‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 10 sur 288 · llist. MSS. Comra. Hept. », V. p. ni · texte numérisé non relu

llist. MSS. Comra. Hept. », V. p. ni

Les vassaux attachés au sol de façon permanente disparurent, et le procédé moderne de location fut mis en vigueur. Les résultats furent considérables. Le] paysan propriétaire devint l'exception ; la population se détacha du sol et ne fut plus retenue par les liens d'autrefois aux seigneurs de la terre. Ce fait amena lentement, mais sûrement, la destruction de la puis-: sance des nobles et l'agrandissement de celle du sou-j verain, si bien qu'au temps d'Henri VIII, le roi d'Angleterre devint, en réalité, un despote.

Il est facile de prouver que le pays ne s'était pas encore remis, au seizième siècle, des suites du fléau. Les lois qui furent publiées dans les premières années du règne d'Henri VIII, en vue de la reconstruction des villes et de la restauration des rues et des maisons, montrent bien que ces effets étaient encore visibles et que le besoin de maisons nouvelles commençait à se faire sentir. Les ambassadeurs de Venise, qui décrivent les villes anglaises avec leurs rues délabrées et leurs nombreux espaces vides, et qui mentionnent la rareté des habitants dans tout le pays, constatent ce triste état; mais la cause remontait à un siècle et demi. L'épidémie de 1349 fut presque un désastre pour i'Église. Outre la misère et la détresse provoquées par le dépeuplement des terres et la diminution des dîmes qui s'ensuivit, la disparition subite d'un grand nombre de membres du clergé rompit forcément la chaîne des meilleures traditions de la coutume et de l'enseignement religieux. De plus, la nécessité qui obligea les évoques à confier les cures vacantes à des ecclésiastiques jeunes et inexpérimentés, sinon réellement ignorants, produisit des résultats dont les générations postérieures se ressentirent encore longtemps.

Les maisons religieuses souffrirent fort, elles aussi : non seulement leur principale source de revenus était détruite, par suite de la dépréciation que subit la valeur de leurs terres, mais elles ne pouvaient plus trouver de travailleurs pour les cultiver et pour remplacer les tenanciers enlevés par la peste. Pis que cela : le nombre des moines était si réduit, que l'accomplissement assidu de leurs devoirs religieux et des obligations imposées par les règlements du cloître, leur devenait difficile et souvent presque impossible. Au point de vue du nombre et très probablement aussi de la discipline, les différentes communautés religieuses n'avaient pas encore, à l'époque de leur dissolution définitive, reconquis le terrain perdu dans l'année de la « peste noire ».

Nous devons également noter la longue et funeste querelle qui mit aux prises la Maison d'York et celle de Lancastre comme tenant une place très importante dans l'enchaînement des événements qui rendirent possibles, sous le règne d'Henri VIII, tant de modifications politiques et sociales. Depuis l'année 1452, où le duc d'York prit, pour la première fois, les armes envue d'écarter ses ennemis des conseils d'Henri VI, jusqu'à la bataille de Tewkesbury, en 1471, l'Angleterre avait été le théâtre d'incessantes et terribles guerres civiles. Pendant dix ans, à partir de l'avènement d'Edouard IV jusqu'à la bataille de Tewkesbury, les hostilités n'avaient pour ainsi dire pas cessé, et ce ne fui qu'en 1487, à la bataille de Stoke, laquelle établit définitivement Henri Vil sur le trône, que les guerres des Deux-Roses prirent fin, après avoir duré trentecinq années.

Les dangers et les incertitudes de près d'un demi-

siècle, ainsi que la férocité brutale d'une si longue lutte, imprimèrent fatalement un cachet spécial aux hommes de la première période des Tudors (1). Au moment où Henri succéda à son père, tout homme de trente ans devait avoir conservé des souvenirs personnels de cette guerre affreuse, et ses parents l'avaient traversée tout entière. « Le comte d'Oxford, l'un des quelques chefs agissants qui avaient survécu à la lutte, vivait encore. Le comte de Surrey, qui se battit pour Richard à Bosworth, naquit peu de temps avant le début des guerres civiles et mourut un peu avant le premier divorce d'Henri. Lorsque cette grande question commença d'être débattue, tout homme alors âgé de soixante-dix ans était né l'année même où le premier sang avait coulé : il avait six ans lorsque Edouard IV fut proclamé roi, et seize lorsque Henri VI fut assassiné à la Tour de Londres et que son fds, le prince Edouard, fut tué à Tewkesbury » (2).

La connaissance des dangers et des troubles de cette longue guerre civile, acquise soit par l'expérience personnelle, soit par les récits paternels, eut pour résultat évident une disposition à tout risquer plutôt que de revenir à une telle époque de détresse et de meurtres. Les périodes de révolution inspirent une prudence particulière, et les guerres prolongées poussent à se cramponner « à la paix et à s'y tenir ». Voilà ce qui explique la longanimité du peuple anglais, en général, au temps d'Henri VIII, et sa facilité à obéir

i. Ceux qui voudraient approfondir la question feront bien de lire une étude de H. W. Wilberforce sur « les Événements qui préparèrent la Réforme en Angleterre », dans ses « Essais sur la Religion et la Littérature », 2e série (Longman, 1867).

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