors contribuer à étouffer les meilleurs sentiments qui commençaient à percer dans le cœur d'Henri. De la plus louable des intentions, quand elle n'est pas soutenue par la prudence et qu'un zèle excessif donne libre cours à la colère, naissent souvent les pires conséquences. Tel dut être le résultat de la publication du livre intitulé « De Unitate Ecclesiastica », que Pôle fit paraître à cette époque et qu'il adressa au roi. Henri était de taus les hommes le moins disposé à se laisser pousser dans le droit chemin à coups de fouet ou contraindre au devoir par la menace et la violence des paroles. Or l'ouvrage de Pole^ quelque grandes qu'en fussent l'exactitude dans les faits et la puissance dans l'argumentation, était rédigé en un style assez véhément, eu égard surtout à la date où il parut, pour détourner le roi de ses intentions. 11 n'est pas rare malheureusement, en ce monde, qu'un bien solide ait été sacrifié à la gloriole de la phrase caustique et de la remarque amère couchée en une période élégante ou frappante. Le « De Unitate Ecclesiastica » déborde de figures de rhétorique qui eussent piqué et poussé à se rebeller, non à se corri-
i. « Calendar », X, 922.
ger, maint homme plus doux qu'Henri Tudor. « Je vous ai entendu dire autrefois^ écrivit l'évêque Latimer à Crumwell, après avoir vu cette furieuse invention du cardinal Pôle, que vous lui feriez manger son propre cœur, et vous avez maintenant, je pense, accompli votre prédiction, car il doit certainement dévorer son cœur aujourd'hui et rester avec aussi peu de cœur que de vertu » (1). S'entendre dire que lui, roi d'Angleterre, était pire que le Turc, et s'entendre rappeler que, tandis que Charles -Quint était engagé dans sa glorieuse expédition en Afrique, lui^ « qui portait bien à tort le nom de défenseur de la foi, non seulement tuait, mais déchirait en pièces tous les vrais défenseurs de la vieille religion de façon plus inhumaine que le Turc », ce n'était guère là le genre d'argument qu'il fallait pour convaincre Henri de ses fautes. Bien plus, les allusions transparentes que fait l'auteur à une révolte probable de ses sujets suffisaient, et au delà, pour déterminer le roi à poursuivre ses anciens errements (2). Le style des « instructions » envoyées par l'auteur en Angleterre, où il expliquait le but et la portée de son ouvrage, n'était pas non plus très propre à adoucir le ressentiment que cette attaque provoquerait, selon toute vraisemblance, dans le cœur du roi. A plus d'un titre même, la lettre dut envenimer la plaie déjà ouverte. Tel fut certainement l'effet produit sur Henri Vlll, bien qu'on ne puisse douter des bonnes intentions de l'auteur : on peut s'en convaincre par ce fait que le roi se plaignit à la mère de Pôle, la vénérable comtesse de Salisbury, et que celle-ci et
1. Monasticon, III, 451. L'évêque fait, sans nul doute, allusion à l'exécution récente des parents de Pôle.