Calendar, X
ce qui restait avait été donnée à Thomas Byrkhed, qui avait alors le titre d'abbé de Norton, pour l'entretien de l'abbaye jusqu'à la suppression définitive (1).
Entre temps, Robert Hall, le véritable abbé, avait été relâché ou s'était échappé de prison. Il arriva, semble-t-il, à son monastère au moment où les commissaires royaux étaient en train d'empaqueter les objets de valeur qu'ils voulaient emporter. « Qu'il plaise à Votre bienveillante Seigneurie, écrit Dutton à CrumwelUe 12 octobre^ d'être informée que M, Combes et M. Balles, les commissaires du roi pour le comté de Chester, se rendirent dernièrement à Norton, en ce comté, ahn de supprimer l'abbaye de cet endroit. Et lorsqu'ils eurent empaqueté les joyaux et autres objets qu'ils y trouvèrent, pensant partir le lendemain, l'abbé rassembla une foule de gens, au nombre de deux ou trois cents; de sorte que les susdits commissaires, craignant pour leur vie, furent obligés de se réfugier dans une tour : et de là ils m'envoyèrent une lettre pour m'avertir du danger où ils étaient et me prier d'aller à leur secours^ sans quoi il était probable qu'ils n'échapperaient point. Cette .lettre me parvint vers neuf heures du soir dimanche dernier, 8 octobre, et vers deux heures du matin je partais avec les amis et les tenanciers que j'avais autour de moi, et je trouvai plusieurs feux allumés dans l'enceinte du monastère et au dehors. Et ledit abbé avait fait tuer un bœuf et préparer d'autres victuailles pour les gens de son
1. « Exch. Augtnent. Office, Ministers'Accounts », 27-28 Henr. VIII, 80, M. 3. — Ceci semblerait indiquer qu'un parent du receveur Byrkhed avait été nommé aux fonctions d'abbé. Le dernier abbé régulier fut Robert Hall («Monasticon », VI, 313). Tliomas Byrkhed reçut une pension de 24 livres, tandis que l'abbé légitime fut condamné à mort, comme on le verra plus loin.
parti qui étaient là. Et l'on pensait qu'il comptait pour le lendemain sur de nombreux renforts. Néanmoins j'usai de quelque artifice et je tombai tout à coup sur eux, de sorte que toute la bande s'enfuit. Certains montèrent sur les palissades, d'autres sautèrent dans yeau, et l'obscurité était telle que je ne pus les décou- Yrir. On croit que, si cette émeute n'avait été promptement étouffée, elle aurait pris des proportions sérieuses, et quel danger en serait résulté, Dieu le sait! Quoi qu'il en soit, j'arrêtai l'abbé et trois de ses chanoines et les emmenai au château royal de Halton, et là, je les confiai à la garde du constable, pour qu'il les retînt comme rebelles au roi, sous peine d'une, amende de 1 .000 livres. Ensuite, je veillai à ce que les commissaires et leur suite partissent en sûreté et à ee qu'on rendit ses biens à William Parkes, le serviteur du roi, qui est nommé fermier du roi en ce Heu ( 1 ) . »
Au reçu de cette lettre, Henri envoya remercier sir Piers Dutton pour le grand service qu'il lui avait rendu. En réponse à la question, sous-entendue par te shériff, du châtiment de l'abbé et des trois chanoines^ le roi s'exprimait ainsi : « Sur ce point, vous saurez que^ comme il appert que les susdits chanoines et abbé ont agi avec grande traîtrise envers nous et notre royaume, c'est notre bon plaisir et commandement que si ces faits sont par vous trouvés entièrement exacts, TOUS fassiez pendre ces gens comme traîtres insignes, au reçu de la présente et sans le moindre délai, en les' lieux qu'il vous semblera convenable, pour que cela serve de terrible exemple aux autres à tout jamais. Et
i. Ellis, « Original Letlers », 3« série, III, p. 42.
n'y manquez point... Agissez avec tant de promptitude que l'affaire soit terminée le plus tôt possible (1). »
L'exécution n'eut pas lieu sur-le-champ, par la raison qu'avant d'avoir eu le temps d'y procéder, sir Piers Dutton, comme il l'explique un mois plus tard (le 30 novembre), apprit du comte de Derby le sort définitif du Pèlerinage de Grâce, et qu'il résolut d'attendre de plus amples instructions du roi. Il demande à Crumwell ce qu'il doit faire, car son collègue, le commissaire sir William Brereton, refuse d'adopter le même parti que lui, et il ajoute qu'il garde « les dits malfaiteurs et criminels étroitement emprisonnés dans son château de Chester, pour y rester confinés en toute sûreté en attendant que le bon plaisir de Sa Majesté soit connu » (2).
Quelle fut la fin réservée à l'abbé et à ses compagnons? On l'ignore, comme on ignore celle de tant d'autres à cette époque. En tout cas, il n'existe aucune preuve qu'ils aient été graciés.
L'opposition la plus formidable que rencontra Henri YIII ce fut, sans nul doute, le mouvement populaire connu sous le nom du « Pèlerinage de Grâce ».
Et le nombre de ceux qui prirent part à la rébellion, et le haut rang de ses chefs, et la violence de leur haine pour le souverain, jetèrent à bon droit Henri YIII et ses conseillers dans les plus terribles alarmes. Ils sentaient, en efiet, qu'il ne fallait point compter s'appuyer sur les populations du sud pour défendre une politique exécrée par elles. Et puis, il venait, d'au delà des mers, certaines rumeurs sur la conclusion d'alliances étrangères qui avaient pour but d'aider le peu-
i. Ormerod, « Cheshire », I, p. 502. 2. Ibid.
pie anglais à lutter pour les droits de l'Église, pour son ancienne foi, et pour ses biens temporels. Dans cinq comtés, — à partir des frontières d'Ecosse jusqu'au Lune et à l'Humber, — l'insurrection se développa pendant quelque temps sans être inquiétée.
Comme le Lincolnshire, les provinces situées plus au nord se ressentirent bientôt des effets du récent Acte de Suppression. Dans le Yorkshire, il y avait, y compris l'archidiaconé de Richmond, l'éyêché de Durham et les « filiales » des grands monastères, environ 47 couvents d'hommes et 23 couvents de femmes dont le revenu n'atteignait pas la limite fixée par la loi. De la sorte, le district perdait chaque année une somme de 4.384 livres 8 schellings 8 pence, qui passait dans la bourse du roi (1). A la fête de saint Michel cette année-là (1536), Hugh Fuller, le receveur royal pour le comté d'York, reconnaissait avoir recueilli pour le compte du roi plus de 4.500 livres, provenant des loyers semestriels, de la vente des biens et de la saisie des vases d'église, des cloches et du plomb. En outre, 503 onces de vaisselle en vermeil, 657 onces d'argenterie dorée en partie et 321 onces d'argent — en tout, 1.481 onces, estimées à 224 livres 7 schellings 6 pence — avaient été expédiées au trésor royal, tandis que l'on mettait en réserve pour la vente 133 « fodders » (2) de plomb, d'une valeur de 400 livres, et 37 cloches, estimées en moyenne à 3 livres chacune, — dépouilles que l'on avait arrachées aux beffrois et aux toitures des églises du district (3).