‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 100 sur 288 · Stow, « Annals », éd. de 1645, p · texte numérisé non relu

Stow, « Annals », éd. de 1645, p

ton honneur et la postérité, pour obtenir de gras bénéfices, devenir de riches abbés, arriver aux fonctions épiscopales et autres dignités ecclésiastiques. Tels sont, dis-je, les quatre cents prophètes qui, pleins de l'esprit de mensonge, cherchent à vous tromper. Mais prenez bien garde qu'une fois séduit, vous ne trouviez le châtiment d'Achab, dont les chiens devaient lécher le sang (1) ».

Le même historien nous éclaire sur les suites qu'eurent ces dénonciations hardies : « Le roi, dit-il, ainsi blâmé, supporta tout patiemment et ne fit nulle violence à Peto. Mais le dimanche suivant, huitième jour de mai (2), le Dr Curwin (3) prêcha au même endroit : il prit sévèrement à partie Peto et sa prédication, et il le traita de chien, de calomniateur, de vil et misérable frère, de cloître, de rebelle et traître, disant qu'aucun sujet ne devait parler avec tant d'au-

1. Nicholas Harpsfield (ut supra) fait ce même récit et ajoute :« Ce qui poussa le Père à prononcer ces paroles, Dieu le sait ; mais un fort étrange événement montra dans la suite qu'elles se vérifièrent. » Il rapporte alors cet incident bien connu : le cercueil d'Henri se fendit, après qu'on l'eut déposé pour la nuit dans les murs profanés du monastère de Sion, et l'on vit un chien noir lécher le sang qui en sortait. Cet incident, dit-ii, fut rapporté par un certain William Consett, qui prétendait avoir été présent et avoir eu beaucoup de peine à chasser le chien. L'auteur d'un manuscrit (Écri's du commencement du xvne siècle, Brit. Muséum : Sloane Manuscript 2495, f. 16) raconte qu'il apprit le même fait de la bouche du plom bier « et d'un certain William Grevill, qui était présent».

2. Stow, p. 559, dit que le sermon eut lieu le 28 mai. Probablement lesdeux dates sont fausses, car ni le 8 ni le 28 ne tombèrent un dimanche dans ces années-là. Le 18 mai fut un dimanche, en 1538.

3. Curwin, ou, comme l'appellent les registres du diocèse de Hereford,. « Mgr Hugo Goren, » était un chanoine de Hereford. A la mort de l'évêque Fox, il fut chargé par Granmer d'administrer le diocèse sede vacante (voy. son registre). Bonner, en sa qualité d'évêque consacré de Hereford, le prit pour commissaire. Du temps de Fox, il avait occupé le poste de vicaire général. Il fut fait doyen de Hereford en 1541, archevêque de Dublin en

1555, et,en 1567, il fut appelé par Elisabeth au siège épiscopal d'Oxford .

dace à son prince... Puis, supposant avoir ainsi entièrement détruit Peto et ses partisans, il éleva la voix : « C'est à .toi, Peto, que je parle, s'écria-t-il, qui te donnes pour Michée, afin de calomnier les rois. Mais maintenant on ne peut plus te trouver, car tu as fui, plein de honte et de crainte, incapable que tu étais de répondre à mes arguments. » Et tandis qu'il parlait ainsi, il y avait un certain Elstow, frère en religion de Peto, qui, du jubé où il se tenait debout, dit hardiment au Dr Curwin : « Bon docteur, vous savez que le Père Peto est parti, comme il en a reçu l'ordre, à un concile provincial qui se tient à Cantorbéry, et qu'il n'a pas fui par crainte de vous, car demain il sera de retour. En attendant, me voici comme un autre Michée, et je donnerais ma vie pour prouver la vérité de toutes ces choses qu'il a tirées des saintes Ecritures. Et je vous provoque à ce combat devanl Dieu et devant tous les juges équitables. C'est à toi-même que je m'adresse, Curwin, à toi qui es l'un des quatre cents prophètes en qui est entré l'esprit de mensonge, qui cherches à assurer la succession du roi par l'adultère, et qui attires le roi vers sa perte éternelle, bien plus pour ta vaine gloire el la soif des honneurs que pour la satisfaction de ta conscience engluée et pour le salut du roi . »

