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« J'espère que le Chef suprême me libérera de mes vœux. Je les prononçai six mois et trois semaines axant mon année de probation écoulée. De plus, j'ai été malade neuf semaines pendant ces six mois et ne me suis jamais bien porté depuis. La vie religieuse est si dure, je vous le certifie, que, tant par suite des jeûnes que des veilles, il n'y a point dans ce cloître six moines en bonne santé : ils ont tous une infirmité quelconque, qui causera leur mort plus vite que Dieu ne le voudrait (1). »
Entre temps, on avait remplacé le martyr John Houghton à la tète de la communauté par un nouveau prieur. Il s'appelait William ïrafîord et avait été moine de Beauvalc. Au début de la persécution, il avait montré assez de hardiesse et de fermeté, et il avait même été détenu sous la garde du shériff. Cela se passait plusieurs mois auparavant, à l'époque où sir John Markham s'était rendu au couvent de Beauvale « pour dresser l'inventaire ». Sir John, comme il le rapporte lui-même dans une lettre à Crumwell, avait appelé « le procureur et d'autres membres du couvent »en sa présence, tandis que le prieur était en un lieu de sûreté et, séquestré dans la Tour, attendait le jour de son jugement. « Dans un entretien amical » il leur avait « montré que le roi était de droit « Chef spirituel ». Le procureur, William Trafford, lui avait répondu en ces termes : « Et moi, je crois « fermemenl que le Pape de Rome est Chef suprême « de l'Eglise catholique. » Les commissaires lui ayant demandé s'il maintenait ces paroles, il répliqua : Usque ad mortem. Bien pi us, il consigna s;i déclaration par
\. Rec. Office* — Correspondance de Crumwell, XXXV, n° 9.
écrit, et sir John Markham emporta le document après avoir mis le moine sous les verrous (1). » Pour quel motif ce religieux changea-l-il de sentiment ? Nous l'ignorons. Mais le seul fait qu'il fut nommé prieur et vanté par Bedyll suffit à prouver qu'il immola sa conscience au profit du roi, entre les mains duquel il abandonna plus tard son monastère. Les religieux n'eurent jamais en lui un père et un conseiller. Maurice Chauncy dit à propos de cette période de direction : « Privés d'un prieur extérieur à nous-mêmes, notre conscience à chacun était notre prieur. »
Le 2 octobre 1535, Jasper Fyllol écrivit à Crumwell une lettre où il proposait timidement certaines réformes en vue d'améliorer la gestion du couvent. 11 estimait que le nombre des moines cloîtrés « devait être diminué du nombre de ceux qui ne voulaient point reconnaître le roi ». Il fallait aussi les forcer à cesser leur existence solitaire et à « manger tous les jours, au réfectoire, un plat de viande par groupe de quatre ». C'était là une économie : les plats préparés pour douze personnes pouvaient ainsi suffire à vingt. Puis, il dit avoir « trouvé dans les cellules du prieur et du procureur trois ou quatre livres imprimés à l'étranger », et il croit qu'il doit y en avoir beaucoup plus, car les moines « ont beaucoup de plaisir à lire de pareils ouvrages et peu ou point à étudier le Nouveau Testament ou autres livres ». « M. Bedyll et le Dr Crome, ajoute-t-il, ont exhorté Rochester et Fox pendant plus d'une heure, mais sans succès. William Marshall donna récemment vingt-quatre livres anglais appelés : « La Défense de la paix », pour être dis-