CHAPITRE IV
La seconde insurrection du Nord.
Cédant aux conseils d'Aske, les bandes d'insurgés se dispersèrent promptement et regagnèrent leurs foyers. Le chef lui-même se fia aveuglément aux promesses du roi transmises par le canal du duc de Norfolk, et il n'hésita pas à remplir sa part de la convention. Le gouvernement du roi avait été à la veille d'être renversé, cela n'est pas douteux ; car l'insistance pressante que l'on met à affirmer la fidélité des quelques troupes qu'Henri YIII avait rassemblées pour s'opposer à la marche en avant des rebelles, tend à rendre suspect leur attachement à la cause royale. Dès les premiers jours de novembre, le monarque s'était préoccupé de devancer la fâcheuse impression que produirait l'annonce de cette nouvelle révolte sur les Cours étrangères. Dans ce dessein, il se servit du même moyen qu'à l'époque des troubles du Lincolnshire,et il écrivit à ses ambassadeurs en France la version qu'il désirait voir circuler au dehors. Donc, leur dit-il, « vous pouvez hardiment affirmer la vérité de
tout cela, devant tout le monde et n'importe qui, chaque fois que vous aurez besoin, lieu ou occasion d'en parler. » A en juger par les documents, la version du roi est loin d'être exacte dans aucun de ses détails. L'insurrection fut projetée, déclare-l-il, par ceux qui comptaient se livrer au pillage à la faveur des troubles : pensée qui fut nettement absente des esprits, d'un bouta l'autre de la campagne. Il ajoute que, lorsque le peuple eut appris qu'il avait été trompé par ses chefs, il « déplora beaucoup les offenses commises » et avec humilité « en sollicita le pardon ». « Et quant aux gens du Yorkshire », continue-t-il, « ils se sont désistés, et ils regrettent leur tentative de trahison et s'efforcent, par d'instantes prières, d'obtenir leur pardon : de sorte que, nous n'en doutons point, nous pourrons dans quelque temps disposer d'eux selon notre volonté et les amener à se soumettre comme ceux du Lincolnshire... Et en ce moment les deux comtés restent entièrement à la merci de nos ordres, ni l'un ni l'autre n'ayant son pardon ni aucune promesse certaine de l'avoir, C'est pourquoi vous pouvez avec hardiesse, non seulement donner l'assurance des faits ci-devant spécifiés, mais affirmer aussi que contre chacune de ces révoltes (qui furent tentées l'une après l'autre, à l'instigation d'un seul auteur principal), nous levâmes, et cela en l'espace de six jours pour chacune, deux armées telles que, crojons-nous, elles eussent pu d'abord écraser les susdits rebelles et rester ensuite capables de livrer bataille au plus grand prince de la chrétienté. Et sûrement nous devons, autant que prince le dut jamais, une vive reconnaissance à Dieu, pour avoir trouvé nos sujets si empressés et si ardents à combattre, s'il l'a-
vait fallu, contre les rebelles, à tel point que nous fûmes obligés de les retenir et d'en renvoyer une multitude dans leurs foyers, au lieu d'avoir eu à les exciter, par des appâts quelconques, à marcher en avant... Nous avons de nouveau la paix, sans effusion de sang, sans coup férir, — ce qui semble assez étrange et peut-être ne s'est pas vu souvent, car la masse des insurgés était telle que, n'en doutez pas, elle eût été capable, bien pourvue d'artillerie et de bouches à feu et de bons capitaines, de mettre en déroute la meilleure armée soit de l'empereur, soit du roi de France (1). » Il est inutile de signaler les contradictions et les mensonges manifestes que renferme cette lettre d'Henri. L'intérêt de ce document, c'est qu'il nous montre quelle était la valeur de la parole royale, sur la foi de laquelle les insurgés avaient déposé les armes.
Mais, en dépit des assertions formelles du roi, la vérité s'était fait jour. Le 24 décembre, Crumwell écrivit aux mêmes ambassadeurs, sir John Wallop et Gardiner, évêque de Winchester, pour les entretenir des rumeurs qu'on avait mises en circulation sur les moyens employés en vue de contenir la révolte et sur la nécessité où le roi s'était trouvé de capituler. Il était absolument faux, prétendait-il, que « les gens du peuple assemblés pour défendre le roi » fussent « si pusillanimes et si peu empressés qu'ils n'eussent point accompli leur devoir, si on en était venu aux extrémités ». Néanmoins, il reconnaît que tel était le bruit qui courait dans le pays, mais affirme que la plupart des soldats du roi pleurèrent presque quand on leur
i. Tierney, « Dodd », I, p. 430. — Citation de « l'original, qui est en ma possession », déclare l'auteur.
ordonna de revenir : « ils pensaient que les rebelles n'étaient point châtiés avec assez de rigueur » (1). En tout cas, il est une vérité constante : c'est que le duc de Norfolk n'avait aucune confiance dans les troupes qui étaient à son service. Et lui et Henri répugnaient à « risquer l'honneur du roi en livrant bataille ». Le monarque s'en remit donc à la discrétion de Norfolk, à qui, toutefois, les membres de Conseil reprochèrent de leur envoyer « trop de lettres désespérées, sans y parler d'aucune façon de remédier à la situation » (2).
A l'égard des promesses faites aux insurgés, la fin d'une lettre écrite par Crumwell, quelques semaines après que le duc de Norfolk les eut transmises au nom duroi, nous montre combien peu ce dernier se regardait lié par elles. « On raconte », ainsi s'exprime Crumwell, « que les choses devraient être arrangées au moyen d'articles et de conditions. 11 est vrai qu'au début, les rebelles rédigèrent une pétition en vue d'obtenir certains articles ; mais ensuite ils y renoncèrent et s'abandonnèrent au bon plaisir de Sa Majesté,, implorant son pardon de manière très humble et très respectueuse, avec le plus grand repentir imaginable; à tel point que, après avoir demandé dans leur principal article, outre leur pardon,la convocation d'un parlement pour qu'il confirmât ce pardon, ils laissèrent entièrement à Sa Majesté le soin de convoquer ladite assemblée^ sans fixer lé lieu, l'époque ni aucun autre détail à cet égard. Et ce que je vous rapporte ici, vous le pouvez déclarer à tous comme étant la vérité ;*carper-