‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 49 sur 278 · Ibid., A, 2/29, p · texte numérisé non relu

Ibid., A, 2/29, p

Une autre partie de cet interrogatoire nous édifie mieux encore sur les motifs qui poussèrent le peuple à s'insurger. « En réponse au 23' article, dit le document, Robert Aske déclare : que, tout d'abord, il blâmait le Statut de Suppression, comme faisait le pays entier, parce que les abbayes du nord donnaient quantité d'aumônes aux pauvres et servaient Dieu de façon louable. Que, depuis un certain temps, les gens de cette contrée manquaient de consolations spirituelles et d'enseignements religieux, et qu'en raison desdites suppressions,le service divin de Dieu Tout-Puissant avait beaucoup souffert; que nombre de messes n'étaient plus dites, et qu'il n'y avait plus d'exposition du Saint Sacrement ni de bénédiction, au grand préjudice de la foi et du bien des âmes. Le temple de Dieu est maintenant abattu et rasé ; les ornements et les reliques de l'église de Dieu sont traités avec irrévérence; les tombeaux et les sépulcres de personnes nobles et honorables sont démolis et vendus. L'hospitalité n'est plus observée ; les fermiers^ pour la plupart, louent et sous-louent les fermes des anciens monastères à d'autres fermiers, par amour du lucre et des avantages qu'ils en retirent. Et les profits de ces abbayes sortent de la contrée et reviennent à Sa Majesté le roi : de sorte que bientôt il ne restera dans le pays que fort peu de cet argent provenant des loyers annuels, des dîmes et des prémices, vu que Sa Majesté le roi ne réside point en ces régions, que ses lois y sont inefficaces et que le trafic manque. De plus, beaucoup des susdites abbayes se trouvaient dans les montagnes et les lieux déserts, où les gens mènent une vie grossière et ne sont pas fort instruits des lois de Dieu. Et quand lesdites abbayes étaient encore debout, ces gens non seulement rece-

vaient des secours matériels dans leurs maladies, mais ils étaient édifiés spirituellement et par la sainteté de vie des moines et par l'enseignement religieux de leurs prédicateurs. Et nombre de leurs dépendants, soit les tenanciers soit les serviteurs, trouvaient grande assistance dans les abbayes. Et maintenant, ces tenanciers et ces serviteurs manquent de tout secours, étant privés de vivres^ d'habits et de salaires, et ils ne savent où aller pour avoir des moyens d'existence. En outre, les étrangers et les chargeurs de blé qui voyageaient entre l'évêché et le Yorkshire, le Lancashire, le Westmoreland, étaient hébergés, avec leurs chevaux, par lesdites abbayes : car jamais en ces régions on ne refusait la nourriture ni aux hommes ni aux chevaux, de sorte que les gens étaient fort bien traités par les abbayes, mais ils n'ont plus aujourd'hui pareille assistance. C'est pourquoi le susdit Statut de Suppression fut adopté pour le plus grand tort du royaume en ces contrées, et les hommes de toutes classes murmuraient beaucoup contre cette loi, et ils murmurent encore, sans pourtantfaillir à leurs devoirs d'allégeance. « Les abbayes étaient aussi l'une des beautés du royaume aux yeux de tous ceux qui passaient par là, gens du pays ou étrangers. Les personnes de condition y trouvaient de l'aide dans leurs besoins ; quantité de leurs jeunes fils y étaient reçus; leurs filles étaient élevées vertueusement dans les couvents; les titres et l'argent qu'ils laissaient entre les mains des religieux pour l'entretien des enfants étaient toujours en parfaite sûreté (1). Et celles d'entre les abbayes qui étaient exposées aux dangers de la mer maintenaient

1. Voyez, par exemple, les testaments contenus dans les « TesiamentaEboracensia », tome III, 203-205; t. V., 189-191, 222. — Voyez aussi dans

en bon état les digues,, entretenaient et faisaient des ponts, des grand'routes et autres travaux utiles à la nation (1). »

Aske passe ensuite à un autre sujet : il expose les raisons pour lesquelles il repousse l'acte du Parlement qui déclarait illégitime la princesse Marie. « On pensait aussi », dit-il en terminant, « que le divorce prononcé par l'évêque de Cantorbéry, qui accueillait l'appel de Sa Majesté^ n'était pas légal. Bien plus : on doutait de la validité du sacre de cet évêque, car il n'avait point de pallium, comme son prédécesseur. »

Puis, parlant du « Statut des prémices », Aske appelle l'attention sur les embarras que créait la nouvelle législation aux monastères qui subsistaient encore. « On pensait qu'il serait bon d'annuler ce statut^ car il devait être la ruine de l'état religieux, qui était et qui est profitable à la nation, spirituellement et matériellement, comme il a été dit. Car il peut arriver que, par suite de décès, de destitution ou de démission, Sa Majesté ait droit aux prémices deux et trois fois, ou plus, dans le courant d'une année. Et alors des gens honorables et des amis doivent se porter caution, et si la maison n'est pas à même de payer, ces gens se trouvent dans une situation critique. Aujourd'hui, en effet, tant il y a qu'en fournissant au roi des subsides et en versant les dîmes annuelles, les abbayes ont perdu toute ou presque toute leur argenterie, ainsi que leur bétail, et se sont endettées. De

r « Archseological Journal », tome XXV, p. 72, comment sir John Stanley, lorsqu'il se fit moine et entra à Westminster, stipula que son jeune héritier serait élevé jusqu'à l'âge de douze ans par l'abbesse de Barking, puis jusqu'à l'âge d'homme par l'abbé de Westminster, qui aurait la charge et la [tutelle du jeune homme.

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