Br. Muséum, Arundel MS 152, fol
monastères d'un revenu inférieur à 200 livres parce qu'il avait eu des frais considérables à supporter dans l'affaire du divorce. L'évêque « ne put jamais être amené à consentir, mais résista ouvertement de toute sa force et s'écria même une fois : « Mylords, je vous « prie, prenez garde de ne pas accéder trop vite aux « demandes du roi sur ce point. On veut que nous lui « octroyions les petites abbayes pour le dédommager « de ses dépenses. Si nous acquiesçons, on exigera de « nous probablement avant peu que nous donnions les « grandes... » Tout fut ajourné pour le moment et on n'en parla plus tant que vécut ce bon père ; mais aussitôt après sa mort, la question fut reprise et tranchée selon la volonté et le bon plaisir du roi (1). »
En prenant la détermination de frapper les communautés religieuses, Crumwell avait un double but : détruire les plus redoutables retranchements du système papal (2) et escamoter une partie des trésors dont la piété de dix siècles les avait enrichies. Vers le milieu de l'année 1534, les commissaires royaux étaient occupés à parcourir l'Angleterre en tout sens pour déférer aux religieux le Serment de Suprématie. Le parlement n'avait pas prescrit de formule spéciale: Crumwell sut profiter de cet oubli. Ses agents eurent rdreo de réclamer des moines une renonciation à la suprématie et à la juridiction papales infiniment plus stricte et plus nette que celle qu'avaient repoussée More et Fisher et que déjà nombre de prêtres séculiers avaient acceptée. Les commissaires, semblerait-il,
1. Fol. 396. Voy. aussi Gobbett, « Parliamentary History », t. I, p. 502.
2. Lord Herbert, « Henry VIII », p. 395, dit à propos des monastères : Ils étaient regardés comme le corps de réserve du Pape, et ils étaient toujours prêts à combattre pour lui. »
ne réussirent qu'à moitié. La nature du serment requis donne à penser que l'intention de son auteur était de pousser les religieux au refus et de se créer, de la sorte, un prétexte pour attaquer leurs maisons et les détruire (l).Si l'on voulait assurer letriomphe du nouveau système de religion, il était impossible de permettre que de grandes communautés d'hommes et de femmes restassent hostiles, sinon ouvertement, du moins au fond du cœur, à la politique d'Henri VIII portant un insolent défi à l'autorité du pape. Le serment de suprématie royale était, dans l'esprit du roi et de son ministre, la pierre de touche destinée à éprouver la fidélité et la religion des sujets. Une « vigoureuse coercition » avait déjà contribué à renverser bien des adversaires, et des exécutions barbares avaient rendu presque impossible la résistance individuelle aux volontés despotiques du roi et au machiavélisme de Thomas Crumwell.
Et puis, il fallait compter que l'union donnerait vigueur et résolution aux moines et aux frères. Ils dépendaient immédiatement du Saint-Siège : on ne manquait donc pas de les regarder comme « les espions du pape » (2). Dans ces circonstances, la vénération
1. Le chanoine Dixon (« Hist. of Ghurch of England ») dit que « le serment fut prêté dans presque tous les chapitres où on le déféra. » Ceci est généralement tenu pour un fait établi, mais n'est appuyé, que Ton sache, sur aucune preuve. La liste des « reconnaissances de la suprématie royale », imprimée dans le 7e rapport du « Deputy Keeper » (App. 2), contient tous les documents connus qui ont trait aux congrégations religieuses. Il n'y a que 105 noms inscrits, ce qui représente une faible fraction de la totalité. M. F. Devon, conservateur-adjoint des archives publiques, parle dans les termes suivants de cette liste : « Je crois qu'elle renferme toutes les reconnaissances primitives de la suprématie royale qui aient été déposées aux archives du chapitre. Les signatures, à mon avis, ne sont pas toutes autographes, car elles sont souvent de la même main, et mon impression est que le rédacteur de l'acte ajouta fréquemment un grand nombre de noms. »