‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 103 sur 288 · Ibid., n · texte numérisé non relu

Ibid., n

Nous avons parlé de leurs souffrances et de leur mort dans le chapitre précédent.

Au début de l'année 1534, l'un des espions que Crumwell trouvait prêts à toutes les besognes parmi les religieux des monastères et des couvents, écrivit pour réclamer sa récompense. Évidemment, il avait aidé le frère lai renégat, Richard Lyst, à diffamer les religieux de son monastère et à faire tenir à Crumwel des rapports défavorables aux Franciscains Observantins. Ses insinuations frappent autant par leur ingéniosité que par leur audace. Le frère John Laurence — tel est son nom — ne demande rien moins que d'être créé supérieur et de remplacer soit le père Rich, soit le père Risby que, par ses délations, il a certainement contribué à mener à leur lieu de repos actuel. La raison qu'il invoque pour obtenir un avancement immédiat n'est pas moins singulière que la requête elle-même : « Si je m'en retourne comme me voilà, dit-il, je serai si malmené par eux, que je ne pourrai plus servir ni vous ni le roi (1). »

Le monastère des Observantins de Greenwich n'était pas le seul qui produisît des hommes ayant le courage de leurs convictions. Le dimanche de la Passion, 22 mars 1534, un certain Robert Cooke, de Rye, reçut l'ordre d'abjurer publiquement, dans la cathédrale de Winchester, certaines hérésies qu'il avait professées sur le Saint-Sacrement.

Ce jour-là, le prédicateur était le frère Pecock, supérieur du couvent des Franciscains Observantins de Southampton. Il profita de l'opportunité pour parler avec chaleur de « celle-ci et autres maudites hérésies ».

\. • Calendar, » VII, 139.

Il exhorta avec éloquence le peuple à rester fermement attaché jusqu'à la mort à la foi et aux pratiques anciennes. Puis, il conta à son auditoire l'histoire de saint Maurice, qui refusa d'accomplir les ordres de son prince parce qu'ils étaient contraires à la loi de Dieu; mais, plutôt que de résister à son autorité, il préféra souffrir le martyre. Le frère exhorta le peuple à vivre et à mourir animé du même esprit que saint Maurice. « Je vois ici, ajouta-t il, beaucoup d'assistants, qui n'ont pas tous les mêmes capacités. Il y en a qui me comprennent, il y en a peut-être qui ne me comprennent point, ou qui entendent mes paroles autrement et rapporteront ce que je n'ai pas dit. » Il déplora ensuite la diversité d'opinions qui régnait en Angleterre, en particulier sur le compte du pape. « Les uns, s'écria-t-il, affirmaient que Dieu n'avait pas donné à saint Pierre des pouvoirs plus étendus qu'aux autres apôtres ; les autres, que le pape n'avait pas plus d'autorité que Févêque d'un diocèse quelconque; d'autres encore enseignaient que, Févêque n'étant qu'un simple prêtre, le pape n'avait, en conséquence, pas plus d'autorité qu'un simple vicaire. » Pour prouver ces choses, continua-t-il, on achetait toutes sortes de livres auxquels il ne fallait point ajouter foi. Alors, prenant un volume qu'il avait près de lui dans la chaire, il lut à son auditoire cinq ou six passages qui faisaient autorité sur la primatie de Saint-Pierre et les traduisit en anglais (1).

Comme le frère Pecock l'avait prévu, un discours si hardi et si peu fardé ne passa point inaperçu des espions de Crumwell. Ils rédigèrent presque immédiate Calendar », VII, 449.

tement un rapport, et le maire de Southampton, John Perchard, ainsi que d'autres personnes, reçurent l'ordre de se saisir du prédicateur et de le transporter à Londres. Dans cette intention, ils allèrent au couvent des Franciscains Observantinsde Southampton le mercredi de la semaine de Pâques. Mais on leur apprit que le frère n'était pas encore revenu de ses tournées de prédication (1). Ils laissèrent des ordres pour qu'on le rappelât sur-le-champ, et quelques jours plus tard ils se trouvaient en mesure de l'expédier sous escorte à Londres, afin que Crumwell fit lui-même une enquête sur cette affaire. En même temps, le maire et son adjoint écrivirent « pour demander que Pecock fût traité avec grande bienveillance, car depuis qu'il est ici, ajoutaient-ils, il mène une excellente conduite et tient son couvent en bon ordre (2). » (Jràce à ces témoignages favorables, le frère fut, selon toute apparence, relâché, car nous le retrouvons à Southampton quelques mois après.

Pour assurer la réussite de ses intentions vis-à-vis des différents ordres de frères, Henri conçut un plan ingénieux : il leur donna des supérieurs sur la servilité desquels il pouvait se reposer en toute confiance. Plus de deux ans auparavant, au début de l'année n;!2, le roi avait essayé, en écrivant au général des Frères Mineurs, d'obtenir la nomination, en Angleterre, de supérieurs qui fussent plus accessibles et moins in liai labiés que les frères Elstow, Peto et Forest. 11 avait même cité le nom du frère qu'il désirait voir élire supérieur des Observantins anglais. Mais, le général ne pouvant se passer des services de ce père, un autre

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