Papiers d'État, I
2. « Chapter H. Book », A, 2/28, p. 55. (Remarquez lord Darcy qui « fait le sot personnage. »)
avec un corps de troupes sur l'abbaye de Sawley pour -en chasser les moines réintégrés depuis peu, et que les habitants du pays se rassemblaient pour lui résister. Par l'intermédiaire du comte de Shrewsbury, Aske réussit à arrêter la marche de lord Derby, et il fit porter au peuple, « qui avait déjà atteint l'abbaye de Whalley», un message où il l'invitait à « se retirer de nouveau dans les montagnes ».
Le jour suivant, le chef dut partir par York afin d'y calmer le peuple. Le lendemain matin, il se remettait en chemin pour aller remplir la même mission à quatorze milles de là, au prieuré de Watton, de l'Ordre des religieux de Sempringham..., « pour apaiser les gens de ce lieu qui voulaient choisir un nouveau prieur parce que l'autre avait fui vers lord Crumwell, son patron^ et qu'il avait abandonné près de soixante ou quatre-vingts frères et sœurs de ladite maison, sans laisser seulement quarante schellings pour toute ressource ». Aske parvint à calmer le peuple et il « délégua le sous-prieur d'alors pour diriger la maison », le prieur étant toujours absent.
Le lendemain encore, Aske partait pour aller voir à Hull sir Robert Constable, qui occupait la ville au nom du peuple, et examiner les fortifications construites en vue de parer à toute surprise de la part de Suffolk, qui campait « juste en face de la ville ». Hull était tombé au pouvoir de William Stapleton, l'un des chefs de l'insurrection, vers le milieu d'octobre. Pendant les quelques jours que la ville lui tint tête, il se produisit un incident qui montre combien ceux qui dirigeaient le mouvement étaient résolus à empêcher leurs soldats de commettre aucun acte de violence. Des plaintes étaient parvenues à Stapleton sur le pillage et les vols
qui avaient lieu. 11 établit une surveillance, prit deux hommes en flagrant délit et « leur laissa croire qu'ils allaient mourir. Puis il leur désigna pour confesseur un moine qui se trouvait dans sa troupe, et leur conseilla de se purifier avant de paraître devant Dieu, et le susdit William », qui raconte l'histoire, « croit qu'ils se préparèrent à une mort certaine. Après quoi, ledit William manda Spalding, un batelier, et en présence de tous les hommes, il fit sortir des rangs les deux coupables, dont l'un^ qui avait droit d'asile (1), fut attaché avec une corde par le milieu du corps à l'extrémité du bateau, et on le traîna ainsi sur l'eau, et on le fit plonger à plusieurs reprises en lui appuyant l'aviron sur la tête (2) ».
Mais, pendant que Robert Aske s'occupait sans cesse à contenir l'effervescence des esprits et leur donnait l'espoir qu'Henri VIII accueillerait leur pétition avec faveur, les agents du roi tramaient deux complots pour se débarrasser, par l'assassinat ou par la trahison, de celui qui les gênait. « Hélas, mylord! écrivait lord Darcy à Norfolk, se peut-il que vous, un tel homme d'honneur, me conseilliez de vendre homme en ce monde, fût-il français, écossais ou même turc, et que vous me choisissiez pour cette tâche ! Quand j'y gagnerais, pour moi ou mes héritiers, le plus beau duché de France, je ne voudrais point trahir âme qui vive (3). »
Vers le milieu de novembre, les deux envoyés de l'armée rebelle, Ellerkar et Bowes, regagnèrent le nord porteurs « d'assurances plus ou moins consolantes »
1. « Sancluary man » : homme qui s'est réfugié dans un asile, c'est-îi-dire dans une église. (Note du trad.)