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et ses deux frères, Jean et Christophe, se trouvaient réunis chez son beau-frère, William Ellerkar, pour organiser une partie de chasse. Du côté paternel, les Aske descendaient d'une famille de distinction originaire du Yorkshire. Leur mère était une Clifîord, fille de John lord Clifford, le vaillant Lancastrien qui fut tué sur le champ de bataille de ïowton, et tante de Clifford, premier comte de Cumberland. Jean^ l'aîné des trois frères, habitait le domaine patrimonial d'Aughton ; Christophe avait une propriété à Marshland ; Robert, enfin, possédait un manoir dans le Yorkshire et était un avocat fort estimé du barreau de Westminster. Ce dernier s'en retournait àLondres lorsque, en traversant l'Humber sur le bac de Bar ton, il apprit pour la première fois, de la bouche du passeur, « que le peuple, du côté du Lincolnsiiire, était en révolte, qu'il avait arrêté les commissaires royaux et l'ordinaire de l'évêque, qui, d'après les bruits qui couraient, voulaient démolir les églises et enlever les ornements » . En débarquant à Barton, sur l'autre rive du fleuve, située dans le comté de Lincoln, Robert Aske avait l'intention de se rendre chez son beau-frère^ à SawclifFe. Mais il n'avait fait que deux milles lorsqu'il rencontra une bande d'insurgés à cheval, qui le contraignirent de prêter le serment de fidélité au peuple, puis l'escortèrent jusqu'au but de son voyage- Quelques jours après, les rebelles vinrent les arracher de leur lit, lui et ses trois neveux, mais ils permirent aux jeunes gens de retourner en Yorkshire « parce que deux d'entre eux étaient des héritiers présomptifs ». Quant à Robert Aske, il fut obligé de se mettre à la tête des insurgés, qui étaient au nombre d'environ 4.000. 11 accepta, semble-t-il, avec assez de bonne
Henri viii. — II. "i
grâce et pendant plusieurs jours s'efforça d'organiser le mouvement.
Mais il quitta bientôt le côté sud de l'Humber et repassa dans le comté d'York, où s'était déjà répandu le bruit qu'il avait été chef des rebelles du Lincoln shire. Il allait repartir quand il apprit le complet A insuccès du mouvement populaire et fut forcé de prendre la fuite-. Cette nuit-là (13 octobre), tandis qu'il traversait le Trent, il vit flamboyer sur les eaux les feux d'alarme, et entendit retentir les cloches qui sonnaient le tocsin et appelaient les comtés du nord à se soulever pour défendre leurs droits. Le peuple avait adopté les réclamations des communes du Lincolnshire, et, quand l'on eut ici étouffé la première étincelle, les flammes jaillirent à nouveau dans le pays tout entier, de l'Humber aux marécages d'Ecosse et de la mer d'Irlande à la mer du Nord.
Aske repassa la rivière Ouse et pénétra dans le Howdenshire, où il trouva tous les habitants sur pied. En plusieurs endroits, les villageois portaient, par manière d'étendard, « la croix de leur église ». Partout ils « contraignaient les gentilshommes et les jeunes gens de famille à venir avec eux » (1).
Le peuple avait été profondément affecté de la révolution religieuse. Il ne voulait point de la récente ordonnance qui abolissait les fêtes de l'Église, et le dimanche 15 octobre, les habitants protestèrent publiquement contre les membres du clergé qui se conformaient au décret. Ce dimanche-là, un curé n'ayant pas, au moment de la « prière pour les âmes des bienfaiteurs », annoncé la fête de saint Luc (18 octobre),
i. « Ch. House Book », A, 2/98, pp. 47-51.
« faillit être massacré après la messe. AusSi, craignant pour sa vie, il saisit la sonnette de l'autel, mais on lui fit redire la prière, et on l'obligea de jurer fidélité à Dieu Tout-Puissant, à la foi de l'Église, à notre souverain seigneur le roi et à la nation ». Le dimanche précédent, la fête de saint Wilfrid (15 octobre) avait suscité des difticultés semblables. Un témoin déclara « qu'étant ce même dimanche à l'église de sa paroisse, il s'aperçut, au moment du prône, que le curé n'annonçait point la fête de saint Wilfrid, et il demanda publiquement au prêtre pourquoi cette omission, car ce jour était toujours fête en la paroisse. Et le prêtre répondit que ladite fête et diverses autres étaient supprimées pour plusieurs motifs, de par l'autorité du roi et l'assentiment de toute l'assemblée du clergé. Et aussitôt que la messe fut terminée, la paroisse entière fut en émoi à ce propos, et les gens dirent qu'ils entendaient qu'on annonçât et qu'on célébrât leurs jours de fête comme auparavant, — ce qui s'est toujours fait depuis » (1).
