CHAPITRE VII
La visite des monastères en 1535-36.
Le 22 juin 1535, fête du premier martyr de l'Angleterre, saint Alban, le saint et vénérable évèque Fisher mourait pour sa foi. Quatre jours auparavant, les Pères Chartreux l'avaient précédé au lieu de leur commune récompense. Quinze jours plus tard, le mardi, octave de Saint-Pierre et, comme il le fit remarquer lui-même, veille de la translation de saint Thomas de Cantorbéry, le savant sir Thomas More sacrifia sa vie pour la même cause. Ainsi, vers la fin de la première semaine de juillet, la hache de Tower Hill et le gibet de Tyburn avaient débarrassé Henri VIII des principaux adversaires de son concubinage avec Anne Boleyn et de la suprématie spirituelle qu'il s'était arrogée. A aucun moment du règne, cependant, le roi et ses conseillers ne furent plus tourmentés que dans la seconde moitié de cette année-là : les rapports du pays avec l'étranger étaient tendus, les sujets anglais inquiets et découragés; de mémoire d'homme on n'avait vu un été moins propice à l'agriculture ; la récolte du
blé était à peu près nulle, car le rendement ne donna guère plus du tiers de la récolte moyenne (1). Il avait plu, disait le peuple, depuis l'exécution des Chartreux (2), et l'on regardait ce malheur comme une marque de la colère divine provoquée par les méfaits d'Henri Y11I (3).
L'état du pays était si lamentable que les fermiers des terres royales étaient absolument incapables de payer leur redevance, et Thomas Crumwell n'était pas disposé à exaspérer le peuple par la levée des impôts que le parlement venait de créer. La maladie régnait partout ; aussi l'ouverture du parlement, convoqué pour le mois de novembre, fut-elle ajournée jusqu'en février. En attendant, la bourse royale était vide et le traitement des fonctionnaires restait impayé (4), tandis que la maison de l'infortunée reine Catherine était laissée sans ressources aucunes. John Gostwyk, secrétaire de Crumwell, écrivait constamment de Londres, « quoique très effrayé par la peste (5), » pour implorer avec instance un envoi d'argent. Le jeudi 2 septembre, par exemple, il dit que « sir E. Bedingfeld a encore sollicité de l'argent pour la maison de la princesse douairière. Il veut acheter du cabillaud, de la morue et autres choses nécessaires au marché de Sturbridge. J'ai dépensé presque toutes les espèces que j'avais. » Le 27, il écrivait encore : « Sir E. Bedingfeld est venu demander de l'argent, car il n'a plus rien et les dettes de la maison se montent à 1 .000 marcs;
1. Bibl. nationale, Manuscrits Dupuy, t. 547. Cité par P. Friedmann, « Anne Boleyn », II, 120.