Stow, ut suprà
vivants soient, conformément à la justice et aux lois, condamnés à la mort la plus douloureuse..., et considérant qu'il vaut mieux et qu'il est plus prudent pour nous d'abandonner, de notre plein et libre gré, tout ce qui est à nous entre les mains de Sa clémente Majesté plutôt que de subir la rigueur des lois contre nous, et afin que le très juste courroux de Sa Majesté envers nous et que la sévérité des lois soient moindres et plus tolérables, nous donnons, transférons et livrons à notre illustre prince et seigneur Henri VIII toutes nos propriétés et richesses (1). »
Pour cette soumission à ce qu'ils croyaient être les volontés du roi, les religieux furent récompensés, mais moins généreusement que Bedyll semble le leur avoir fait espérer. Une pièce signée « T. Crumwell ». qui se trouve dans les archives du Bureau d'Accroissement, avec cet en-tête : « Moines qui recevront une pension », nous montre que l'on promit 20 livres par an à Trafford, et à quatorze de ses religieux, 5 livres chacun. Le dernier nom de la liste est celui de Maurice Chauncy, à qui nous devons de si bien connaître la persécution des Chartreux à cette époque, et qui manqua de si près l'occasion de partager la couronne du martyre conquise par les plus vaillants d'entre ses frères (2).
Sur les quarante-huit membres de la communauté qui habitaient le monastère en 1535, trente étaient prêtres et les autres frères lais. Vingt signèrent la donation de leur couvent en 1537, mais continuèrent à y demeurer jusqu'au 15 novembre 1539, époque où l'on expulsa par force douze religieux prêtres, six frères
\. Morris, « Troubles », p. 24.
2. Rec. office. — Augmentation office, Miscell. Books, 245, f. 83.
lais et trois moines cloîtrés. En décembre de cette même année, des pensions établies d'après le taux fixé par Crumwell furent octroyées par lettres patentes à dix-sept de ces religieux (1), et deux ans plus tard même faveur fut accordée au dix-huitième (2). 11 est fort douteux que ces pensions, cependant si minces, aient été longtemps servies. En 1542, trois moines seulement sont inscrits sur les registres du Bureau d Accroissement comme ayant reçu la pension allouée, et dans la première année du règne de Philippe V et de Marie, un seul continuait à toucher ses 5 livres. Le 12 juin 1542, Henri VIII concéda l'usage des bâtiments de l'antique Chartreuse à John Bridges et à Thomas Hall pour y remiser les tentes royales et les engins de guerre. Ghauncy rapporte avec horreur les scènes qui profanèrent ces édifices sacrés, alors que des hommes sacrilèges jouaient aux dés jusque sur l'autel de l'église. En 154 4, le terrain et les constructions furent donnés au comte de Northumberland.
1. Rec. office. — Augmentation office, Miscell. Books, n° 233, f. 64 et sqq. — Voici les noms : William Trafford, prieur, 20 livres. — Edward Skerne, vicaire, 5 livres. — Thomas Barmingham, John Enys, Richard Trag03e, Thomas Baker, Ed. Digby, John Bardeyn, John Fox, William Broke, Bartholomew Burgon, John Bulleyn, Oliver .Batcmanson, John Nicholson, Maurice Ghauncy, William Wayte.