‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 126 sur 288 · Galendar », VII, n° 14, 3 janvier · texte numérisé non relu

Galendar », VII, n° 14, 3 janvier

ble exact de celui qui fut tracé des cloîtres dix siècles auparavant, à une époque où la vie monastique était dans la pleine vigueur de la jeunesse. Si le vénérable Bède ou saint Cuthbcrt s'étaient retrouvés chez les Chartreux de Londres, ils eussent eu peu de questions à poser, et point de devoirs à apprendre ou à désapprendre. L'extérieur des bâtiments leur aurait semblé moins simple, les sons de l'orgue auraient donné une solennité plus éclatante aux offices ; mais les traits saillants de la scène leur eussent tous été familiers. Ils auraient habité une cellule de même forme, auraient conçu les mômes pensées et prononcé les mêmes paroles dans la même langue. Les prières, le régime quotidien, j'allais dire les visages, rien de tout cela n'eût paru changé. Mille années de l'histoire du monde s'étaient écoulées, et ces îles de la prière restaient toujours solitairement ancrées au milieu du courant, tandis que les cordes qui les retenaient, usées jusqu'à n'être •plus qu'un fil, étaient bien près de se rompre, mais ne cédaient point encore. Ce que les Chartreux avaient été, ils continuaient de l'être, et si la description de Maurice Chauncy était descendue jusqu'à nous comme étant la peinture du monastère où OfTa de Mercie fit pénitence de ses crimes, nous n'aurions pu y découvrir aucun des caractères intrinsèques d'un siècle beaucoup plus récent (1). »

Un digne supérieur dirigeait cette sainte communauté. Le bienheureux John Houghton était issu d'une bonne famille du comté d'Esscx, et il entra de bonne heure à l'université de Cambridge pour se préparer à la carrière honorable que ses parents désiraient lui

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voir embrasser dans la société. Mais avant même d'avoir terminé ses études, il conçut l'idée de se consacrer à l'état ecclésiastique. Le père s'étant montré complètement hostile aux nouvelles inclinations de son fils, celui-ci quitta la demeure paternelle et trouva un abri chez un curé de ses amis jusqu'à son ordination. Pendant quatre ans, il resta prêtre séculier: mais au bout de ce stage, comme il se sentait appelé à quelque chose de plus haut, il entra dans l'ordre des Chartreux. La communauté ne tarda pas à l'élever aux postes de confiance, et il occupa les fonctions de sacristain et de procureur avant d'être élu prieur (1 ). Il servait Dieu depuis vingt années sous l'habit du moine quand les temps agités du règne d'Henri vinrent troubler la paix de sa vie cloîtrée et lui gagner la couronne du martyre.

Maurice Chauncy nous le dépeint comme un prieur parfait. Physiquement, « il était de petite taille, d'un extérieur gracieux et d'un noble maintien ; ses gestes étaient simples, sa voix douce; il était chaste de corps, humble de cœur, admiré et recherché de tout le monde, chéri et fort estimé de sa communauté. Tous sans exception le vénéraient, et jamais personne ne dit une parole malveillante à son égard (2). » Il n'avait ni le goût ni le désir des dignités et des hautes situations. Il usait sans faiblesse, il est vrai, des droits nécessairement attachés à l'emploi que la Providence lui avait confié, mais il ne cessa d'être un « frère indulgent pour chaque religieux » de sa communauté. Il gouvernait plutôt par l'exemple que par le précepte, et ses subordonnés étaient aussi édifiés par la ferveur

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