Papiers d'État
Henri viii. — II.
certainement joué aucun rôle dans les différentes révoltes, furent jetés en prison.
Avant de raconter le dénouement de ce drame qui fut le « Pèlerinage de Grâce », c'est-à-dire le procès et l'exécution de ceux qui avaient trempé dans l'insurrection, nous appellerons l'attention du lecteur sur la part qu'y prirent les religieux. Le roi, dans la lettre citée plus haut, prétendait que « tous ces troubles étaient nés de l'instigation et des perfides complots des moines et chanoines de ces contrées ». Il sera intéressant de voir jusqu'à quel point une pareille assertion, justifiée en apparence par les nombreuses exécutions d'abbés et de moines, est confirmée par les dépositions et les interrogatoires des témoins et des prisonniers, desquels seuls eût dépendu, si la justice avait suivi son cours^ la sentence de mort ou d'acquittement.
Parlant des premiers jours de la révolte, William Stapleton accuse un frère Observantin d'avoir été mêlé au mouvement. Il demeurait, dit-il, chez les Dominicains de Beverley, avec son frère aîné Christopher, « homme très faible, décrépit et impotent », qui était malade depuis près de seize années et vivait à ce moment-là chez les Frères, « pour changer d'air », ainsi qu'il avait déjà fait l'été précédent, « depuis mai jusqu'après la mi-été ». William, qui était en route pour Londres, ne put partir, suivant son intention, le 4 octobre, parce qu'il avait appris que le « commun du comté de Lincoln » s'était insurgé. Il s'attarda de jour en jour, jusqu'au dimanche 8 octobre, où le peuple des environs de Beverley prit les armes à son tour. William Stapleton voulut empêcher les siens de sortir; mais il ne put retenir la femme de son frère : elle
alla jusqu'à la haie et s'écria : « Que Dieu vous bénisse et vous conduise dans votre bonne cause ! » On lui demanda où étaient les siens, et elle répondit : « Ils sont chez les moines. Tirez-les dehors par les cheveux. » Cette action lui attira le blâme des deux frères, mais elle leur répliqua que « c'était assurément la querelle de Dieu ». Stapleton déclara qu'à cette époque il y avait avec le peuple « un certain sir Thomas Johnson, autrement nommé Bonaventure, frère Observantin, lequel avait prêté serment et s'était maintes fois trouvé en compagnie du susdit Christopher, soit chez lui à Wighill, soit à Beverley. Auparavant,, ce frère avait été attaché à ladite maison de Beverley par le docteur Vavasour, supérieur des Dominicains d'York. Et le susdit Bonaventure surveilla beaucoup le soulèvement, et il allait, avec grande activité, de la femme de sir Christopher audit peuple turbulent, et il citait souvent les Écritures pour les fortifier tous dans leur projet » (1).
Ce fut, selon toute apparence, à l'instigation de ce frère que William Stapleton fut obligé par les insurgés de se mettre à leur tête. Plus tard même, affirme Stapleton, « l'Observantin s'offrit à endosser une armure et à partir en guerre, et ainsi fit-il pendant la première étape ». Le même témoin accuse « sir Robert, moine du couvent de Saint-Robert de Knaresborough », de s'être employé en toute diligence à exciter le peuple à se joindre aux rebelles. Ces deux noms sont à peu près les seuls que l'on cite comme se rattachant à l'insurrection et qui n'appartiennent pas à des abbayes bien connues dans l'histoire pour avoir été frappées