Ibid., pp
sorte que les religieux sont forcés, ou de restreindre leur train de maison et leur hospitalité et d'entretenir moins de membres qu'il ne fut stipulé à l'époque de la fondation, ou bien, poussés par le besoin, d'abandonner leurs abbayes entre les mains du roi; et ainsi l'argent sort toujours du pays, au grand dommage de la population, qui regarde toutes les recherches et tous les trésors des monastères comme étant désormais propriété du roi, puisqu'il en dispose à sa volonté. Puis, comme les moines avaient des biens considérables^ ils ornaient le temple de Dieu et employaient toujours une partie de leurs richesses à secourir leur prochain dans la nécessité, car leur argent circulait parmi le peuple. On était aussi fermement persuadé que, d'après la loi de Dieu, Sa Majesté le roi ne pouvait s'emparer des prémices des monastères, car jamais roi d'Angleterre ne les avait eues avant lui, et aucun roi ne lésa encore aujourd'hui. De quoi les religieux peuvent-ils vivre, quand les revenus de la première année disparaissent cette même année? On disait également que la Convocation du clergé, à York, n'avait point souscrit à cet arrangement. C'est pourquoi, pensait-on, il serait bon d'annuler ce statut, ou du moins de le modifier, pour les raisons susdites et beaucoup d'autres. »
Interrogé sur les statuts « de la suprématie royale » et des « trahisons en paroles », Aske répliqua « qu'alors tout le monde murmurait à ce sujet et disait qu'ils ne s'accordaient pas avec la loi de Dieu. Et là-dessus il développa toutes les raisons, et pour l'une d'elles il remit même à l'archevêque d'York une explication en latin qui couvrait plus d'une feuille entière de papier... Mais la grande clameur qui s'élevait alors
dans toutes les bouches, c'était que jamais roi d'Angleterre, depuis que la vraie. foi était venue en le royaume, n'avait réclamé pareille suprématie. Et l'on verrait que l'unité de l'Eglise catholique serait de plus en plus troublée si les hommes pouvaient librement^ et par la permission du roi, proclamer leurs opinions sans craindre le déplaisir de Sa Majesté ».
A l'égard du « Statut des paroles de haute trahison », Aske déclara que, s'il n'eût été lié à la question de la Suprématie, «peu de gens y auraient trouvé à redire ». Mais sur ce chapitre,* tout le monde a peur de montrer ses connaissances, même si peu que ce soit, car ii y a une loi temporelle par laquelle on court du danger ou l'on s'attire le déplaisir du prince. Et dès lors qu'il s'agit du bien des âmes, ce serait un acte gracieux de la part de Sa Majesté le roi d'annuler le statut, afin que les hommes instruits en théologie pussent montrer leur savoir dans les Assemblées du clergé ou dans la prédication (1). »
Interrogé sur l'opinion que le peuple avait des évoques et sur ses griefs à leur endroit, Aske répliqua qu'il les tenait pour des hérétiques, « parce que les pétitions du Lincolnshire les désignaient sous ce nom, et qu'ils étaient réputés gens de la nouvelle croyance et professant les doctrines de Luther et de ïyndal. Quant à l'évêque de Worcester (Latimer), on disait qu'il avait dû abjurer sa foi, car autrement il méritait d'être brûlé pour ses sermons. Et l'archevêque de Cantorbéry était le premier archevêque de ce diocèse qui n'eût point reçu le pallium des mains d'un homme d'Église ou de celles du Pape. Et il avait pris sur lui de prononcer le divorce entre Sa Majesté le roi et la reine
l. Ibid, p. 215.
douairière Catherine, alors qu'on en appelait à l'Église. Ces actes et d'autres opinions de l'archevêque avaient été fort remarqués par ledit Aske et non pas seulement à cause que tout le monde en parlait. Et quant aux deux autres évêques (1), assurément on en disait pis que pendre : ils passaient pour être les adeptes et les prédicateurs de la nouvelle doctrine, et pour avoir porté des accusations qui avaient nui aux religieux et provoqué le Statut de Suppression, car ils prêchaient contre le bénéfice de l'habit et contre les Règles et les Ordres universellement admis dans l'Église. Ceci était dans toutes les bouches... Et, de plus, pour ce que ces évêques s'écartaient des anciens usages et enseignements de l'Église et prêchaient contrairement à ceux-ci, ils étaient réputés schismatiques » (2).
L'opinion d'Aske, le chef, était l'opinion de tous ceux qui le suivaient. Lord Darcy, à proposjde la question de suprématie royale, lui assura qu'il avait^ « en plein Parlement, devant les lords, dit tout ce qu'il pensait sur toute matière religieuse que l'on y débattrait (3). »Une autre fois, le même lord avait dit, à pro-