Il est plus commode de s'imaginer cette1 scène que de la dépeindre. Henri en personne étail revenu à l'église des Observantins de Grecnwich pour assister à l'écrasement de l'audacieux prédicateur du dimanche procèdent. Le IMairwin. en l'absence du frère INI.», complaît soulever son auditoireà l'aide de ses violentes dénonciations. Les rôles furent renversés lorsqu'un autre frère de Greenwich se pencha par-dessus le

jubé, et non seulement défendit son frère absent, mais accusa sévèrement Curwin lui-même de ne songer, en agissant comme il le faisait, qu'à son propre avancement. « Cet Elstow, continue le chroniqueur, s'échauffa et parla avec grande véhémence (1), de sorte qu'on ne put lui faire cesser son discours avant que le roi lui-même lui eût commandé de se taire (2). » Le jour suivant on amena, conformément aux ordres royaux, les deux frères Peto et Elstow en présence du Conseil. Elstow répondit avec la même hardiesse aux menaces d'Henry Bourchier, comte d'Essex. Après que les lords les eurent réprimandés, « le comte d'Essex leur dit qu'ils avaient mérité d'être mis dans un sac et jetés dans la Tamise. Là-dessus, Elstow répliqua en souriant : « Menacez ainsi les gens riches et délicats qui s'habillent de pourpre, font bonne chère et placent toutes leurs espérances en ce monde, car nous, nous n'y prenons nullement garde et nous sommes joyeux d'être chassés d'ici pour avoir accompli nos devoirs. Grâce à Dieu, nous connaissons le chemin du ciel. Nous sommes prêts à partir par eau comme par terre, et peu nous importe d'y aller d'une

1. Après avoir rapporté la réponse d'Elstow à ce « grand Goliath fanfaron », Harpsfield (ut supra), p. 204, ajoute : « Il aurait voulu dire encore beaucoup de choses; mais on eut grand'peine à l'arrêter. En entendant cela, le roi entra dans une colère terrible et, très courroucé, ordonna que ces frères fussent transportés dans un lieu où il n'entendrait plus jamais parler d'eux. » L'auteur dit qu'il tenait tous ces détails d'Elstow lui-même.

2. Harpsfield (ut supra) fait, à beaucoup près, le même récit. 11 raconte que le Dr Curwin, sur l'ordre du roi, prêcha le « dimanche suivant », jour des Rameaux. « Mais, Seigneur ! continue-t-il, comme ce bénéficier se précipita sur le pauvre frère, qui était absent, et de quels vilains noms il l'accabla ! A la fin, comme s'il en eût complètement triomphé, il commença d'exulter et de l'injurier, s'écriant : « Où est ce misérable poltron deMichée ?où se cache-t-il maintenant ? Il s'est enfui pour ne pas entendre ce qu'où lui dirait. Probablement il se dissimule et rumine sur les moyens de rétracter honnêtement ses paroles. »

façon ou de l'autre (1). » Selon toute apparence, les frères Peto etElslow en furent quittes pour une réprimande et une sentence d'exil.

Entre temps, les violentes dénonciations du frère Peto contre l'union d'Henri avec Anne Boleyn eurent pour conséquence immédiate la solennelle déclaration de Cranmer, qui proclama, devant Crumwell et les autres, la validité de ce mariage (2). Le roi, de son côté, pressa les hostilités contre le pape. Il se munit des pouvoirs voulus pour sévir avec rigueur et de façon sommaire contre tous les religieux qui oseraient résister à ses convoitises perverses, et prétendraient l'empêcher de s'écarter des traditions anciennes de la foi catholique. Or, les frères Observantins de Greenwich connaissaient bien l'infortunée reine Catherine. Leur couvent était adjacent au palais du roi, et ainsi ils s'étaient trouvés en rapports étroits et avec Henri et avec la reine. Depuis l'époque d'Henri VII, ils étaient les aumôniers et les conseillers intimes de la Cour, quand elle était à Greenwich. Les frères, sans nul doute, avaient reçu plus d'un bienfait de Catherine, et ils furent certainement parmi les premiers et les plus ardents de ses défenseurs, car ils furent parmi les plus hardis à condamner l'injuste répudiation de la reine.

D'autre part, Anne Boleyn, en ce moment toute-puissante, n'avait point lieu de les regarder avec faveur. Elle ne demandait certes pas mieux que de pousser le roi à prendre sans délai des mesures sévères pour amener leur soumission à ses désirs. Sa position, elle ne l'ignorai1 pas, ne pouvait être assurée qu'en prolongeant la brouille de l'Angleterre avec Rome, et cette brouille

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