Ces tracasseries royales peuvent nous sembler mes-
1. « Ch.HoLise., Book », A, 2/98 p. 53. Voici quels furent les articles publiés à Richmond :
« Tous les habitants des villes s'insurg'eront, sous peine de mort ; ils s'empareront de tous les lords et gens de condition et les feront jurer sur le missel d^observer les articles suivants :
1° Ils soutiendront les intérêts de la Sainte Église, laquelle est l'asile de la foi chrétienne.
2» Aucun lord ni <.<. gentleman » n'exigera rien de ses tenanciers. Tous leurs revenus seront employés à renverser lord Crumwell, cet hérétique, et toute sa bande : car c'est à cause d'eux que le roi a supprimé la prière et le jeûne.
3o Aucun lord ni « gentleman » n'ira à Londres. Si quelque lord ou « gentleman » refuse de prêter serment, il sera mis à mort, et son [héritier prendra sa place. Et si celui-là refuse aussi, on le mettra également à mort. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un membre de la famille consente à prêter serment. » — Le « gentleman » est J'homme de bonne famille qui a des armoiries, mais pas de titre nobiliaire, (Note du trad.)
quines aujourd'hui : à cette époque, les esprits s'émulent et se frappèrent de la résolution qu'avait prise le roi de contredire aux anciennes traditions et coutumes de l'Église d'Angleterre. On était scandalisé devoir le prince temporel s'arroger des pouvoirs insolites dans le domaine purement spirituel, on s'épouvantait à la pensée de lois nouvelles s'attaquantau cœur même de la religion chrétienne. La renommée, d'ailleurs, annonçait déjà des changements qui, défait, étaient plus que probables. — Ainsi, le « Pèlerinage de Grâce » fut certainement, aux yeux de la plupart^ un bon combat livré pour la défense de la religion et des pratiques chrétiennes, car les acteurs de ce drame s'engagèrent p«ar serment à lutter « pour le salut de l'Église du Christ^ du royaume et du roi ».
A la tête de 9.000 hommes ou plus, Robert Aske marcha sur York. Il écrivit au maire pour le presser d'ouvrir à l'armée les portes de la ville. Comme celleci n'était « pourvue ni d'artillerie ni de poudre à canon, » la demande fut agréée. Le chef lança une proclamation où il indiquait les causes qui avaient donné naissance à « l'assemblée ou pèlerinage » et invitait tout le monde à participer à l'entreprise (l). Pendant les deux jours que les insurgés passèrent alors à York, Robert Aske « rendit une ordonnance relative aux maisons religieuses supprimées, car le peuple tenait absolument à les rétablir. Cette ordonnance fut affichée sur le portail de la cathédrale d'York, afin que tous les religieux des monastères supprimés se rendissent là et apprissent comment ils se devaient eomporter. Ladite ordonnance était ainsi conçue : — I*es prieurs et les moines devaient tout d'abord rentrer
i. Papiers d'État, I, p. 46S.
dans les monastères dissous et, sur un mémoire dentelé, dresser l'inventaire des biens qui restaient et qui, avant l'expulsion, leur appartenaient; puis garder une partie de la feuille et remettre l'autre au fermier du roi. Ils devaient réclamer audit fermier les vivres et vêtements nécessaires, pendant le temps qu'on préparait une pétition à Sa Majesté, et s'employer au service de Dieu, et prier pour le salut du roi. — Et b.vl cas où le fermier ne voudrait point consentir, alors les religieux devaient prendre des susdits biens, par l'entremise de deux personnes impartiales, et par mémoire dentelé, ce qui leur serait nécessaire pour vivre pendant le temps indiqué » (1).
Forts de cette décision, quantité de moines et de religieuses expulsés rentrèrent dans leurs couvents. «La besogne est vite finie, quand les bras sont prêts à servir et qu'on est entouré de gens sympathiques. Dans la semaine qui suivit, l'on chassa de partout et d'iiR commun accord les tenanciers du roi. Les dortoirs vides se repeuplèrent; les réfectoires furent de nouveau remplis de visages radieux (2). » « Quelque tard qu'il fût à leur retour, les moines chantèrent les msrtines cette même nuit (3). » L'abbaye de Sawley, qiïi était déserte depuis le 14 mai, et qui avait été vendue, avec tous ses effets mobiliers, à lord Darcy pour près de 400 livres^ fut de nouveau occupée par l'abbé ^ ses vingt et un frères (4), et « comme elle était d'ua grand secours, car elle s'élevait dans une région montagneuse au milieu de trois forêts », les gens de Cra-