Wilberforce, ibid., p
aux caprices et aux désirs du souverain, plutôt que de mettre son repos en péril par la résistance.
Un autre résultat indirect et plus important encore de la guerre des Deux-Roses, ce fut la destruction, si profitable aux Tudors, du pouvoir de la noblesse. Au temps des Plantagenets, la véritable puissance du royaume était détenue par un nombre de nobles relativement petit. Richard II n'aurait point eu à redouter Bolingbroke, qui débarqua en Angleterre avec quinze lances seulement, si les comtes de Northumberland et de Westmoreland n'étaient venus se joindre à lui avec leurs nombreux vassaux. La cause de Bolingbroke attira sous sa bannière les grands seigneurs des pays qu'il traversa pour arriver à Londres. C'est également ainsi que tomba Edouard IL
Les guerres des Deux-Roses achevèrent donc l'œuvre commencée par les fléaux du quatorzième siècle et brisèrent d'une façon définitive le pouvoir des nobles. La « peste noire », en modifiant les conditions du fermage, et en privant par cela même les seigneurs territoriaux de leurs droits sur la vie et les services de leurs dépendants, rongea petit à petit les forces intimes de l'ancienne noblesse, pendant que les querelles intestines (liaient ce qui était l'orgueil et la fleur des plus grandes familles. Le but auquel tendit inflexiblement la politique de Warwick, le «Faiseur de rois », fut la suppression des chefs du parti opposé. La guerre fut fatale à l'aristocratie. « L'influence indirecte et cachée de ces conflils, écrit M. Brewer (1), fut beaucoup plus remarquable. Ils furent réduits en miettes, les rangs de cette puissante; aristocratie territoriale, qui
\. « Calendar », I, préface] LXXV. (Nous emploierons ce seul mot pour les renvois au « Calendar » de Brewer et (iairdncr.)
avait toujours bravé les rois, même les plus populaires, même les plus énergiques. »
Cependant, bien que solidement assis sur le trône, Henri YI1 pensait encore, avec une prudence jalouse, que, pour être ainsi brisée, la puissance des nobles n'en devait pas moins être surveillée. De là un acte du Parlement qui se réunit après la bataille de Bosworth et défendit aux lords de vêtir de leur livrée d'autres personnes que leurs valets. Cette loi spéciale permit au roi d'accomplir le fameux acte de rapacité que l'histoire rapporte : il contraignit le comte d'Oxford, qui l'avait reçu au milieu de ses vassaux en livrée, à payer une amende de 10.000 livres sterling, somme qui équivaut, chose incroyable, à 200.000 livres de notre monnaie (1) (soit cinq millions de francs).
A l'avènement d'Henri VIII, tout indice de pouvoir naissant provoquait encore une surveillance empressée et une répression prompte et efficace ; mais la couronne n'avait plus guère à craindre la noblesse autrefois si forte. Aussi la situation et l'autorité des Tudors furent-elles tout autres que celles de leurs prédécesseurs et la suprématie royale, de vaine théorie qu'elle était, devint fait accompli (2).
De là une conséquence immédiate : la stabilité que les traditions et les prudents conseils de l'ancienne noblesse donnaient au vaisseau de l'État, disparut au moment où il en avait le plus besoin pour résister à la tempête menaçante des idées révolutionnaires. Les nouveaux pairs, qui furent créés aux quinzième et seizième siècles pour supplanter la vieille aristocratie, n'étaient attachés ni par naissance ni par
i. Lingard, V, 336.