Ghapter House Book *, A, 2/28, p. Ô
cieuse. Il est probable que, malgré leur envie de devenir à nouveau maîtres de leurs monastères, les religieux ne jouèrent pas un rôle actif dans l'œuvre d'expropriation des receveurs royaux. De la relation d'Aske il appert que le peuple était déterminé, non seulement à empêcher toute suppression dans l'avenir, mais à demander que les maisons déjà tombées au pouvoir d'Henri VIII fussent rétablies. C'est ainsi que, ©omme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, les habitants du pays avoisinant le prieuré de Ferriby avaient insisté pour que l'on y réintégrât deux des anciens moines, car le fermier du roi, sir William Fairfax, « était trop disposé à gaspiller les biens de ladite maison ».
Pareillement, le peuple fut indigné de la suppression du prieuré voisin de Haltemprice. Ému par la vente des biens du monastère, — laquelle rapporta au receveur près de 250 livres, — et par le transport de coffres qu'il supposait contenir les objets de valeur dérobés au prieuré voisin, le peuple résolut de mettre nn terme à toutes ces déprédations. William Staplelon, l'un des chefs du mouvement, déclara qu'on kii avait dit qu'il avait été déposé « dans la maison de Beckwith, à Southcave, un grand trésor du roi, provenant des abbayes de Ferriby et de Haltemprice. Sur qnoi, pour contenter le peuple et préserver les biens, s'il y en avait, ledit William prit avec lui certaines honnêtes personnes et il éloigna les personnes inconsidérées autant qu'il put. Et il trouva une femme qui gardait la maison ; et, descendant de son cheval, il entra avec six personnes seulement, — les autres restèrent à la porte, — et il demanda où était le prêtre,... lequel s'était caché, par crainte de certaines personnes
inconsidérées qui étaient venues avant l'arrivée dudit William et avaient menacé de détruire le butin et de tuer le prêtre. Mais quand le prêtre sut qui le demandait, il parut, frissonnant et tremblant de peur. Et ledit William lui demanda quel trésor il y avait dans les deux gros coffres en fer, et il répondit : rien que des dépositions écrites. Ledit William, pour apaiser le peuple, répliqua que cela se pouvait en efîet^ mais qu'il eût aussi pu se faire que ce fussent des ornements d'église et autres trésors. » Toutefois, le prêtre finit par « lui montrer une lettre de la main de Beckwitli ordonnant le transport desdits coffres et prouvant qu'ils contenaient des dépositions et preuves écrites ». Après l'assemblée de Doncaster et la dispersion des insurgés qui regagnèrent leurs foyers, les hérauts du roi furent expédiés partout dans les comtés du Nord pour proclamer le pardon royal. En même temps, l'envoyé avait ordre de noter avec soin comment les gens du peuple se comportaient, et s'ils s'étaient remis à leurs occupations ou étaient encore en l'air. Lorsqu'il le jugerait à propos, il pourrait déclarer combien triste était le roi de voir qu'au bout de vingt-huit années, pendant lesquelles il « les avait toujours choyés en toutes choses, plutôt comme ses enfants légitimes que comme ses sujets », ils prêtaient l'oreille à de fausses rumeurs sur son compte. Ce qu'avait fait le roi, leur dirait-il^ avait l'approbation du parlement et du clergé. Puis, « avec de douces paroles », il ajouterait « que le roi, bien qu'ayant un corps d'armée de 50.000 hommes, outre les forces dirigées contre eux », résolut, dans sa grande affection à leur égard, dès qu'il eut appris qu'ils s'étaient retirés, de ne pas avancer et de ne pas les châtier comme ils le méritaient.
Après ces déclarations, le héraut devait lire la proclamation, puis ordonner qu'elle fût affichée sur la Croix de la place publique et veiller rigoureusement à ce que personne ne l'arrachât. « Et en dernier lieu »,le fonctionnaire royal « devra, pendant tout son voyage, user de diligence pour approfondir secrètement quels moines, chanoines, religieuses ou autres religieux des abbayes venant sous l'effet de l'Acte de Suppression et licenciés par les commissaires de Sa Majesté, ont été réintégrés par les rebelles dans les susdites maisons, comment ils s'y conduisent, et si le peuple désire qu'ils continuent à y rester » (1).
L'interrogatoire de William Colyns, bailli de la ville de Kendal^ nous renseignera sur la manière dont furent observées les instructions d'Henri VIII relatives à la proclamation du pardon. « Et, le lendemain de la fête de Notre-Dame avant Noël,» ainsi s'exprime la relation de cet interrogatoire, « ils reçurent à Pomfret le gracieux pardon du roi, qui devait être donné en la ville de Kendal, sous le grand sceau de Sa Majesté, dans la maison du prévenu, quand il serait apporté par Clarencieux, le héraut, environ quatorze jours avant ladite fête de Notre-Dame. Lequel héraut fit proclamation du pardon royal en la ville de Kendal, ledit quatorzième jour. Et, comme certains fermiers des prieurés environnants lui mandèrent que divers moines prenaient leur blé et que cela pourrait causer des meurtres, pour ce motif, le susdit héraut défendit publiquement au nom du roi, sous peine de haute trahison, qu'aucun homme n'inquiétât un autre homme au sujet de la possession des terres et des
i. Papiers d'État, I, 473.
dîmes ; ajoutant que tout devait rester en la même situation que lors de la dernière assemblée de Doncaster, jusqu'au retour du duc de Norfolk dans le pays^ qui aurait lieu vers le vingtième jour après Noël. Ce qu'ayant dit, le héraut partait quand vinrent deux frères de l'ancien prieuré de Cartmell, lesquels demandèrent au héraut de leur donner par écrit ledit ordre, afin qu'ils pussent le montrer à leurs voisins. 11 répondit qu'il n'avait point le loisir de s'arrêter, mais pria le prévenu de leur écrire un mot ou deux dans le sens dudit ordre. Et là-dessus, le prévenu, à la requête du héraut, et afin que les susdits religieux n'encourussent point le danger d'enfreindre les statuts du roi, leur écrivit l'ordre en ces termes : « Voisins de Cartmell, le héraut du roi a fait ici proclamation que chacun, sous peine de haute trahison, doit laisser tout, fermes, dîmes et le reste, dans le même ordre et aux mains des mêmes possesseurs qu'au moment de la dernière assemblée de Doncaster, — excepté que vous voudrez bien, par charité, aider quelque peu à vivre les frères qui sont au milieu de vous (1). »
« Comme il me montra, dit un témoin, que tous les chanoines de Cartmell étaient rentrés dans le monastère, sauf le stupide prieur qui ne voulait point les aller rejoindre, j'écrivis à ce dernier. Autant que je m'en souviens, voici quelles furent mes paroles : Attendu que tous les religieux des contrées du Nord ont été de nouveau installés en leurs maisons par le peuple, vous seul ayant repoussé cette intervention et vous étant retiré, je crois que vous pouvez en toute sûreté rentrer et faire comme les autres, vous tenant